CHAPITRE V. — PÉNITENCE ET MORT DE SMOTRYCKI
pour des ennemis de Dieu. Le pope coupa court à celte conversation en invitant ses hôtes à boire ; et ils se séparèreot tous après cette courtoise mais inutile entrevue.
Le !•' novembre, les principaux prélats uniates officièrent dans les églises latines, et le jésuite Bembo prêcha de nouveau à la cathédrale en faveur de TUnion. Pendant ce temps, la Confrérie stauropigienne fêtait les envoyés de Viina, et cette démonstration publique disait assez que les schismatiques ne feraient aucune concession. En effet, le lendemain, le prince Puzyna, Téchanson Drewinski et les délégués delà Confrérie de Vilna se présentèrent devant les prélats uniates, mais uniquement pour satisfaire à Tordre du roi. Ils prièrent Rutski de ne pas les accuser de désobéissance auprès du monarque. Ils n'obtempéraient pas d'une manière plus complète à ses désirs, parce qu'ils ne pouvaient rien faire sans le patriarche de Constanlinople ; mais si le métropolite obtenait pour ce prélat la permission de venir en Pologne conclure Tunion projetée, ils acceptaient d'avance tout ce que le chef de leur Ëglise déciderait. Cette déclaration rendait toute conférence impossible. Les évéques uniates se séparèrent, et le surlendemain ils avaient quitté la ville, après une dernière protestation de Rutski contre le mauvais vouloir des schismatiques. Malgré l'autorité du roi, le zèle du duc Zaslawski et le charitable empressement du métropolite, cette tentative de rapprochement aboutissait à un avortement complet *.
Cependant quelques bonnes semences furent jetées dans Félite de la noblesse schismatique réunie à Léopol. On avait renoncé au projet de discussion publique sur la nécessité et la légitimité de TUnion, l'expérience ayant appris que ces solennités irritaient les Ruthènes sans les convertir ; mais le métropolite, les évoques ruthènes, le P. Bembo et son compagnon eurent des entretiens privés avec un grand nombre de
1. V. Susza, Smotr. vit. p. 124 sqq. — Wielowiedzki, 1. cit. f. 771. — Ignace Chodynicki, Histoire de la ville de Léopol. Léopol, 1829, ch. v, p. 328-332 ; et surtout Denis Zubrzycki, Chronique de la ville de Léopol, Léopol, 1844, p. 267-772. Cet auteur a eu entre les mains les Actes du Conseil delà ville de Léopol et les registres de la Confrérie stauropigienne. 11 a extrait de ces derniers un récit de l'assemblée de 1629 fait par un schismatique contemporain. Cette pièce nous a fourni les priocipaux traits de notre récit.
gentilshommes schismatiques, et parvinrent à dissiper quelques-uns de leurs préjugés. Les révélations que Smolrycki avait faites sur les vrais sentiments de Cyrille Lucaris produisaient, d*ua autre côté, un grand effet ; et plusieurs de ceux qui les avaient connues annoncèrent que si le patriarche n'abjurait pas ses hérésies, ils rentreraient dans Tobéissance du Pontife romain. D'autres gentilshommes, qui avaient surveillé Rulski et ses suflfragants durant les fonctions sacrées, déclarèrenl qu ils pouvaient se porter garants de la fidélité de ces prélais au rîle rulhène, et que tous les bruits contraires étaient d* odieuses calomnies. Ce résultatétait assurément un succès: mais on était loin de la réconciliation générale et défînitive sur laquelle on avait compté.
Cet échec fit comprendre à tous les esprits clairvoyants, qu il ne fallait plus compter sur Thabileté humaine et les négociations pour ramener les schismatiques à TËglise catholique. Saint Josaphat avait affermi le sol sous les pas des apôtres de rCnion. A eux et à eux seuls de courir à la suite de ces brebis égarées et de les rapporter sur leurs épaules au bercail de Jésus-Christ. Déçu dans ses espérances, le duc Zaslawski resta malade àLéopol après le départ des évoques, et le 14 novembre il reDdait son àme à Dieu. Son corps futdéposé dans la cathédrale, jusqu'à ce que la saison permît de le transporter à Zaslaw, où il fut enterré.
L'historien de l'Église ruthène doit s'incliner devant la noble figure de ce prince. Il fut droit, honnête et pieux ; et si, durant longues années, il subit rintluence des préjugés de tous les grands seigneurs polonais à Tégard de l'Union, dès qu'il comprit son devoir envers elle, il le remplit avec une généreuse ardeur. La part qu'il prit à la conversion de Smotrycki suffît pour le mettreau premier rang parmi les bienfaiteurs de l Église rulhène ; et l'échec de ses tentatives pour la réconciliation des schismatiques ne doit pas lui ôterle mérite de ses intentions saintes. Ce dévouement simple et désintéressé à une cause méprisée fut trop rare à cette époque pour ne pas signaler Alexandre Zaslawski au respect de la postérité.
L avorlement de l'assemblée de Léopol fut une dernière et cruelle déception pour Smotrycki. Dupé par Borecki etMohyla, il s'était tourné plein de confiance vers le peuple ruthène pour rcxhorteràTunion. Il comptait peut-être sur le prestige de sa