‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 95 sur 200 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

chapitre-l;\ ; donc, n'en parlons plus. » Etait-il, au contraire, de disposition chagrine, il montrait la porte aux flagorneurs, en ajoutant : — Monsieur, si je suis un aussi grand homme que vous le dites, je suis trop grand pour m'occuper de vos petites affaires. J'ai l'honneur de vous saluer.

Il aimait beaucoup sa ville natale, dont une des rues portait et porte encore son nom.

Ne supportant pas, nous l'avons dit, d'être mis en évidence, il se gardait de descendre chez le préfet, ou chez le maire, ou encore chez le général commandant la place; il prenait tout uniment ses quartiers à l'hôtel, oii il entendait être traité comme le commun des voyageurs. Si le maire se croyait tenu de s'incliner devant un désir aussi nettement exprimé, il n'en allait pas de même avec la population, ce qui chagrinait fort le maréchal. Néanmoins, lors de l'Exposition locale de 1858, il consentit à présider la distribution des récompenses, stipulant toutefois que sa réception serait des plus simples. Les Dijonnais s'y engagèrent et jusqu'à un certain point tinrent leur promesse. La cérémonie devant avoir lieu au Parc, le préfet, accompagné des autorités du pays, alla prendre le maréchal dans sa voiture. A l'entrée du Parc, le cortège officiel trouva le général Picard , entouré de son état-major et à la tête de plusieurs bataillons d'infanterie. Au moment où. le maréchal mettait pied à terre, le général s'avança pour le saluer, tandis que sonnaient les clairons et que les tambours battaientaux champs. Vaillantfurieuxs'abstint pour l'instant de tout commentaire, mais sitôt la cérémonie finie, il fit appeler le général qu'il admonesta très vertement.

Le général Picard supporta le choc sans broncher. — Avez-vous fini, monsieur le maréchal? demanda-t-il enfin.

— Oui, j'ai fini.

i88 UX ANGLAIS A PARIS.

— Très bien ! Si vous voulez une autre fois être traité en simple bourgeois , vous ferez mieux de ne pas porter le grand cordon de la Légion d'honneur. Si je ne vous avais pas salué comme je l'ai fait, je me serais attiré les reproches du ministre de la guerre et du grand chancelier de la Légion d'honneur. Après tout, je préfère recevoir les vôtres.

— Mais le ministre de la guerre, c'est moi.

— Je ne suis pas tenu de le savoir. J'ai vu seulement un vieux monsieur portant le grand cordon. Si vous êtes le ministre de la guerre , soyez assez bon pour dire au maréchal Vaillant, quand vous le verrez, qu'il ne devrait pas pousser de vieux soldats comme moi à l'oubli de leurs devoirs.

— Allons! Vous avez raison, général. Mais, hein! tout de même ! quelles têtes chaudes que ces Dijonnais !

Le général Picard était, lui aussi, né à Dijon.

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