CHAPITRE VII. 20y
La pauvreté et les privations ne tuaient pas l'imagination en Félicien David, mais elles minaient sa constitution. C'est verslafin de 1831 qu'il s'affiliaaux saintsimoniens ; il me présenta bien des années plus tard à leur grand prêtre, M. Enfantin, devenu finalement administrateur de la Compagnie des chemins de fer de Paris- Lyon-Méditerranée. Après leur dispersion , le groupe auquel appartenait Félicien David partit pour l'Orient, et c'est à cette circonstance toute fortuite que nous devons non seulement le Désert, la Perle dît Brésil et l'Eden, mais probablement aussi V Africaine. Meyerbeer, en effet, convenait volontiers que, s'il n'avait pas connu les partitions de David, si profondément imprégnées de la poésie orientale, il n'aurait jamais pensé à choisir ce sujet d'opéra. M. Scribe, il est vrai, d'autre part, a toujours soutenu que l'idée était de lui et qu'elle datait de 1847, époque à laquelle le compositeur, ayant à choisir entre le Prophète et l' Africaine , préféra le premier libretto. On pourrait presque lui répondre en paraphrasant le dialogue du Loup et de l'Agneau, dans la fable de La Fontaine : « Monsieur Scribe, si vous ne devez pas votre idée à Félicien David, vous la devez à Montigny, directeur du Gymnase, qui, sous le gouvernement de Juillet, fit représenter à l'Ambigu- Comique certaine pièce dont le titre était curieux et l'intrigue plus curieuse encore (i). »
(i) J'ai eu quelque peine à déterrer cette pièce, qui est vraiment, comme le dit l'auteur, une curiosité : qu'on en juge ! Elle était intitulée : « Amazampo, ou la Découverte de la quinine. » La scène se passait au Pérou en 1636. Amazampo, chef d'une tribu péruvienne, est amoureux de Maïda, qui, elle, aime Ferdinand, fils du vice-roi. Amazampo, le cœur brisé, en proie à une fièvre ardente, poussé par le désespoir et par un vague délire, tente de s'empoisonner : il boit de l'eau d'un étang dans lequel, depuis des années, gisent submergés des troncs d'un arbre qu'on appelle kina et qui passe pour vénéneux. Il en ressent presque immédiatement l'effet, mais non pas l'effet qu'il attendait. Il guérit, et, en recouvrant la santé, il oublie
aïo UN ANGLAIS A PARIS.
Une chose certaine, c'est que, si Scribe avait offert l'Africaine, Meyerbeer l'avait refusée, et n'y serait jamais revenu, sans son admiration profonde et franchement avouée pour le génie de Félicien David.
Revenons à celui-ci. Sa mélancolie s'évanouissait comme par enchantement quand il racontait ses pérégrinations en Orient. Ce qu'il se plaisait alors à redire, ce n'était pas tant les grandes impressions poétiques qui avaient été la source de son inspiration, c'était plutôt le côté aventureux, les incidents plaisants et quasi grotesques de ce singulier voyage apostolique. Je ne me rappelle pas quel était le costume des saint-simoniens, j'étais trop jeune à l'époque pour y prendre garde ; mais il se composait, m'a-t-on dit, d'une tunique bleue avec les pantalons assortis et d'un tricot écarlate boutonné dans le dos, qu'on ne pouvait enlever sans l'aide d'une autre personne : c'était le symbole de la dépendance mutuelle des membres de l'association. « Jusqu'à Marseille, tout alla relativement bien, disait David; nous vivions en donnant des concerts, et, quoique les recettes fussent loin d'être magnifiques, elles écartaient le loup de la porte. Nos embarras commencèrent à Constantinople. Qu'est-ce qui leur déplut en nous, notre musique, notre costume ou nos personnes, je n'ai jamais bien pu le démêler; mais, bref, on nous dénonça aux autorités, qui nous firent mettre en prison. Notre incarcération n'excéda pas une couple d'heures, grâce à l'intervention de notre ambassadeur, l'amiral Roussin. Toutefois, notre mise en liberté était conditionnelle : nous devions sur-le-champ quitter les lieux.
son triste amour (?) et ne songe plus qu'i se venger des oppresseurs de son pays (?). Ceux-là sont pour la plupart dévorés par la fièvre. Lima est devenue un vaste cimetière. La femme du vice-roi est atteinte à son tour. Maïda veut la sauver, mais elle est devancée par Amazampo, qui contraint Dona Théodora à avaler la liqueur (???), etc., etc., etc.. Et Amazampo et Maïda meurent!!! L'Editeur.