‹ Un anglais à ParisChapitre 122 sur 161 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dre de réponse, pénétra avec moi à l'intérieur. C'était une chambre carrelée , mesquinement meublée , un vieux bois de lit dans un coin, quelques chaises de paille, une table en bois blanc, le tout très pauvre, mais d'une propreté irréprochable. Notre vieil ami le compositeur, un bonnet de coton sur la tête, son long corps mince enveloppé dans un vieux pardessus, était derrière la table; devant lui, une demi-douzaine de gamins vêtus à peu près à la mode des paysans de Calabre, barbouillés comme des charbonniers , leurs cheveux noirs hérissés par l'intensité de leur attention , répétaient un nouveau morceau de musique. Je compris tout. C'était le professeur des pifferari : un artiste malgré tout, un génie méconnu peut-être, qui, plutôt que de ne pas faire entendre sa musique, l'intercalait dans le programme rebattu de ses élèves, et goûtait ainsi les joies de la popularité, mais sans jouir des profits positifs qui l'accompagnent en général à l'époque actuelle. Cet homme avait connu Paisiello et Rossini ; il avait été au plus épais de l'agitation de la première soirée du Barbier, et il avait rêvé de triomphes semblables. Il y avait peut-être autant de titres que ces grands musiciens, mais il avait aimé « non pas judicieusement, mais trop bien (i) », selon le mot du vieux Will, et quand il s'était réveillé de son rêve d'amour, il était trop ruiné de corps et d'esprit pour pouvoir poursuivre son idéal artistique. Il ne voulut accepter aucun secours. Trois mois après, nous suivions son cercueil. Une simple pierre marque la place de sa tombe au cimetière Montparnasse.

(i) « Not rvîsely, but too ivell. »

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