CHAPITRE V. — PÉNITENCE ET MORT DE SMOTRYCKI
voix, naguère si écoutée ; mais sa parole lui était revenue à vide. Toute-puissante pour exciter les passions de la multitude, elle n'avait plus d'écho quand elle parlait d'abnégation et de sacrifice. Smotrycki manquait de l'autorité que donnent la sincérité des convictions et la noblesse du cœur. On savait trop bien, dans son ancien parti, avec quelle déplorable facilité il subissait autrefois la pression de son entourage, et les scènes dont Kiew avait été le théâtre, n'étaient pas propres à relever ridée qu'on avait de ce caractère versatile.
Quand ils entendaient leur ancien apologiste leur prêcher l'Union, les schismatiques pouvaient toujours dire : « Nous « savons ce que valent ses paroles ; qu'il soit demain en notre « puissance, et nous le ferons se rétracter une seconde fois. » Malgré ses talents, son éloquence, l'austérité de sa vie, Smotrycki ne pouvait exercer un fructueux apostolat en Ruthénie à moins de se relever, par la pénitence, au niveau des saints. Il le sentit ; car, durant les quatre années qui s*écoulent entre l'assemblée de Léopol et sa mort, il ne cherche que la retraite et le silence, et nous ne le trouvons pas une seule fois hors de son monastère de Derman.
Dans cet intervalle, le cardinal neveu Barberini lui écrit de Rome pour lui demander, au nom du Souverain Pontife, la traduction des écrits qu'il a composés en faveur de l'Union. Smotrycki s'empresse d'obéir. Ses ouvrages sont lus et approuvés, à Rome, par plusieurs cardinaux, qui vantent à Tenvi la science de l'auteur. Urbain VIII ordonne que ces traductions, avec toutes les pièces qui se rapportent à la conversion de Smotrycki, soient déposées au château Saint-Ange dans les archives les plus secrètes de l'Église romaine ^ Malgré ces encouragements, Mélétius garde le silence jusqu'à sa mort ; et si, au rapport de son historien, plusieurs conversions furent le fruit de son zèle, aucune n'eut d'éclat. Smotrycki ramena quelques âmes à la foi catholique, comme les autres prêtres uniates le faisaient chaque jour. Son ministère n'eut pas ces bénédictions spéciales que Ton s'était plu à espérer au moment de sa conversion. Dieu voulut bien pardonnera cet homme, si redevable envers sa justice ; mais il ne daigna pas le choisir pour l'instrument de ses miséricordes envers les Ruthènes.