CHAPITRE XI. — SAINT JOSAPHAT ET LÉON SAPIEHA
Le chancelier proteste d'ailleurs que la charilé seule inspire son langage. « Tout ce qui a été dit en cette matière à Votre « Grandeur, écrit-il, tant par moi que par d'autres, ne pro- « vient nullement d'une connivence avec vos ennemis ; on n'a « fait qu'accomplir le précepte divin : Si ton frère s'égare^ « réprimande-le entre toi et lui, La fin du précep tendit saint Paul « àTimothée, est lâchante provenant d'un cœur pur et d'une « bonne conscience^ d'une foi sincère^ à la différence de ceux qui « sont tombés dans ^inutiles bavardages^ voulant être docteurs « des saintes Écritures sans savoir ni de quoi ils parlent, ni ce « qu'ils affirment K » Cette dernière citation était une injure grossière, après laquelle Je chancelier ne pouvait plus rien ajouter. ïl conclut en souhaitant à Tarchevéque la santé, l'esprit de concorde et de charité fraternelle, et en se recommandant à ses bontés.
La lettre de LéonSapieha était datée de Varsovie le 12 mars 1622. Saint Josaphat y répondit le 22 avril*. Cet écrit, le plus important de tous ceux qui nous sont restés du saint martyr, est rédigé dans un style ferme et précis, qui ne manque ni d'élévation ni de chaleur.
i Illustrissime chancelier, mon seigneur et bienfaiteur, dit- « il, on m'a remis une lettre ou plutôt une exhortation de Votre « Excellence. Si je ne me trompe, c'est en grande partie à canse « des accusations de diverses personnes, que vous vous étendez <c si longuement sur mes prêtres, sur la sainte cause de l'Union, « sur moi-même. J'ai reçu votre lettre avec respect ; je dois « miaintenant, si Votre Excellence me le permet, opposer « la vérité des faits aux fausses accusations que Ton élève ce contre moi.
« D'abord en ce qui concerne ma personne (j'en prends à c témoin Dieu qui voit mon cœur et mes actes), jamais, ni par
1. Si erraverit frater tuus corripe eum inter te et ipsum. (Matth.xvra,l5.) Finis auteiL prscepti est chantas de corde puro et conscient! a bona et fi de
non ficta proveniens, contra eos qui sunt coaversi in vaniloquium, volentes esse scripturœ doctores, noQ inteUigentes autem neque de quibus loquuntur neque de quibus affirmant. (I Tim. i, 5>7.)
2. La lettre de saint Josaphat à Sapieha fut publiée pour la première fois parle métropolite Gyprien Zochowski, dans son livre sur le Colloque de Lublin, assemblée d'uniates et de schismatiques convoquée en 1680 par Jean III Sobieski pour amener entre eux une réconciliation.
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«< un mauvais exemple, ni par un acte de rigueur, je n*ai donné « aux habitants de Polock et aux autres brebis de mon trouc peau un prétexte pour se détourner de moi. On ne trouvera « pas le moindre signe de sévérité qui eût pu exciter la rancune « de ces hommes turbulents, si nuisibles à la république. Je « me suis toujours efforcé et je m^efforce encore de faire « accorder mon autorité et mes devoirs de pasteur aVec la « volonté de Dieu, avec celle dé Sa Majesté le roi et l'intérêt « de la [^république. J'en appelle au témoignage de beaucoup « de bons citoyens, non seulement catholiques, mais même a hérétiques, qui habitent mon diocèse.
(( Quant aux schismatiques, je ne puis les appeler en témoi- « gnage, parce qu'à Tinstigationde Smotrycki Texcommunié, <( ils ont juré haine à la vérité et ils nous regardent et nous « traitent, nous qui travaillons à Télendre, crmme tout ce qu^il « y a de pire au monde. »
Josaphat défend ensuite ses prêtres. « On les dit mauvais et « ignorants, écrit-il, parce qu'ils m'obéissent. S'ils faisaient à. « la guise des schismatiques, ils seraient bons et savants. Et « si quelques-uns d'entre eux sont grossiers, ce n'est pas ITTa nion,mais le schisme qui les a nourris. Que l'on s'en prenne « au schisme, et non pas à moi ^ I
« On ne prouvera pas que j'aie jamais contraint ou attiré a quelqu'un par la force à l'Union. Je défends seulement mes u droits ecclésiastiques, puisqu^on les foule violemment aux « pieds. J'y suis obligé par le sermentque j'ai prêté comme tous « les évêqucs; et je m'efforce de remplir ce devoir avec modéra « tion et douceur, d'après l'exemple des Âmbroise et des Chry- « sostome, qui luttaient avec vigueur pour la vérité divine. » Ici l'archevêque rétorque contre Sapieha l'argument que le chancelier avait cherché dans la conduite des deux saints docteurs. Tous deux avaient lutté contre les pouvoirs établis, l'un contre l'impératrice Justine, Tautre contre Arcadius et son épouse Eudoxie, et tous deux pour des intérêts semblables à ceux que Josaphat défendait *.
1. Nous donnons parmi les pièces justificatives une traduction complète de la lettre de saint Josaphat à Léon Sapieha. Le P. Gontieri en a publié, de son côté, une traduction latine empruntée aux actes du procès de béatification.
2. Saint Jean Chry sostome réclamait à Eudoxie une vigne que cette