‹ Un anglais à ParisChapitre 128 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

vée parfaitement exacte. En allant à Paris pour assister à la prise des Tuileries, le 10 août, les Marseillais s'étaient arrêtés à Vienne pour célébrer la fête de la Fédération. La veille de leur arrivée, l'abbé Pessonneaux avait composé cette fameuse strophe qu'il fit chanter par ses élèves, et l'on n'aurait peut-être jamais su qu'il en était l'auteur si son arrestation n'avait donné lieu au dramatique incident que je viens de vous conter (i) . »

Revenons à Louis-Philippe, que je ne connaissais

(i) Les titres de Uabbé Pessonneaux ne sont pas si sûrs que le croyait « le vieux précepteur » de notre Anglais à Paris. Il est même aujourd'hui constant que l'auteur de la « strophe des Enfants » est cet obscur poète, nommé plus haut, Louis Dubois ou Du Bois, lequel fut en outre un érudit tout à fait distingué et un fort honnête homme. Deux brochures extrêmement rares : une Notice stir la Marseillaise de Rouget de Lisle, par Louis Du Bois lui-même (Lisieux, 1848, in-8") , et une Biographie de M. Louis Du Bois, par M. Julien Travers (in-8°, Caen, 1857), tranchent la question.

On s'explique que l'auteur anglais, écrivant, comme il le dit, vers 1882 d'après des notes antérieures, ait ignoré les documents qui controuvaient la légende de son vieux maître, car ils étaient restés dans l'ombre, comme Louis Du Bois, et ils viennent seulement d'être remis en lumière, il y a quelques mois, par M. Julien Tiersot {Rouget de Lisle, ses œuvres, sa vie, i vol. Delagrave) et par M. Anatole France, qui y a apporté sa docte contribution en plusieurs articles du Temps.

La légende à laquelle on a cru si longtemps est vraie d'ailleurs en tous points, sauf dans la conclusion qu'on en tire. On pourra, si l'on veut, compléter le récit du vieux précepteur par les détails contenus dans une curieuse brochure publiée à Vienne en 1872 : Un couplet de la Marseillaise et l'abbé Pessonneaux, par E. J. Savigné. Il est parfaitement exact que l'abbé Pessonneaux fut arrêté, traduit devant le tribunal révolutionnaire, et qu'il sauva sa tête par le coup de théâtre que l'on sait. Il profita du doute où tous étaient alors, à part quelques amis de Louis Du Bois, sur le véritable auteur du septième couplet de la Marseillaise. Il faudrait être bien sévère, en un cas si critique, pour lui en vouloir de son ingéniosité. D'autant que, si une légende se forma, il ne semble pas que, par la suite, il

encore que par ouï-dire lorsque mon vieux précepteur me racontait cette histoire, mais que j'ai vu depuis bien souvent à des revues ou dans des fêtes publiques. J'ai toujours été surpris qu'un roi dont tout le monde disait du bien et qui semblait n'avoir que des causes de joie et de bonheur dans sa propre famille eût en public l'air si soucieux et accablé. Malgré ma grande jeunesse, je démêlai tout de suite, sous son apparence calme et souriante, les traces d'un profond chagrin à grand'peine dissimulé. Toutefois, j'étais trop enfant encore pour saisir l'amère ironie de sa réponse à un de mes parents, quelques mois après son avènement au trône : « La couronne de France est trop froide en hiver, trop chaude en été; le sceptre n'est pour l'attaque ou la défense qu'une pauvre arme émoussée, il est trop court pour servir de soutien ; un grand chapeau de feutre et un bon parapluie sont bien plus utiles en toute occasion. » Je comprenais moins encore le caractère des Français dans leurs rapports avec leurs gouvernants ; à vrai dire, je ne suis pas, à l'heure où j'écris ces Notes, après cinquante ans d'un séjour constant au milieu d'eux, beaucoup plus éclairé, et il me serait impossible de donner la moindre raison psychologique de leur attitude morale envers les différents régimes qui se sont succédé dans leur pays ; je préfère emprunter l'opinion d'une de leurs plus célèbres compatriotes, Mme Emile

ait rien fait pour l'accréditer : <c Dans sa vieillesse, après 1830, dit M. Julien Tiersot, il passait encore, auprès de la population de Vienne, pour avoir produit le fameux couplet, bic7i qu'il n'en parlât jamais. »

Nous nous sommes imposé pour règle, dans cette traduction, de laisser à notre auteur l'entière responsabilité de ses jugements et de ses opinions, sans les prendre en aucun cas pour notre compte et sans les commenter. Il nous a paru toutefois ici qu'il ne s'agissait pas d'une opinion, mais d'un point historique récemment élucidé, sur lequel nous devions aux lecteurs quelques indications.

{Note dti Traducteur.)

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