CHAPITRE I. — PRÉPARATIFS d'uNB LUTTE NOUVELLE ÎS
i L'argument capital des schismatiques élait que les Ruthènes,
I soumis au patriarche de Constantinople , avaient seuls des
^ droits certains en Pologne ; et que les Uniates violaient toutes
les lois de la justice en gardant la métropole, les évêchés et les
églises. Le métropolite uniate répondit à ces affirmations en
établissant brièvement la légitimité de sa possession ; et le
I prince royal, sans rien conclure, invita les parties k présenter
le lendemain les pièces à Fappui de leurs affirmations récîpro-
' qaes.
I Les schismatiques produisirent un grand nombre d'actes I publics, qui reconnaissaient la sujétion de la métropole ruthùne I âTËglise de Constantinople; mais aucun de ces actes n'était ; antérieur à Tannée 1500 et au règne de Sigismond I. Les Oûiates ne niaient pas que la métropole ruthène n'eût été I durant quelque temps soustraite à l'obéissance du Saint-Siège f apostolique et soumise uniquement au Patriarche de Constan- \ tiûople ; mais ils affirmaient et démontraient, par des preuves : irrécusables, que « la Ruthénie avait été baptisée dans rUnion ' « par l'action du Pontife Romain ». Ils prouvèrent encore, par l les statuts mêmes du royaume, qu'au xv*' siècle les schismatiques I étaient formellement exclus des dignités publiques. Ils mon*
itrèrent enfin le célèbre privilège accordé par Ladislas IH à Isidore de Kiew et confirmé par ses trois successeurs immé- I diats, qui prouvait qu'au moment de l'Union deFlorence,toiites 'les églises de Ruthénie avaient été remises sous l'autorité du Pontife Romain.
Sur ces entrefaites, une députation arriva du Zaporoze pour : peser sur la décision de la Diète. Les bandits de l'Ukraine sa plaignirent d'être persécutés pour leur religion, et demandèrent que les Uniates laissassent enfin les schismatiques eu paix. Si on ne faisait pas droit à leurs réclamations, les Zaporogues menaçaient d'exiger justice les armes à la main. Heureasement pour les Uniates la députation cosaque fut assez malavisée pour réclamer le droit de suffrage dans l'élection royale. Une horde de paysans à moitié sauvages voulait partagerla plus glorieuse prérogative de TOrdre équestre! Il n'y eut qu'un cri pour repousser cette outrageante prétention . La Diète répondit avec dédain que les Cosaques zaporogues, étant de race plébéienne, ne pouvaient avoir aucune part aux conseils de la république. Quant à leurs réclamations sur les immunités
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SAINT JOSAPBAT. — LIVRE VH
de la religion grecque et sur larécompence due à leurs propres services, les Ordres s'en occuperaient, si les Cosaques étaieot obéissants et fidèles.
On dit même que lesZaporogues, autorisant leurs prétentioDS de leur qualité de membres de la république, on leur répondit : a Oui, vous êtes membres delà république, mais comme ft les cheveux et les ongles. Quand ils grandissent trop, ob « les coupe. Quand les Cosaques sont peu nombreux, ils peu- « vent servir la république ; mais quand ils s'accroissent outre c< mesure, il y a lieu de craindre que les paysans ruthèncs ne se «r révoltent contre leurs seigneurs. » La politique eût conseiflé une réponse moins arrogante ; mais Torgueil blessé ne calcule p^g, et la députation cosaque avait piqué ces fiers gentilshom* mes au plus sensible du cœur ^
En réalité, rassemblée était émue par cette manifestatioi. Ladtsias et ses conseillers déclarèrent à Rutski qu'il fallait absolument faire des concessions. Il était impossible de r^voyer cette affaire au futur roi ; car les schismatiques, avaa! de consentir à Télection, prendraient les armes pour détraire eux-mêmes rUnion. D'un autre côté, il n'était pas prudent de la soumettre k la Diète ; car si la décision était favorable aux Unlates, on avait encore à craindre une guerre civile; et à,, comme tout le faisait pressentir, la sentence leur était déss-^ vantageuse, il en résulterait des malheurs irréparables. Il fallait donc céder aux circonstances, et accorder tout ce qui pouva^ Fêtre sans préjudice pour TÉglise catholique.
Rutski et ses suffragants étaient abandonnés de tout k monde ; et partout où ils paraissaient on les accusait de sacrî- Ûer le bien public à leur intérêt particulier. D'un autre côté, 3» devaient ménagerie prince Ladislas, qui allait être certainemefll élu roi , et une fois en possession de la couronne, il disposerai^ en vertu du droit de patronage, de la métropole et de tous Uê évêchés ruthènes. Il lui eût suffi de les conférer à des schismttiques, pour anéantir FUnion. Il fallait donc conserver sesi bonnes grâces; et il était évident, du reste, que si les Uniates ne faisaient pas quelques concessions, Ladislas et ses c bseillers étaient prêts à accorder toutes les demandes des sd ismatiques, plutôt que de voir rompre la Diète.
i . Piasecki et Visconti, 1. cit. — Solowiew, Histoire de Russie,