‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 105 sur 316 · CHAPITRE IV. — CHUTE DE MÉLÉTIUS SMOTRYCKI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — CHUTE DE MÉLÉTIUS SMOTRYCKI

nettement que les 'deux Ëglises étaient en parfait accord sur le fond de la doctrine, et que les Grecs calomniaient les Latins en leur imputant des erreurs qu'ils n'avaient jamais professées. Smotrycki comptait beaucoup sur TefFet de cet écrit pour dissiper les dernières préventions des principaux schismatiques, qu'il croyait d'ailleurs favorablement disposés à une réconciliation.

L'attitude et le langage de Borecki donnaient les plus grandes espérances au confiant négociateur. Durant les quatre années qu'ils avaient vécu presque côte à côte, guerroyant ensemble contre l'Union, jamais Smotrycki n'entendit sortir des lèvres de son métropolite une hérésie ou une parole amère contre TËglise romaine. Borecki lui parlait souvent des moyens de ramener la concorde entre les Ruthènes, et disait que rien n'eût été plus facile, moyennant quelques concessions sur les formes, et spécialement sur l'ancien calendrier. Borecki était-il sincère dans ces épanchements avec Smotrycki? Sa conduite fut toujours en contradiction flagrante avec les sentiments qu'il lui témoignait, et on peut croire que la modération de son langage ne fut qu'un artifice pour ménager les susceptibilités de Smotrycki, trop fortement attiré vers la foi catholique pour accepter les grossières calomnies des schismatiques contre les Latins. Dans ses pamphlets, le malheureux écrivain les avait vingt fois répétées, mais uniquement pour plaire à la multitude, et en étouffant les protestations de sa conscience. Plus Borecki montrait de calme et de modération^ plus il avait de chances d'exercer sur lui une influence sérieuse et durable.

A côté de Borecki se trouvait alors un jeune homme, dont le nom est resté tristement fameux dans les annales de l'Ëglise ruthène. Pierre Mohyla était issu d'une famille princière, à laquelle les Polonais conservèrent longtemps, au prix de grands eflForts, le gouvernement de la Moldavie. Son père, Jérémie, y avait encore régné avec le titre modeste de palatin. Pour lui, il ne rêvait ni trône, ni couronne ; mais, encore simple laïque, il savait déjà qu'il arriverait un jour aux premières dignités de TÊglise schismatique, et il se préparait à recevoir l'archimandrie des Cryptes de Kiew, en attendant le siège métropolitain. Il avait voyagé à l'étranger et fait, dit-on, ses études à l'Université de Paris. Smotrycki s'appliqua à s'en faire un auxiliaire, et durant dix jours, il eut de longs entretiens avec lui sur l'état

de la Ruthénie et la nécessité d'uneréunion avec TËglise catholique.

Mohyla manifesta les plus favorables dispositions, c Mais < qu'y a-t-il donc, s'écria-t-il dans une de ces conversations, H pour séparer tant les Ruthènes des catholiques romains? ■ Pour toute réponse, Smotrycki lui fit lire sa lettre k Cyrille Luearis. Mohyla en fut très frappé et l'approuva jusqu'à la dernière ligne. S'il était vrai, comme Cyrille l'avait écrit, qu'il û'y eût aucune différence essentielle entre la doctrine des deux F.glises, Mohyla concluait, comme Smotrycki, que rien ne H opposait à une prompte réconciliation.

Smotrycki, sans presser davantage son nouvel ami, lai conseilla de se mettre en rapports avec le duc Zaslawski, sous ks auspices duquel se préparait la réunion des Ruthènes divisés. Mohyla se rendit à Dubno ; mais le duc en était parti pour ses terres d'Ukraine, afin de se rapprocher de Borecki, avec lequel il voulait entrer en négociations. Nous ne savons p85 s'il réussit dans son dessein et si Mohyla y prit part. Quant À Smotrycki, il revint promptement à sa retraite de Derman, pour y composer le travail qu'on lui demandait sur les points controversés entre les Grecs et les Latins.

Au momentoùle nouvel apôtre de l'Union se mettait à l'oeuvre, la nouvelle de sa conversion parvenait à Rome (octobre 1627). Urbain VIII l'annonça lui-même à la Congrégation de la Propagande et fit lire dans une de ses assemblées les lettres écrites par Smotrycki après son abjuration. Les cardinaux furent lellement touchés par les sentiments de pénitence dont elles étaient remplies, que plusieurs d'entre eux voulurent les relire en particulier, après la séance de la congrégation. A. Rome, comme en Ruthénie, Thonneur de cette conversion inespérée Eut attribué au saint martyr Josaphat. Cependant Rome, toujours prudente, ne voulut rien précipiter. Les demandes que le métropolite faisait au sujet du nouveau converti furent présentées au tribunal du Saint-Office, qui les soumit à un minu Ueux examen. Le cardinal Ludovisi ne fut en mesure de transmettre la réponse à Rutski qu'au mois d'avril 1628. Alors seulement il écrivit à Smotrycki pour lui témoigner la joie que ^ conversion avait causée à Rome et les espérances qu'elle faisait concevoir pour la fin du schisme en Ruthénie. Par le même courrier, Ludovisi, au nom d'Urbain YIII, féli-

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