CHAPITRE V
PÉPaiENCE ET MORT DE SMOTRYCKI.
Repentir de Smotrycki. — Il publie une Protestation contre rassemblée de Kiew et rentre dans le sein de FEglise catholique. — Exhortation de Smo^ trycki à la nation ruthène en faveur de FUnion. — Borecki oppose deux pamphlets à ces écrits. — Le socinien Gizel, apologiste des évêques schismatlques. — Smotrycki réplique par son Exetkesis. — Rome se montre pleine de miséricorde pour Smotrycki pénitent. — Nouvelles tentatives du duc Zaslawski pour la réunion des Uniates et des schismatiques. — Assemblée de Léopol (28 octobre 1629). — Les évèques schismatiques refusent de s'y présenter. — Mort du duc Zaslawski (14 novembre 1629). — Smotrycki se renferme dans sa retraite de Derman. — Le pape Urbain VIII lui fait demander la collection de ses écrits en faveur de rUnion. — Lettre de Smotrycki sur les moyens de convertir les Ruthënes (16 février 1630).— Urbain VIII donne à Smotrycki le titre d*archevêque d'Hiérapolis (1631). — Soins de Smotrycki pour son monastère de Derman. — Sa vie pénitente. — Son humilité. — 11 est en butte à la haine des schismatiques. — On l'avertit que sa vie est menacée. — Sa maladie soudaine. — Ses derniers jours. — Sa mort (27 décembre 1633). — Ses mains recouvrent la vie pour attester sa fidélité à TEglise romaine. -~ Miracles plusieurs fois répétés. — Le monastère de Derman protégé contre les incursions des Cosaques et des Tartares.
L'agitation qui régnait dans la ville de Kiew cessa après le départ des évéques schismatiques et de la foule, que la foire avait attirée. Quand le calme se fut rétabli autour de lui, Smotrycki mesura la profondeur de Tabime dans lequel il était tombé, et il se plaignit amèrement de Borecki et de Mohyla, qui l'avaient trahi et entraîné à Tapostasie. Libres eux-mêmes de la pression des Cosaques et du peuple, le métropolite et Tarchimandrite des Cryptes cherchèrent à excuser leur conduite et k retenir leur malheureuse victime par des flatteries et des promesses. Mais une amère douleur s^était emparée de Smotrycki : il avait hâte de réparer sa faiblesse.
Il partît sansretardde Kiew, annonçant hautementqu il allait
désavouer la rétractatioa de son Apo/o^îe, et accourut à Léopol, où il publia le 7 septembre, sous le titre de Protestation^ im récit de tout ce qui venait de se passer à Kiew. En tête de celte pièce, il plaça comme épigraphe les paroles par lesquelles le saiat Évangile dépeint la conversion de saint Pierre : Et torhmt dehors, il pleura amèrement*. Ainsi, le lecteur savait d'avance que cet écrit était Thumble confession d'un pénitent Smolrycki y détestait sa faute dans les termes les plus éne^ giques.
*t Puisque, disait-il, par un jugement de Dieu, je n'ai pasea a la gloire de répandre mon sang pour défendre la vérité, je « repousserai du moins, par tous les moyens possibles, tast <i que je vivrai, l'injure faite à la majesté divine. Je m*eff<w^ a cerai de montrer avec évidence aux Ruthènes ignorants, que a Zizanie, Philalèthe, Orthologue, le clerc d Ostrog et tous ces a hommes, sortis de la même fange, ne sont que des ennemis tt acharnés de l'Eglise orientale, des hérétiques vomissant k w blasphème, et qu'ils mentent impudemment, quand ils accu- « sent l'Eglise romaine d'hérésie. Je proteste enfin, devant a toute la nation Ruthène, que je rétracte, que j'abjure, que « je mets à néant tout ce que j'ai pu dire, écrire ou signer f( contre la foi dans cette assemblée, dans ce véritable brigcoh a da^ê de Kiew. Je confesse et je pleure mon péché devant <( Dieu et toute la sainte Ëglise, et dans l'amertume de ma^ ■ cœur, j'implore pour moi les prières de la sainte hiérarchie; « et de tous les fidèles, inclinant la tète devant la puissance ti h qui il appartient de m'absoudre de mon crime, et en appe* a tant, pour être jugé, au concile provincial de toute la nation <t ruthène. »
Ces dernières paroles annonçaient, de la part de Smotryeki, Tint! ntion formelle de recourir sans retard au métropolite uniîitej pour être réconcilié une seconde fois avec TËgli^ romaine. On ignore dans quelles circonstances et à quelles conditions cette grâce fut obtenue ; mais elle ne dut pas se faire allcndre Nous retrouvons en effet Smotrycki encore occupé de ses projets de réunion, peu de temps après l'assemblée de Kiew. Son zèle se retrempa dans la pénitence ; et, en devenant plus humble, cette sainte passion ne perdit rien de son ardenr.