‹ Un anglais à ParisChapitre 144 sur 161 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Davout et tenaient à fortifier en règle l'homme intérieur, car cette occupation les retint longtemps. Enfin, vers deux heures, ils parurent, aux cris de : « Vive la Réforme ! » poussés par toute la canaille et tous les malandrins des faubourgs du Temple et du faubourg Saint-Antoine qui avaient envahi les voies principales. La Marseillaise, le Chant des Girondins , « La République nous appelle » résonnaient de tous côtés ; je me demandais tout à la fois si l'on pliait bagages aux Tuileries et où les gardes nationaux voulaient en venir. Ils semblaient n'être là que pour entraver la marche des patrouilles des troupes régulières et pour provoquer les rassemblements au lieu de les dissiper. A n'en pas douter, ils étaient persuadés qu'ils offraient un coup d'œil superbe, et, à chaque commandement, je m'attendais à voir le capitaine éclater. Nous atteignions le boulevard Saint-Martin, lorsqu'on prévint cet officier que la 6' légion campait sur le boulevard du Temple ; la colonne prit aussitôt cette direction.

Là, notre citoyen se retrouve, le voilà chez lui : il est au milieu de la foule qu'il préfère, la foule du boulevard du Crime avec ses théâtres, grands et petits, spectacles ambulants , guignols , représentations en plein vent, ses cafés, ses voitures de charlatans et de saltimbanques, et surtout, il est là, en uniforme, distingué du vulgaire et devenu le point de mire de toutes les petites actrices et jolies figurantes qui sortent des répétitions, — car il est plus de trois heures — et qui ne demandent qu'à être régalées. Les rendez-vous se prennent pour dîner ou souper ensemble sans le moindre souci de ce qui peut advenir dans l'intervalle. Tout à coup s'élève une clameur, et la foule se précipite du côté de la porte Saint-Martin; nos guerriers, forcés de quitter leurs belles, croient reprendre leurs fusils qu'ils avaient déposés dans les coins pour plus de commodité. Mais un bon nombre a disparu, les clients de l'endroit,

membres du peuple souverain, s'étant esquivés en les emportant. Néanmoins les rangs se reforment au son du tambour, on part, et, au coin du faubourg Saint-Martin d'où vient tout ce bruit, voilà que la colonne se heurte à soixante-dix ou quatre-vingts individus, autres échantillons dudit peuple souverain, malpropres, échevelés, en haillons, poussant devant eux deux élèves de l'École polytechnique. Les deux jeunes gens sont très pâles et peuvent à peine parler. Ils parviennent cependant à expliquer que la garde municipale de la caserne Saint- Martin a tiré sur le peuple : puis ils poursuivent leur route. Où vont-ils? Dieu le sait...

Mais notre capitaine d'une voix de stentor donne le commandement : « Par file à droite, marche ! » et nous remontons le faubourg, qui est absolument désert, jusqu'à la hauteur de la rue des Marais. Une collision semble presque inévitable, les gardes municipaux vont mettre en joue, quand, brusquement, notre capitaine et un des lieutenants sortent des rangs et se jettent dans les bras des officiers de la garde municipale. Tableau ! Frustré encore de la bataille attendue, je laisse mon ami assister à la fin de cette ridicule comédie et pars surle-champ.

Ce qui se passa après mon départ m'a été raconté par mon jeune compatriote.

« Dès lors, me dit-il, les chefs de la garde nationale semblèrent s'être arrogé la mission de protéger l'armée contre les violences de la foule. Comment la troupe, infiniment mieux armée que ses prétendus défenseurs, at-elle pu y consentir, je ne saurais l'expliquer. Quoi qu'il •en soit, l'armée se soumit, le drapeau flottant sur la porte principale de la caserne fut amené, et je crois bien que les municipaux formèrent les faisceaux, et, de fait, livrèrent ainsi leurs armes à leurs adversaires de la minute précédente. Mais je ne l'affirmerai pas. En tout cas, quelques heures après, pendant que la compagnie

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