‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 115 sur 316 · Susza, Vit. Sinotrisc. p · texte numérisé non relu

Susza, Vit. Sinotrisc. p

Les portes furent fermées, et Smolrycki parut devant Borecki.qui lui reprocha aussitôt dans les termes les plus violents d'avoir trahi l'Église orthodoxe. « L'orgueil, lui dit-il, et le Ci malin esprit ont parlé par votre bouche. On le voit dès le^ « premières lignes de votre Apologie ^ où vous osez dire qne t vous avez demandé dans les Lieux saints l'union pour voire « pays et offert le saint sacrifice à cette intention, et que vous « ne saviez pas ce que vous deviez croire. » Le métropolite reprit, les uns après les autres, divers points de V Apologie, en accablant Smotrycki d'injures et de sarcasmes. « Par ce « livre impie, lui dit-il, vous avez voulu introduire dans notre « Église les erreurs maudites des Latins, de Manès, de Sabel- «t lias el d'Apollinaire. »

Ces paroles firent frissonner Smotrycki. Il n'eût jamais cru Borecki capable de s'abaisser à de pareilles violences II hésita d'abord k répondre, de peur d'exaspérer encore la colère du métropolile. Enfin, il prit la parole, et d'un ton ferme et modes te, il [ifQrma qu'il était attaché par le plus profond du cœur à rÉglise orientale et qu'il désirait la servir comme l'avaient fait autrefois ses fils les plus dévoués. Il ne détestait rien tant que lorgueil, et en priant pour l'unité de la Ruthénie, il n'avait fait qu'imiter humblement l'exemple du Sauveur. Il n'avait eu aucun sentiment d'arrogance en écrivant son Apologie; et quant aux hérésies qu'on l'accusait d'avoir empruntées aux Latins pour les répandre au sein de l'Ëglise ruthène, jamais rÈglt«;e romaine ne les avait admises, et elles lui causaient à luimême trop d'horreur pour qu'il eût la pensée de les enseigner à ses frères. Il ne comprenait pas enfin comment on pouvait lui reprocher l'aveu de ses longues incertitudes en matière de foi , lorsque son Lamentum^ son Elenchus^ tous ses autres écrits eu portaient la trace.

Smotrycki se défendait avec chaleur, et comme la discussion se prolongeait, Borecki quitta l'église pour se rendre à son appartement dans le monastère. Là Smotrycki le somma d'indiquer les passages de V Apologie qu'il trouvait dignes de condamnation. Le protopope de Sluck Muzjlowski, le théologien du prétendu concile, saisit alors un exemplaire de V Apologie ^ le feuillette avec colère et relit les uns après les autres les titres principaux : dujugement particulier, de la béatitude des âmes justes, despeinesdupurgatoire,dusacerdocedeNotre-Seigneur,

CflAPITRB IV. — CHUTE DE MÉLÉTIUS SMOTRYCKI 209

<lu pain azyme, de la primauté de saint Pierre et des Pontifes romains, etc. A chaque article, ce sont des injures et des exclamations ironiques contre Smotrycki ; enfin, fermant le livre avec colère: « Trouvez-vous donc, s'écrie- t-il, que ces blasphè- « mes sont peu de chose? » — « Si vous lisiez les explications a que ces titres annoncent,repartSmotrycki,au lieu d'y trouver « des blasphèmes, vous y verriez la pure doctrine de TÉglise ^ orientale » ; et il insiste encore pour avoir le droit de s'exçliquer devant tout le concile. « Autrement, dit-il. nous aurions a tous des remords de conscience pour avoir prononcé sans -« discussion sur des matières aussi graves. »

Pour toute réponse, Muzylowski tire un papier de son sein :

-€ Le concile, dit-il en le présentant à Smotrycki, n'a qu'une

« chose à faire avec vous ; si vous voulez y être admis, jurez

« que vous ne troublerez jamais l'Église ruthèneni par vos

'« paroles ni par vos écrits, et que vous ne Tabondonnerez

« jamais. Signez cette rétractation de votre Apologie^ et enga-

•« gez-vous à la lire dans l'église du haut de Fambon. Promet-

-« tez enfin de ne pas retourner à Derman et de rester à Kiew. »

Smotrycki réclame contre une punition bien plus grande que

■sa faute, en admettant même que sa faute soit prouve'e. « Vous

-a avez outragé toute rÉglise,luirépondent Borecki et sa troupe,

^< vous devez faire pénitence devant toute l'Église. » Smotrycki

réplique qu'il ne s'agit pas pour lui d'expier un crime prouvé

juridiquement. Il n'a été ni jugé, ni entendu. Il demande encore

«ne fois à parler devant l'assemblée : « Avec l'aide de Dieu,dit-

a il, on verra alors si j'ai lésé l'Église ruthène, ou si plutôt

« vous ne m'opprimez pas iniquement*. »

Deux gentilshommes schismatiques *, lesprincipaux de ceux <ïui se trouvaient à Kiew, et le notaire de l'armée cosaque arrivent sur ces entrefaites comme par hasard, mais en réalité sur l'invitation de Borecki. Leur rôle était d'intimider Smotrycki «n lui faisant voir que les Cosaques et la noblesse étaient d'accord pour le punir. Au premier moment, le malheureux accusé Xitki ferme devant ces nouveaux adversaires, qui le pressaient pour ainsi dire, le sabre à la main, de rétracter son Apologie. Il fut tenté de leur répondre que ce n'était pas à des laïques

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