CHAPITRE I. — PRÉPARATIFS D'qNR LUTTE NOUVELLE
sans parti pris leurs annales, ils verront que si Tère néfaste de leur décadence commence après le règne de Sigismond III, il y aurait injustice à rejeter sur ce monarque Torigine de ces. malheurs K II ne sut pas toujours prévoir et conjurer le péril de Tavenir ; mais la t&che n*était-elle pas au-dessus des forces humaines ?
Que pouvait le plus fier génie pour vaincre cet esprit d'orgueil, de discorde et de folie qui poussait déjà la noblesse polonaise à détruire sa patrie de ses propres mains ? Sigismond III commit des fautes, sans doute : il laissa la noblesse fonder sa puissance sur des bases durables, tandis que Fautorité royale s'en allait en lambeaux ; par d'impuissantes revendications de sa couronne héréditaire, il irrita la Suède et attira de ce côté, sur la Pologne^ des guerres formidables ; il n'eut pas assez d^énergie pour défendre les classes inférieures contre la tyrannie de la noblesse. Convenons de ces faiblesses, mais n'oublions pas qu'après des désastres qui eussent anéanti vingt nations, la Pologne vit encore parce qu'elle a gardé la foi de ses pères ; et c'est k Sigismond III qu'elle doit en grande partie de l'avoir conservée.
Même au vulgaire point de vue de la gloire humaine, le règne de Sigismond III ne manque pas d'éclat. S'il ne fut pas guerrier lui-même, ce prince eut à son service de grands capitaines. D'éclatantes victoires furent remportées sur les Turcs, sur les Suédois, sur les Tartares ; la Moscovie fut presque anéantie par les armes polonaises ; et ce roi, ami de la paix, conquit par ses lieutenants plus de provinces que Bathory par ses propres exploits.
i. Un écrivain qui se distingue par une rare sûreté de coup d*œil et un véritable esprit catholique, M. le conte Maurice Dzieduszycki, a déjà donné l'exemple de la justice envers Sigismond lU. On ne peut que louer les pages qu'il a consacrées à ce prince dans son livre : Pierre Skarga et son siècle. Gracovie, 1850, t II, p. 16, 24. Récemment, un autre écrivain polonais arendu justice à la politique et au régne de Sigismond III : c'est M. Théodore Morawskii qui a consacré plus de vingt ans de travail à son Histoire de Pologne, publiée Tan passé en six volumes. A beaucoup d*égards, c'est un excellent ouvrage ; mais Tauteur y touche trop rarement les questions religieuses, sans se montrer cependant hostile à la religion. Ce livre vient d'être couronné par la Société historique polonaise de Paris, qui accorde tous les deux ans un prix aux meilleurs travaux historiques publiés ca polonais.
La postérité n'a pas le droit d'effacer rinscription que Ladi&las IV gravait au pied du monument de son père, sur la place de Varsovie. Debout sur une colonne triomphale, le vieux roi lleal le glaive d'une main ; de Tautre, il élève la croix dans les airs, pour rappeler à son peuple qu'il doit à Jésus-Christ et à PËglise jasqu'i sa dernière goutte de sang. « Illustre sur la terre par a ses victoires, dit Pinscription, comme au ciel par sa piété, <t Sigismond IIl a recueilli justement une double moisson de « gloire. Il tient le glaive comme la croix d'une main ansâ « forte que pieuse. Il a combattu avec le glaive. Il a vaincu par « la croix. A son ombre il a vécu sans crainte, heureux, invin- <( cible. 11 a mérité au ciel le bonheur qu'il a eu la gloire d'as- « surer à la terre *. •
Un changement de règne est toujours une heure critique, môme pour les monarchies les mieux assises. Quand le gouvernement d'un roi se prolonge, comme celui de Sigismond III, durant un demi-siècle, les mécontents et les ambitieux, que sa politique tient à l'écart, se consolent en calculant de loin les chances que leur promet l'avènement d'un nouveau prince. Le souverain n'est pas mort, que déjà ils entrent en campagne pour chercher la revanche de leurs humiliations et conquérir le pouvoir. En Pologne, la loi ouvrait elle-même le champ à toutes ces intrigues. Jusqu'à l'élection du nouveau roi, Texercice de l'autorité monarchique restait suspendu ; les tribunaux eux mêmes se taisaient; et une loi, un règlement, une sentence quelconque, pour être valables, devaient émaner directement de la noblesse et être le résultat de son consentement libre et unanime.
D après des usages antiques, réglés d'une manière définitive àla mort de Sigismond-Auguste, l'archevêque de Gnesen, Jean Wen/yk, accourut à Varsovie pour déclarer la vacance du trône et préparer l'élection prochaine en sa qualité de primai, chef suprême de la république durant l'interrègne. Avant de convo-
l . Le même monmuent porte cette autre inscription : Sigismundus UI, liberis suffragiis Poloniœ ; hsereditate, successione, jure, Sueciae rex. Pacis sluijiii gloriaque inter reges primus, bello et victoriis nemini secundos. iMoscurum duclbus, metropoli, provinciis captis, exercitibus proûigatis, SiiKïlensco recuperato, Turcica potentia ad Chocimum réfracta, xliv annis regaû impensis, xliv ipse in regia série, omnium sequavit aut junxit gïariam.