‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 121 sur 316 · CHAPITRE V. — PÉNITENCE ET MORT DE SMOTRYCEI · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — PÉNITENCE ET MORT DE SMOTRYCEI

rances s'évanouirent. Malgré les invitations du duc Zaslawski, les instances du métropolite uniate et les ordres formels du roi, Borecki et ses suffragants ne parurent pas à Léopol. L'évoque même de cette ville se tint à Técart, malgré les invitations réitérées et les protestations de Rutski.

Le dimanche 28 octobre était le jour fixé pour l'ouverture des conférences. Les évoques uniates se rendirent en grande pompe à la cathédrale latine, où Tarchevéque de Léopol les attendait. Le P. Bembo, de la Compagnie de Jésus, prononça un discours sur l'unité de TËglise, dans lequel il invitait chaleureusement les Ruthénes schism'atiques à lUnion, et rappelait aux Latins qu'ils devaient aimer leurs frères uniates et respecter la rite grec. Rutski célébra ensuite une messe pontificale avec Tassistance de tout son clergé. L'objet de cette solennité était avant tout d'attirer les bénédictions de Dieu sur rassemblée ; mais le métropolite voulait prouver en même temps son attachement au rite ruthène et son exactitude à en remplir toutes les cérémonies. On accusait toujours les Uniates de mépriser la liturgie grecque, et de la corrompre en introduisant les usages des Latins. Pendant cette assemblée de Léopol, les schismatiques furent en mesure de constater que ces calomnies n'avaient aucun fondement.

Dans la soirée, toute la population de Léopol vil un long cortège d'évêques et de moines traverser les rues de la ville. Tous les dignitaires de rËglise uniate se rendaient au château, sous la conduite du métropolite, pour protester devant les officiers royaux contre l'abstention des schismatiques. Le duc Zaslawski avait enjoint aux membres de la Confrérie stauropigienne de se trouver au château en même temps que les évêques uniates. Ils y envoyèrent deux délégués , mais pour déclarer que la Confrérie ne pouvait prendre part à rassemblée. « Ces affaires ne nous regardent pas, avaient-ils ordre de 1 dire : c'est à nos Pères les évéques de les régler pour nous. » Zaslawski et le métropolite pouvaient s'étonner à bon droit de ce respect inattendu pour les chefs de la hiérarchie. Depuis quarante ans,. les confréries donnaient le branle à toutes les entreprises au sein de l'Église ruthène, sans même consulter les évoques. Il fallut cependant se contenter de cette défaite.

Ce premier accueil faisait comprendre que toute négocialion sérieuse avec les schismatiques était impossible. Les pré-

lats uniates se décidèrent cependant à séjourner quelques jours à Léopol, pour donner à leurs adversaires le temps de revenir sur leurs premières résolutions. Pendant ce temps, ils eurent à subir les outrages d'une partie de la populace de la ville. Des Arméniens et des Ruthènes, tous de condition iaOme, les poursuivaient dans les rues, les traitaient de païens et les accablaient de malédictions. Les magistrats du château durent intervenir pour empêcher ces désordres. Le mardi 30 octobre, on vit arriver le prince Puzyna, Téchanson de Wolhynie Drewinski et quelques moines schismatiques , envoyés par la Confrérie de Vilna. Puzyna et surtout Drewinski étaient deux personnages considérables parmi les schismatiques; mais ils n'avaient ni pouvoirs, ni instructions pour traiter de TUnion. Un grand nombre de gentilshommes de leur parti étaient déjà arrivés à Léopol, etleur nomdre grossissait tous les jours.

Le lendemain 31 octobre, les évoques uniates eurent une entrevue avec les chefs du parti schismatique. Rutski et ses suffragants se rendirent à une église ruthène, nouvellement bâtie dans la ville par leurs adversaires. Le pope qui la desservait et les membres de la Confrérie vinrent au-devant d'eux et les introduisirent avec toute sorte d'honneurs. Le prince Puzyna et Drewinski arrivèrent de leur côté pour complimenter le métropolite, et s'entretinrent quelque temps avec lui ; mais il y avait loin de ces échanges de politesse à une discussion sérieuse. Avant de sortir, Rutski et les siens, se tournant vers Torient, chantèrent en chœur une hymne à la sainte Vierge ; et des catholiques latins, qui étaient venus avec eux, répondirent par des cris de < Gloire à Dieu 1 la paix! « Tunion ! » Mais les schismatiques ne s'associèrent pas à ces acclamations.

Cependant le pope invita le métropolite et les évéques à entrer dans sa maison, où les membres de la Confrérie étaient rassemblés. Il fit apporter du vin, et Smotrycki crut le moment favorable pour entamer la grande aflFaire de la réconciliation. Mais Drewinski l'arrêta dès les premières paroles : « Nous devons, lui dit-il, nous conduire par ce qui a été décidé c dans les sept conciles universels, et non par les doctrines « nouvelles » ; et d'un ton moqueur il ajouta : a II faut que 9 vous sachiez que le diable n'est pas si terrible qu'on ledit > ; comme s'il eût voulu lui reprocher de prendre les schismatiques

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