CHAPITRE I. — PRÉPARATIFS d'uNE LUTTE NOUVELLE
Il ne larda pas lui-même à rentrer dans son pays, et TOrient attend toujours les missionnaires que TOccident ne peut lui envoyer. Cependant les travaux du jeune apôtre eurent un résultat durable. Un évêché du rite grec uni fut fondé dans les contrées qu'il avait évangélisées ; et TEglise romaine y compte encore de fidèles enfants S
Malgré le calme apparent qui régnait en Ruthénie, l'Eglise uniate touchait à une crise redoutable. Le roi Sigismond III, son unique protecteur, arrivait au terme de son règne et de sa vie. Il avait perdu,le 10 juillet 1631, la reine Constance d'Autriche, sa seconde femme. Ce malheur inattendu plongea toute la Pologne dans le deuil. Malade et désolé, le vieux roi se tint longtemps enfermé dans son palais, refusant toute consolation et semblant désirer la mort. Les témoignages d'affection que ses sujets lui prodiguèrent, les exhortations du Souverain Pontife et le sentiment du devoir lui rendirent des forces ; el, au commencement de 1632, il convoqua à Varsovie une Diète extraordinaire, qu'il voulut présider en personne.
Le vieux roi suivit toutes les affaires avec un zèle admirable et passa des jours entiers, et souvent même une partie des nuits, k juger les causes portées devant son tribunal. Cette application hâta sa fin ; mais elle fît éclater encore une fois les grandes vertus du pieux monarque. Il fut roi, et roi chrétien, jusqu'au dernier soupir. La Diète était à peine close que les fêtes de Pâques arrivèrent. Sigismond voulut donner encore une fois l'exemple de la piété à son peuple. Il assista, à la tête de sa cour, à toutes les cérémonies de la semaine sainte ; et le vendredi, ne pouvant visiter àpied les églises, selon la coutume du pays, il s'y fit porter par ses serviteurs. Ce dernier effort l'épuisa complètement. Le 10 avril, il expirait à l'âge de soixante-dix ans, dans la quarante-cinquième année d'un règne semé de nombreuses vicissitudes, mais qui ne manqua ni de gloire ni de grandeur.
Prince vraiment digne du trône par sa piété, son dévouement à l'Église, son profond sentiment des devoirs de la oyauté, Sigismond III ne parvint pas â se faire aimer de son peuple. Homme de conseil plutôt que d'action, lent à prendre un parti, mais inébranlable quand sa volonté était fixée, très
!• Susza, De lahoribus unitorum, ap. Harasiewicz, Ann, Ecc, Ruth. p. 323.
réservé dans ses paroles jusqu'à paraître taciturne ; ses qualités mêmes semblaient faites pour choquer le caractère polonais, bouillant, mobile, plein d'élan et d'enthousiasme* Dieu ne lui avait pas accordé l'éloquence et le talent militaire, les deui joyaux qui ornaient le mieux la couronne d'un roi de Pologne ; et ses sujets ne surent jamais comprendre tout ce qu'il y avait de grand dans ce cœur royal, toujoursprét à sacrifier son repos, son diadème et sa vie plutôt que de céder sur les inléréis de Dieu.
u Pourquoi, disait-on, s'obstiner à tout refuser aux protes- « tants ? Pourquoi surtout cette folle entreprise de TUnion î ti N'avions-nous pas assez de soucis dans nos diètes, sans exci- H ter ces plaintes continuelles, ces interminables procès, ces u fréquentes séditions ? > Les grands politiques d^alors ne voyaient pas que ces embarras d'un moment épargnaient des désastres à la patrie, et qu'en sacrifiant son repos à son devoir de roi,SigismondIIl se dévouait pour le salut de laPologue.La Pologne ne vivait que par l'esprit [catholique. Le dévouemeni à rEglise était Tunique sentiment qui pût créer dans son sein un véritable patriotisme et dominer l'égoïsme, les rivalités d€ famille et de province, l'orgueil, Tesprit d indisciplÎDe, toute^ les passions en un mot qui paralysaient les grandes vertos de la noblesse polonaise. En secondant le retour des hérétique au sein de Tunité catholique, en préparant celui des Rulhèn€&. SigismondlII cimenta l'unité du peuple polonais etTarma pour résister aux terribles épreuves qui Tattendaient dans un pro* chain avenir.
Cependant la postérité a été envers ce prince plus sévèrt encore que les contemporains . Ses fautes politiques, incouteslablcs, mais exagérées à Tenvi, ont fait oublier ses immenses services et les difficultés contre lesquelles il eut à lutter» On a travesti ce noble caractère et on a fait un sombre persécuteor d'un roi qui ne porta jamais la peine la plus légère pour le seul crime de schisme ou d'hérésie. L'esprit sceptique et aolichrêtien, qui inspire la plupart des historiens modernes, ne peul pardonner à un prince de prendre les maximes de TËvangt t et son devoir d'enfant de l'Église pour règle première de i t politique. C'est le grand crime de Sigismond IH. Le respecte . la reconnaissance de l'Église protesteront toujours contre Tai rét qui pèse sur sa mémoire ; et quand les Polonais étudieror