CHAPITRE I. — PRÉPARATIFS D'UNE LUTTE NOUVELLE
Mohyla et la confrérie : Tarchimandrite plaça ses professeurs dans Tancien établissement, dont il augmenta la dotation, et reçut en retour le titre de préfet de la confrérie et de protecteur de son école. Le métropolite schismatique confirma cet arrangement de son autorité et Thetman des Cosaques promit de défendre au besoin parles armes ia nouvelle institution.
Dans l'organisation de son école, Mohyla imita sans hésiter les collèges latins, et spécialement ceux de la Compagnie de Jésus. L*ordre des classes, la méthode d'enseignement, la discipline furent calqués sur les usages de TOccident. La langue latine devint la langue classique. On établit même, parmi les étudiants, des congrégations de la Sainte Vierge, à l'imitation de celles des Jésuites. Cependant la noblesse ukrainienne hésita avant d'envoyer ses fils à un collège que le clergé latin s'efforçait de lui rendre suspect. Mais ces scrupules furent de courte durée. En 1635, les élèves affluaient dans la nouvelle école,et sa réputation était déjà si bien établie qu'on lui donnait les noms emphatiques d'Hélicon et de Parnasse K
C'était un coup de mattre d'avoir fait passer aux mains du clergé schismatique l'éducation des jeunes gentilshommes de l'Ukraine. Cependant Mohyla réussit encore mieux avec le clergé. En même temps que les belles-lettres, ses professeurs enseignaient la théologie ; et, renonçant aux vieilles traditions des écoles grecques^ ils imitaient franchement les maîtres qu'ils avaient entendus à Cracovie, à Paris et à Rome. Ils employaient la méthode d'argumentation et tous les procédés de la scolastique; et leurs leçons étaient comme un écho lointain de la Somme de saint Thomas d'Aquin. Bien différents des Zizanie, des Philalèthe, et des autres soi-disant théologiens ruthènes, ces nouveaux docteurs se maintenaient soigneusement dans les limites de la vérité; et, sauf sur les points doctrinaux qui ont servi de prétexte au schisme grec, leur enseignement était parfaitement orthodoxe.
En même temps quMl donnait des maîtres au clergé schismatique, Mohyla lui mit entre les mains un livre de sa composition, qui fut comme le manuel de l'enseignement nouveau. Il
1. C'est ce qu*aiBrme à cette époque Silvestre Rossow, alors professeur de ce collège, dans un écrit intitulé Exegesis, publié pour la défense de cet établissement et cité par Solowiew, Histoire de Riissie, t. X, p. 119.
tlS SAINT JOSAPHAT, — LIVRE vil
parut ea langue puthène, sous le titre de Profession de f^i orthodoxe de V Église orientale (1630). Uo évéqne russe, qui* esquissé Thistoire de la théologie en Ruthéaîeet eu MoscoTie, fait bien comprendre Timpoptance de cet ouvrage : « Jusqa à h V publication de ce livpe, dit-il, les enfants de TÉglise dOnen: ■ n'avaient pas de livpe symbolique h eux, dans lequel ils pn^ u sent trouvep, en matière de foi, avec quelque détail, ul^ n direction donnée au nom de TÉglise elle-iuèrae, un expose « syslématique et une apologie du dogme ; ils étaient rêduiL* '« à se contenter des définitions très brèves formulées par Ie^ M conciles et des règles des Saints Pères nommés dans le colljj" « In Trullo ". Ils devaient ensuite recourir aux autres écrite £ des Pères, qui ne pouvaient avoir la même autorité- La Pry a fession de foi de Pierre Mohyla, examinée et ratifiée par deai u conciles, celui de Kiew en 1640, et celui de Jassy eu i€43, ^ puis examinée et approuvée par les quatre patrîarcbei 1 d'Orient etles patriarches russes Joachim et Adrien, devîût t le premier livre symbolique de TEglise d'Orient. Pour la <i première fois, tous ses dogmes furent exposés, en son ûonu d avec toute la précision possible et en tenant compte dod plus 4 seulement des anciennes hérésies, mais encore des erreun « nouvelles qui avaient surgi dans TOccident V »
Ces deux œuvres, réalisées par Bfohyta^ eurent un^ portéf immense pour l'avenir de laRuthénie. Une église schismatiquf vit sur le fond de vérité qu elle a emporté en se séparant dt TEglise romaine, et quand il est épuisé, il n'y a plus pour eU* que la mort. L'heure de cette dissolution inévitable sonnait ea Euthéaie pour TEglise schismatique grecque, lorsque Mobyla lui transfusa dans les veines du sang, qu'il allait emprmwerâ Tunique dépositaire de la vérité révélée. 11 en prit assez poui arrêter la désorganisation de ce corps expirant et prolonger sos existence, sans lui rendre cependant une vie véritable.
1. Les canons du concile quinisexte ou InTruIIo^ que rÉglise româîoe ïCb. jamus voulu approuver, sont la base de la discipline dam rÉgli«c grecque. L'auteur fait allusion au canon deuxième de cette collection^
2. Macaire Boulgakof, évêque de Winnica, citù par le Pèr^ Gagarm, d^nnslea Études de théologie^ de philosophie et d'hisivin^ publiées pat (*pf Pùre5 de la Compagnie de Jésus, t. 1, p. 19. — Lequienj Oriens ChrUtian i, t. 1, p. 1279, nous apprend que le livre de Mohyla fut traduit en grec et publié dans cette langue à Bucharest (1659) et â Amater^an).