Fei^tina lente
34 SAINT JOSAPflAT. — LIVRE V
a etpour eelledu roi, & cause du zèie excessif de Votre Gran- « deup *.
c Mais Votre Grandeur ose dire que des copies des lettres « ,que je vous ai écrites pourraient fournir aux Cosaques la « première idée de la révolte. 0 mon Père, ce n'est pas à vous « d'être le censeur de mes écrits ; avec l'aide de Dieu je les ai « rédigés de telle manière, jusqu'à présent, que même un « ennemi aurait pu en être éclairé et se corriger ; et quand « même des copies de mes lettres seraient tombées entre les (( mains des schismatiques, elles prouveraient que ce n'est ni « le roi, ni les sénateurs, ni la république, qui donnent lieu à «. leurs plaintes, mais que leurs murmures viennent de l'abus a .que Votre Grandeur fait de son autorité. Elles prouveraient <ï que les actes de Votre Grandeur, inspirés par l'ambition el a des haines particulières, plutôt que par la charité, contre la « volonté de Sa Majesté le roi, contre la volonté et malgré les « défenses de la république ', allument et excitent ces étincelles « de discorde, qui nom menacent tous d'un immense, peut-être « du dernier incendie '.
« Il importe que Votre Grandeur fasse accorder son autorité
1. Lettre de Sapieha, n. 1. — Cette accusation nécessite quelques éclaircissements. En 1610, après les tragiques aventures des deux Démétriua et les victoires de Zolkiewski sur Basile Szuyski, le trône de Moscovie étant vacant, une élection faite par un parti seulement et par surprise y porta le prince LadisMs, fils de Sigismond III. Les hésitations du roi, les retards apportés au voyage du jeune prince à Moscou, les maladresses de ses généraux, les excès commis par les Polonais vainqueurs, le réveil enfin de l'esprit national en Moscovie, qui fut la conséquence de ces fautes, compromirent le succès de cette entreprise ; et quand Ladislas viiit réclamer, les armes à la main, la couronne qui lui avait été ofierte, Michel Fédorowitch, chef de la maison de Romanow, en était déjà en possession (1618). Le prince royal dut signer avec lui une trêve qui assurait à la Pologne de vastes territoires, mais qui laissait à la nouvelle dynastie moscovite le temps d'affermir son antorité. Les Polonais regardèrent ce traité comme un échec ; et Sapieha, qui Tavait négocié, eut à subir des reproches en plein sénat. C'était un pénible souvenir dans sa vie politique : et il cherehait à rejeter sur d'autres la responsabilité de cet échec. Il n'était pas nécessaire, pour s'en excuser, de mettre les Uniates en cause. En voulant imposer aux Moscovites un souverain étranger, les Polonais tentaient une entreprise que la justice et la prudence condamnaient à la fois et qui ne pouvait réussir.
2. Invita Sacra Regia Majestate, invita imo prohibente Republica.
3. Qui minantur nobis omnibus vel summum, vel extremum incendium.
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€ et son devoir d'évéque avec la volonté du roi et de la repu- « blique, par laquelle le pouvoir de Votre Seigneurie est si « bien limité qu'une résolution de votre part contraire à la « paix et au bien de TÉtat peut être qualifiée de crime de lèse- « majesté. On a bien raison d'écrire : Ne faites rien de trop*, « Si Votre Seigneurie agissait comme elle le fait à Rome ou c à Venise, on vous y enseignerait bien vite ce que doit être «' le respectus politicus reipublicœ '.
« Il faut que Votre Seigneurie se souvienne, comme tout « autre, que, sauf le droit de Dieu^ le monde entier se règle par « le bon plaisir duroi *. »
Assurément, cette maxime n'était pas polonaise, et la noblesse se gardait bien de la mettre en pratique. Cependant Josaphatne trouvera ni aide ni pitié auprès de Sapieha jusqu'à ce qu'il Tait adoptée. Les dangers môme auxquels sa vie est exposée n'émeuvent pas le chancelier. « On peut vous dire, « écrit-il, que personne n'est blessé que par sa propre faute *. Il « convient d'éviter les occasions du danger ; car celui qui aime « le péril y succombera^ surtout quand il s'agit de religion ^. « Ne pas éviter le danger, c'est chercher sa propre perte. »
La soif du martyre avait percé dans la lettre de Josaphat. Sa pieha ne comprend pas cette ardeur, a Quand on peut, dit- « il, procurer par sa mort la gloire du Tout-Puissant, on a c raison de risquer sa vie ; mais à le faire sans profit, mieux a vaut être confesseur que martyr. Ainsi pensaient les apôtres « saint Pierre et saint Paul et d'autres saints, qui ne voulaient c pas donner leur vie pour la doctrine du Christ sans profit « pour les âmes. Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-môme, avant « que l'heure de notre rédemption fût venue, se cacha devant « la multitude qui voulait le lapider. Et vous aussi, faites de a même, et souvenez-vous que le disciple n'est pas au-dessus a du maître •. Retenez ce proverbe simple, mais vrai : Vhomme « qui fuit pourra encore combattre '. »
i. Nequid nimls.