‹ Un anglais à ParisChapitre 73 sur 161 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et bien ébloui, souscrivit à tout ce qu'elle lui demanda. Elle ne tenait pas autrement à danser, mais elle s'arrangea de telle sorte qu'avant son début il n'était bruit déjà que de sa beauté et que la rumeur en était arrivée jusqu'aux oreilles du roi. On a beaucoup accusé les Jésuites d'avoir favorisé les projets de Lola Montés, dans le but inavoué d'avoir en elle un instrument de domination sur le royal et sénile troubadour ; quoi qu'il en soit, le roi la vit, et trois ou quatre jours après leur entrevue, le souverain lui-même l'introduisait à la cour et la présentait à la famille royale et au corps diplomatique comme « sa meilleure amie ». Les événements marchèrent ensuite avec rapidité. En août 1847, Louis lui accorda des lettres de « naturalisation spéciale » , la créa baronne de Rosenthal et, presque ausitôt, comtesse de Landsfeld. Il lui constitua, de plus, une rente de vingt mille florins et lui fit construire une magnifique habitation. Sur ses instances, enfin, la reine se vit contrainte de lui conférer l'ordre de Sainte-Thérèse. Nous nous y opposâmes, plusieurs de mes collègues et moi, de tout notre pouvoir, tout en nous doutant bien que jusque-là les Jésuites avaient été de son côté plutôt que du nôtre. La perte de nos fonctions nous punit sur-lechamp de notre opposition; mais, débarrassée de nous, Lola Montés eut bientôt à tenir tête aux Jésuites. Elle s'était mis dans la tête de faire envahir le Wurtemberg non certes pour une cause politique : elle était aussi incapable de fournir une raison de ce genre que le dernier des rustres bavarois, mais tout simplement parce que, quelques mois avant son arrivée à Munich, elle avait été, suivant elle, offensée par le vieux roi. Le fait est que le vieux Guillaume , très attaché à l'actrice Amalia Stubenrauch, avait résisté aux avances de Lola Montés et l'avait à peine remarquée. L'invasion projetée du Wurtemberg était un acte de vengeance privée. Pure folie ! Mais, si folle que fût Lola, elle avait

trouvé plus fou qu'elle dans son amant, le roi Louis I"" de Bavière.

«Ce qu'elle fit de plus maladroit, sans contredit, fut de vouloir changer de protecteurs. En femme arrogante et ignorante qu'elle était, il lui déplut de partager avec les Jésuites le pouvoir qu'elle avait sur le roi, elle essaya de monter une cabale contre eux parmi les étudiants de l'Université, et elle y réussit jusqu'à un certain point. Le groupe de ses partisans fut bientôt connu sous cette dénomination : les Allemanen. Mais la portion la plus intelligente et la plus patriote de la jeunesse de Munich les frappa littéralement d'ostracisme. Quelques troubles s'étaient élevés, vite apaisés, lorsque, au commencement de février 1848, une manifestation beaucoup plus sérieuse se produisit contre ces Allemanen, qu'on avait aussi surnommés les « créatures de Lola ». L'aventurière ne manquait pas d'audace, et elle tint à braver en personne les émeutiers. Mais elle avait trop présumé de son empire ou de ses forces, oubliant qu'elle n'était, après tout, qu'une femme. Elle dut reculer pour échapper aux violences, mais pas une porte ne s'ouvrit devant elle. Le suisse en faction devant l'ambassade d'Autriche refusa de lui livrer passage. C'est alors qu'advint la scène la plus pitoyable; le roi lui-même, apprenant ces nouvelles, accourut à son secours ; se frayant un chemin à coups de coude à travers la foule hurlante et menaçante, il parvint jusqu'à elle, lui offrit le bras et la conduisit à l'église des Théatins, qui était toute proche. Plusieurs officiers les avaient rejoints, et les choses auraient pu se terminer pacifiquement, si la favorite avait compris la leçon que lui donnait le peuple. Mais à peine se sentit-elle en sûreté que son caractère violent, vindicatif et dominateur prit le dessus. Enhardie par la présence des officiers, elle arracha à l'un d'eux son pistolet, et, munie de cette arme, elle sortit de l'église,

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