‹ Un anglais à ParisChapitre 92 sur 161 · CHAPITRE VI. i8i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. i8i

cratie anglaise qui l'avait invitée à venir déclamer dans ses fêtes. C'est de ma part une simple conjecture; elle n"a d'autre fondement qu'un mot qui lui échappa un jour où nous parlions de la société de Londres : « Oui, les Anglais sont très aimables, mais il semble que les artistes soient des bêtes sauvages dont ils ont peur, car ils vous parquent comme les animaux du Jardin des Plantes. » Je finis par découvrir qu'elle gardait rancune aux Anglais d'avoir toujours installé pour elle une sorte d'estrade ou d'enceinte formée par des cordelières de soie qui l'isolait du reste de la compagnie. J'ai remarqué souvent que, sauf quelques phrases éloignées et indifférentes sur Londres, elle n'abordait avec moi ce sujet qu'à contre-cœur. Quand elle revint de Potsdam, au contraire, en août 185 1, elle ne tarissait plus en détails sur son voyage. Elle m'avait raconté, au commencement de juillet, qu'elle avait un engagement spécial pour paraître devant la cour le 1 3 du même mois. Je ne la revis que quelques semaines après son retour, et elle me narra longuement son odyssée. Je tâche de la reproduire ici aussi textuellement que possible; mais si je ne puis vraiment, après si longtemps, me rappeler les termes qu'elle employa ni donner une idée du charme de son récit, je me porte garant de l'exactitude des faits.

« Vers six heures, Raphaël — c'était son frère — qui devait me donner la réplique et moi, nous arrivions à Potsdam, oià nous attendait Schneider. Vous savez peut-être que Schneider, qui a négocié mon engagement, est un ancien acteur, promu d'abord à la direction de l'Opéra- Royal, puis devenu lecteur privé du roi avec le titre de conseiller aulique ou secret.

« C'est un charmant homme ; je n'ai jamais entendu un Allemand parler aussi parfaitement notre langue et j'en rends grâce au ciel, car je ne sais ce que seraient devenus mes nerfs et mes oreilles si j'avais dû suppor-

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