‹ Un anglais à ParisChapitre 126 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

accompagnée d'un bambin de cinq ans. Le duc lui donna une pièce de cinq francs et lui dit de se présenter chaque jour chez le concierge du Palais-Royal, par qui même somme lui serait remise quotidiennement pendant les mois d'hiver. On dira que cinq francs par jour, c'était une goutte d'eau prise dans la mer, étant donnés les énormes revenus de Louis-Philippe; on trouva bien pourtant, lors du pillage des Tuileries , en 1848, un amas de documents réunis dans le seul but d'épargner quelques francs par jour sur l'entretien des jeunes princes.

« Je suis si écœuré du mot fraternité, disait le prince de Metternich à son retour de France, que si j'avais un frère, je l'appellerais mon cousin. » Louis- Philippe finit par éprouver un dégoût pareil à force d'entendre ce chant de la Marseillaise qui l'avait accompagné à l'Hôtel de ville, le jour o\x La Fayette le désigna comme personnifiant « la meilleure des républiques ». Le temps vint pourtant où il en fut, lui aussi, écœuré.

Il n'y pouvait rien : ses essais pour introduire en France un nouveau chant national avaient absolument échoué. Non seulement la populace n'avait pas voulu adopter la Parisienne, composée par Casimir Delavigne au refus d'Alexandre Dumas, mais elle avait obligé le roi à se joindre au refrain de la Marseillaise, comme il l'avait fait déjà en mainte occasion (i).

On s'était résigné, tout en murmurant, à ne plus

(i) Les adversaires politiques du roi ou même de simples farceurs, connaissant son antipathie, faisaient naître volontiers ces occasions : ainsi Edouard Ourliac, journaliste bien connu, auteur de plusieurs romans, s'amusait, quand il n'avait rien de mieux à faire, à réunir des bandes de vagabonds et à les envoyer hurler la Marseillaise sous les fenêtres du roi. Ils chantaient jusqu'à ce que Louis- Philippe, de guerre lasse, se décidât à sortir et h chauter avec eux. L'Editeur.

le voir battre la mesure; mais un refus plus radical de coopération de sa part eût été sans doute accueilli de façon moins pacifique. Par contre, on trouvait généralement dans la bourgeoisie que, la monarchie étant entrée dans une phase plus conservatrice, la participation du roi au chant de la Marseillaise était chose absolument déplacée et sentant trop la manifestation républicaine.

« C'est Guizot qui le lui a dit », raconta lord ^'^^^ qui, se trouvant au Palais-Royal à l'occasion de la fête du roi, avait entendu le premier ministre lui faire cette observation.

« Et qu'a répondu le roi? lui demanda-t-on.

— Ne vous tourmentez pas, monsieur le ministre : je remue seulement les lèvres; il y a longtemps que j'ai cessé de prononcer les paroles. »

Voilà les expédients auxquels était réduit Louis- Philippe après six ans de règne.

« Je suis comme le sot placé entre deux chaises, observa plus tard le roi, s'adressant en anglais à lord **'^; seulement je me trouve entre la chaise longue confortablement rembourrée des salons bourgeois et le siège spécial sur lequel Louis XIV était installé, dit-on, quand il reçut les ambassadeurs de Hollande. »

Il me revient à l'esprit, à propos de la Marseillaise, une anecdote qui va nous faire remonter bien au delà du règne de Louis-Philippe, mais qu'on me permettra de citer en passant, car elle a son intérêt historique, et je la crois peu connue.

C'est toujours de mon vieux maître que je la tiens.

« Nous savions bien tous plus ou moins, me racontat-il, que Rouget de l'Isle n'avait pas composé toutes les paroles de la Marseillaise; mais personne ne savait, même à Lons-le-Saulnier, o\x il est né, quel était l'au-

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