‹ Un anglais à ParisChapitre 135 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

fois plus vaillants, que le misérable esprit de parti qui divise la France aurait encore trouvé moyen de contester leur bravoure.

Si ces notes sont jamais publiées, les Anglais souriront de ce que je vais dire, à moins toutefois que leur surprise ne se manifeste de façon plus dédaigneuse.

Les exploits du duc d'Aumale en Algérie sont cités par toutes les autorités militaires impartiales comme autant d'actes de pur héroïsme; ils appartiennent à l'histoire, et aucun écrivain sérieux n"a jamais tenté d'en amoindrir l'éclat. Croira-t-on que, à l'époque, les journaux de l'opposition en parlaient avec un mépris mal déguisé comme de simples escarmouches contre des bandes de demi-sauvages? Et sous la seconde République, plusieurs de ces feuilles revinrent à la charge, parce que le duc d'Aumale, fils d'un roi constitutionnel, fidèle en cela au principe constitutionnel, résigna son commandement au lieu d'arriver à la tête de son armée pour contraindre la France à conserver le souverain qu'elle avait, tout au moins en apparence, librement accepté et qu'elle était en conséquence libre aussi de rejeter.

A propos de cette campagne d'Algérie du duc d'Aumale, une histoire m'a été racontée par le duc de Montpensier, qui devient particulièrement intéressante à l'heure actuelle où le spiritisme est si vivement discuté. Il la tenait de deux sources irrécusables, de son frère d'Aumale et du général Cousin-Montauban, plus tard comte de Palikao, celui-là même qui, après la campagne de Chine, eut si grand'peur d'être créé comte de Pékin qu'il envoya sans délai un aide de camp à l'Empereur pour le prier de lui épargner un pareil titre (i).

(i) Pour que le lecteur anglais comprenne la terreur du général, il faut qu'il sache que le terme de pékin est une sorte de sobriquet méprisant employé par les troupiers français pour désigner les simples civils. L'Éditeur.

C'est au général Montauban qu'Abd-el-Kader se rendit après la bataille d'Isly et de Djemma-Gazhouat. Le jeune capitaine de Géreaux succomba dans ce dernier engagement; lorsque la nouvelle de sa mort parvint à sa famille, elle l'y trouva presque préparée. Le bruit se répandit que, le jour même de l'engagement et àl'heure exacte où le capitaine de Géreaux avait été frappé, sa sœur, jolie jeune fille, fort impressionnable, avait tressailli soudain, s'était levée comme mue par un ressort, s'écriant qu'elle voyait son frère entouré d'Arabes qui le terrassaient, puis était tombée évanouie.

Quelques années s'écoulèrent. Le général Montauban était devenu gouverneur militaire de la province d'Oran, lorsqu'il reçut une lettre de la famille de Géreaux, le priant de faire quelques recherches au sujet des circonstances qui avaient accompagné la mort du capitaine. Cette lettre était écrite sur les instances de Mlle de Géreaux, qui n'avait jamais cessé de penser à son frère et d'en parler. Un mois environ avant l'envoi de la requête au général Montauban, elle l'avait vu encore, et sans en éprouver une émotion aussi profonde que la première fois. Il était vêtu du costume indigène, semblait fort pauvre, et bêchait la terre. Ces visions se reproduisirent à de fréquents intervalles, au grand chagrin de la famille, qui ne pouvait que les attribuer à l'imagination frappée de la jeune fille. Peu après, elle soutint avoir vu son frère en robe blanche et en turban; il chantait des hymnes qui lui avaient semblé être en arabe. Elle supplia ses parents d'organiser des recherches; de là, cette lettre au général Montauban.

Le pays étant pacifié , celui-ci put procéder à une enquête minutieuse; et au bout de quelques mois, on apprit qu'un Français était effectivement prisonnier dans un village de la frontière du Maroc, qu'il avait, depuis deux ou trois ans, entièrement perdu la raison, mais qu'antérieurement à ce malheur, il s'était converti

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