CHAPITRE X
La révolution de 1848. — La garde nationale parade dans toute sa gloire. — Le café Grégoire, place du Caire. — Mouvements sur les boulevards le dimanche 20 février 1848. — Accalmie dans l'orage. — La Comédie-Française ferme ses portes. — Les journées de Février. — Le Gymnase et les Variétés, la veille de la Révolution. — Le peuple souverain tire sur l'armée. — Abdication de Louis-Philippe. — Sac des Tuileries. — Le peuple festoie dans la galerie de Diane. — Proclamation de la République. — Quelques membres du gouvernement provisoire.
Je rentrais chez moi plus tôt que de coutume, dans la soirée du samedi 19 février 1848, lorsque, au coin de la rue Laffitte, je me heurtai à un jeune Anglais établi à Paris depuis quelques années comme représentant de son père, riche filateur de coton du Nord. Nous nous étions déjà fréquemment rencontrés, et une grande cordialité s'était établie entre nous, fondée surtout — je dois en convenir — sur le même sentiment d'ironie que nous inspirait alors la présomptueuse vanité des Français (i).
(i) U Anglais à Paris manque assurément d'enthousiasme pour la révolution de 1848, et son peu de sympathie pour les républicains le rend même, en ce chapitre, d'une excessive sévérité à l'égard de ces Français parmi lesquels il a rencontré tant d'aimables gens, de ce Paris oîi l'on mangeait de si bonne cuisine, et où il a si bien déjeuné encore, à si bas prix, en pleine révolution, au café Grégoire.