‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 129 sur 316 · CHAPITRE V. — PÉNITENCE ET MORT DE SMOTRYCKI · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — PÉNITENCE ET MORT DE SMOTRYCKI

habits et des ornements sacrés qu'il s'était fait préparer, mais ils oublièrent le bref d'Urbain VIII. Au milieu de la nuit suivante, le P. Radewicz, Métrophane, diacre et parent de Smo- Irycki, et le chef de ses domestiques, Niehrebecki, qui veillait autour du cadavre, se rappelèrent la dernière recommandation de Tarchevéque. Ils cherchèrent le bref ; mais cinq heures s'étaient écoulées depuis la mort de Smotrycki, et son corps était raide et glacé. Ils lui prirent cependant la main droite, écartèrent les doigts et y placèrent la lettre pontificale. Tout à coup, à ce contact, la vie semble reparaître, la main se ferme d'elle-même, et les doigts serrent fortement le bref, au point que le parchemin en est tout froissé.

Craignant d'être dupes d'une illusion, les trois témoins de ce prodige s'efforcent de reprendre la lettre pontificale. Le mort la serre de plus en plus, et ils ne parviennent pas à la lui arracher. Pqut s'assurer encore qu'ils ne sont pas le jouet d'une hallucination, ils prennent des lettres que le défunt avait reçues autrefois du patriarche de Constantinople, et ils cherchent à les lui placer dans la main gauche. Elle se ferme aussitôt, et tous leurs efforts ne réussissent pas à l'ouvrir. Il n'y avait plus de doute : Smotrycki manifestait jusque dans la mort sa soumission filiale au Saint-Siège apostolique et sa répulsion pour ceux qui en étaient séparés. Dès le matin, le bruit de ce prodige se répandit dans toute la contrée, et des milliers de personnes virent ces deux mains, dont l'une serrait comme un gage de vie la lettre du Souverain Pontife, et l'autre repoussait celle du patriarche schismatique.

Pour obéir aux dernières sollicitations de Smotrycki et sauvegarder en même temps les droits de patronage de leur famille, la duchesse d'Ostrog et le duc Zaslawski firent occuper par leurs soldats le monastère et ses domaines. Le capitaine du château de Dubno, Wazewski,vint s'établir lui-mêmeàDerman. Il voulut s'assurer du miracle, et fit en présence d'une foule nombreuse de longs et inutiles efforts pour ouvrir la main gauche de Smotrycki. Il essaya aussi d'arracher de la main droite le bref d'Urbain VIII, et il y mit tant de violence qu'il tira le corps hors du cercueil, mais la main ne lâcha pas le précieux gage dont elle ne voulait pas se séparer.

Rutski était à Ruta, près de Nowogrodek, quand il reçut la dernière lettre de Smotrycki. Il fît en huit jours de marche

sai

soixante- quatre lieues, aufort de l'hiver* Malgré ces diligences, il n'arrivaque le 2 janvier 1634 chez le duc Albert RadziwîU, à Olyka. Il y apprit la mort de Tarcl^evéque et le miracle 4oDt toute la contrée était témoin. Il hàiasamarche, et le lendemain il entrait à Derman, escqrté par les troupes du duc Zaslawski, qui s'étaient portées à sa rencontre, et par upe foule nombreuse dans laquelle il y avait beaucoup de schismatiques. Le métropolite se fit aussitôt raconter tput ce qui s'était passé depuis k mort de Smotrycki ; et, comme garantie de leurs dépositions, il exigea un serment du P. Radewicz, du diacre Métrophaue, de leur compagnon et du capitaine Wazewski. 11 se rendît ensuite auprès du corps, pour se rendre compte ds prodige par un examen attentif.

Pendant que Rutski avait les yeux fixés sur les deux mains contractées du cadavre, il se sentit intérieurement pressé d'éprouver lui-même la réalité du miracle. « Si la vie est revenue à ces mains pour attester la soumission de Smoirycki au Siège apostolique, elles obéiront, se dit-il, au commandement de celui qui représente en Ruthénie TEglise catholique et le Vicaire de Jésus-Christ. » Cédant à cette pensée, Rutski prie un instant, s'approche du cadavre, et adressant par la pensée un appel à Tàme de Smotrycki, il prend le bref du Pape. La main s'ouvre aussitôt et le remet d'elle-même au métropolite.

<c Le doigt de Dieu est ici, s*écrie le prélat, lui seul peut i opérer de si grands miracles ! Nous voyons de nos yeux c^ ■ que Tantiquité nous raconte de saint Alexis. Après sa M mort, il ne voulut remettre qu'au Souverain Pontife le papier a qu H tenait dans les mains. Mêlé tins n'a voulu livrer ces c lettres qu'à moi seul, au vicaire du suprême pasteur en « Ruthénie. » Rutski lut ensuite le bref à haute vpix, et en expliqua le sens à la foule qui Tenvironnait ; puis il le replaça dans la main du mort, et elle se referma immédiatement pour le serrer aussi fortement que la première fois.

Les funérailles furent différées jusqu'au 29 janvier, aûn que tout le peuple d'alentour pût être témoin du miracle. Les schismatiques ne furent pas les moins empressés, Ils voulaient croire à une supercherie : ils examinèrent les mains de Smotrycki, les touchèrent, essayèrent d'enlever le bref de la main droite, de placer les lettres du patriarche dans la gauche : tout fut inutile. Venus la moquerie sur les lèvres, ils s'en allèrent

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