CHAPITRE I. — PRÉPARATIFS D'uNE LUTTE NOUVELLE 25i
Non seulement Radziwill ne put jamais entrer au sénat, où rappelaient sa naissance» ses talents et sa fortune ; mats il ne put obtenir le bâton d'hetman de Lithuanie, que la voix publique lui décernait. Sigismond aima mieux le donner à Léon Sapieha, yieux et dépourvu d'expérience militaire, que de le remettre en des mains dont il ne se croyait pas sûr. Radziwill se vengea en faisant de l'opposition dans toutes les diètes, où il arrivait toujours en qualité de nonce. Il devint Favocat des mécontents, adressa en toute rencontre au roi les plus violentesdiatribes et devint ainsi très populaire. A la mort de Sigismond, la noblesse crut reconnaître ses prétendus services en relisant maréchal de la Diète, dignité qui lui assurait une grande influence dans les affaires. Il était ambitieux et violent ; toutefois on pouvait espérer qu*en lui promettant le b&ton d'hetman, le prince Ladislas en ferait son instrument, comme la suite le montra *.
Dans le sénat, les protestants ne comptaient que deux membres de leur religion ; mais les sénateurs ne vinrent à la Diète qu'en petit nombre, et la plupart d'entre eux se montraient toujours tièdes, quand il s'agissait de défendre la religion. Le plus ferme appui de la bonne cause était le nonce apostolique Honoré Yisconti, archevêque de Larissa, plein de zèle, de droiture et de dextérité, qui avait déjà l'expérience du maniement des affaires en Pologne et possédait un véritable crédit parmi la noblesse et le clergé. Il s'employa de toutes ses forces à réveiller les catholiques de leur funeste apathie étales unir tous pour la défense des privilèges de l'ordre sacerdotal, de la foi et de la sainte Union.
De son c6té, l'archevêque de Gnesen fut à la hauteur de ses devoirs. Parti des derniers rangs de la noblesse, où le gentilhomme polonais n'était plus qu'un pauvre laboureur, ce prélat s'était élevé peu à peu à la première dignité du royaume, par son propre mérite autant que par la faveur de Sigismond IIL Il se piquait de belles-lettres, ne manquait pas de science
1 . Nous faisons ce portrût d*aprés une remarquable relation d*Honoré Yisconti, nonce apostolique en Pologne, écrite en 1636 et communiquée par M. le prince Gzartoryski {Collection Naruszemcz), ainsi 'que d*aprè» Touvrage Vie militaire et politigtie de Christophe Radziwill, publié à Paris en 1860 par les conservateurs de la Bibliothèque polonaise.
6t possédait surtout Tart de manier les assemblées. Sa répaUtion d'habileté était déjà bien établie ; il l'augmenta encore durant cet interrègne *.
Malgré le dévouement du nonce et la dextérité du primat, les intérôtsde TEglise catholique étaient sérieusement menacés. La Diète ne pouvait porter aucune loi ni régler définitivement aucune autre affaire que le^ préparatifs de Télection royale ; mais les instructions données aux nonces dans un grand nombre de palatînats lui enjoignaient d^écouter les plaintes des hérétiques et de leurs alliés, et de jeter les bases d'an accommodement, qui serait sanctionné parla Diète d'élection.
L*assemblée devait dresser TÀcte de la confédération générale, qui était comme le code du droit public durant Tinterrègne. Les gentilshommes s'y donnaient mutuellement la garantie de leurs libertés, etfixaient d'avance certainesconditions qu ils voulaient imposer au futur roi.
Durant l'interrègne qui suivit la mort de Sîgismond-Àagoste, les protestants y avaient inséré, malgré les réclamations des catholiques, une clause qui bouleversait toute l'ancienne législation de la république et assurait le droit de cité à Thérésie dans le royaume. Quatre palatinats refusèrent d'admettre cet article ; et à chaque vacance du trône, il donnait lieu à des protestations de plus en plus énergiques. Grâce à ces réclamations, le droit catholique continuait d'être la loi du royaume. €ette loi ne pouvait être abolie que du consentement unanime de la noblesse, mais elle restait sans vigueur ; et à chaqae interrègne, quand on rédigeait TÀcte de la confédération, on les Pactaconvcnta^ les protestants travaillaient de toutes leurs forces à élargir l'article qui leur concédait de si funestes avantages. En 1632, Teffort principal de leur attaque porta encore sur ce point.
Nous ne pouvons suivre toutes les affaires qui occupèrent cette Diète ; mais la cause de l'Union étant intimement liée à celle du clergé latin, il est impossible de passer sous silence les principales manœuvres des prolestants et des politiques, leurs alliés. Ces derniers voulaient interdire au clergé Tacquisition de nouvelles propriétés terrestres, se mettre à l'abri de toute poursuite à l'occasion des dîmes, et surtout empêcher les