‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 83 sur 200 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

rendre au Havre, où, par l'ordonnance de son docLcur, et sous un prétexte de santé, il séjourna jusqu'à ce que la reine d'Angleterre eût quitté la France.

On ne jugea pas sans doute que le sous-gouverneur des Invalides fût un assez grand personnage pour en faire les honneurs à l'auguste visiteuse. Ce fut alors que l'on songea au maréchal Vaillant, mais l'Empereur voulut au préalable sonder lui-même à cet égard les sentiments du maréchal. Il se heurta au plus catégorique des refus : « Je n'ai pas l'honneur, Sire, lui répondit celui-ci, d'appartenir à votre illustre famille, et, sauf la famille d'un grand homme, personne n'a le droit d'oublier les souffrances que ses ennemis lui ont infligées. » Loyal soldat, plein de droiture et de bonté en dépit de sa brusquerie et de son opiniâtreté, il savait clairement démêler les fautes politiques de Louis-Napoléon ; il était le premier à déplorer ses générosités inopportunes et surtout le système par lequel il cherchait à se concilier la bienveillance des autres souverains d'Europe en les amusant. « Quand V Autre, disait-il, leur donnait des fêtes, c'était chez eux et pas chez nous, ils en payaient les frais. »

Mais je reviendrai bientôt longuement à lui.

Lors de la première visite de la Reine à Versailles — la seconde eut lieu le samedi qui précéda son départ— elle avait été vivement émue à la vue du tableau représentant sa réception à Eu par Louis-Philippe; réception dont j'ai parlé déjà dans ces Notes. Dès son arrivée, du reste, elle avait exprimé le désir d'aller voir les ruines du château de Neuilly et la chapelle commémorative érigée à l'endroit même du fatal accident oii le duc d'Orléans avait trouvé la mort. « La femme qui est si fidèle à ses vieilles amitiés au milieu d'amitiés nouvelles, et surtout quand il s'agit comme en ce moment de dynasties rivales, cette femme est une amie bien précieuse », disait le fils de Jérôme. Et l'Empereur

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et l'Impératrice applaudissaient de concert à ces paroles de leur cousin.

La fête à Versailles avait été fixée au samedi 25. Dans la matinée, la Reine se rendit au palais de Saint- Germain, où nul souverain anglais n'avait pénétré depuis le séjour de Jacques II. Puis elle retourna à Saint- Cloud, et de là gagna la magnifique demeure de Louis XIV, qu'elle n'atteignit qu'au crépuscule. La place d'Armes et l'ancienne résidence royale lui apparurent alors dans l'éclat féerique d'une brillante illumination.

Leurs Majestés Impériales et Royales entrèrent par la cour de marbre, au centre de laquelle la statue de Louis XIV s'élevait au milieu des fleurs les plus rares, voilant entièrement le piédestal. D'épais tapis cramoisis couvraient l'escalier de marbre, admirable pourtant, tandis que les balustrades disparaissaient sous la masse des feuillages exotiques ; c'est la première fois, si je me souviens bien, que j'ai vu des fougères, des mousses, des plantes vertes de toute espèce en pareille profusion. Les cent-gardes et les guides étaient de service, les premiers faisant la haie dans l'escalier même, les seconds, au bas, dans le vestibule. Dans le haut, à droite et à gauche, étaient installés les appartements privés de l'Impératrice; on avait réservé à la Reine ceux qu'avait occupés jadis Marie-Antoinette. J'eus l'occasion de les visiter quelques jours plus tard et d'y admirer les plus parfaits spécimens de l'art décoratif tel qu'il florissait sous Louis XVI qu'il m'ait jamais été donné de contempler. Sur les murs du boudoir bleu pâle couraient en festons des guirlandes de roses ; çà et là, des groupes de porcelaine de Saxe se détachaient, pures merveilles, d'une perfection exquise. Dans les chambres, les tentures vert d'eau s'égayaient d'un semis de gros bouquets de violettes, et le service à toilette, chef-d'œuvre de la manufacture de Sèvres,

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