CHAPITRE V
Physionomie du Boulevard de 1840 à 1850. — Quelques personnalités marquantes de cette période. — La table d'hôte de Mlle Thiers. — Thiers et Guizot. — La rue Le Peletier et le passage de l'Opéra. — L'Opéra. — L'Estaminet du Divan. — Le major Fraser. — Louis Blanc ; son journal l'Homme libre. — Le duel Dujarrier-Beauvallon. — Emile de Girardin et Armand Carrel. — Lola Montés, Louis de Bavière. — Alphonsine Plessis, la « Dame aux Camélias ». — M. Lautour-Mézerai, fondateur du Journal des enfants. — Auguste Lireux. — Anglophobie et gallophobie.
Cette dénomination usuelle : « le Boulevard », ne s'appliquait guère, même à cette époque, qu'au tronçon compris entre la rue Drouot et l'Opéra actuel. Il n'était pas question encore du Crédit lyonnais, ni de tant de constructions splendides qu'on a élevées depuis ; si mes souvenirs sont exacts, l'emplacement de cette banque était occupé alors par les Bains Chinois. Ce devait être quelque chose d'analogue à nos Bains Turcs, mais je n'en puis parler par expérience, car ni mes connaissances les plus intimes, ni moi, nous n'y avons jamais pénétré (i). Nous traversions rarement le Boulevard, si ce n'est pour aller dîner au Café Anglais. Notre bureau de tabac favori se trouvait au coin de la rue Laffitte, en face de la Maison d'or, et les cigares que
(i) L'établissement des Bains Chinois n'avait aucun rapport avec les Bains Turcs : on ne s'y baignait qu'en baignoire. — L'Éditeur.