CHAPITRE II
autres membres ne tenaient pas à ce collègue dont les goûts différaient si profondément des leurs, dont les occupations journalières et les aspirations n'avaient avec les leurs rien de commun ; car bien que Eugène Sue eût, dès 1835, un cheval de course, nommé Mamelouck, qui même obtint un prix à Maisons-sur-Seine, — plus tard Maisons-Lafïîtte, — bien qu'il montât son haque tous les matins au Bois et parût en cabriolet l'après-midi aux Champs-Elysées, il était évident pour l'observateur le plus superficiel qu'il en agissait ainsi i^2x pose, uniquement. « M. Sue, disait un membre du Club, est toujours trop habillé, trop carrossé, et surtout trop éperonné. »
La remarque était juste, et quoique le Jockey-Club n'eût pas, tant s'en fallait, à cette époque, le cachet de discrète correction qui le distingue aujourd'hui, ses membres se permettaient rarement, sauf peut-être en carnaval, des excentricités bruyantes. M. de Châteauvillard pouvait se passer la fantaisie de jouer une partie de billard achevai, et M. de Machado était bien libre de vivre entouré de deux cents perroquets : ces bizarreries n'attiraient pas l'attention publique. M. Sue, au contraire, par le fait même de sa profession, l'attirait beaucoup trop non seulement sur lui, mais sur le Club dont il faisait partie. Aussi, lorsque, après avoir protesté violemment contre son expulsion, il essaya d'en atténuer l'effet en envoyant sa démission, le comité maintint sa décision primitive. Peu d'années après, Eugène Sue avait disparu de l'horizon parisien.