‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 146 sur 316 · Theiner, Monum. Polon, t. III, p · texte numérisé non relu

Theiner, Monum. Polon, t. III, p

2. Dans la Grande Pologne, où les protestants étaient cependant nombreux, la noblesse, en élisant ses nonces pour la Diète de convocation, déclara que quiconque oserait mettre en avant le nom de Gustave-Adolphe comme candidat à la couronne serait considéré immédiatement comme traître à la patrie. V. Piasecii, Chronic,

acta convenla.

nonces et dans le sénat ; et la rédaction des Pacta

que la noblesse impose à son futur chef, offrira les mêmes

occasians de dispute que TActe de la confédération ^.

Le "11 septembre 1632, Tarchevéque de Gnesen ouvrit la Diète en célébrant pontificalement la messe du Saint-Esprit dans la collégiale de Saint- Jean de Varsovie ; puis il sortit de la ville, salué par les acclamations d'un peuple innombrable, et suivi des évéques, du sénat, de la noblesse rangée sous les bannières des palatinats. A voir ces cavaliers couverts de fourrures et obar^és d'armes pesantes, ces étendards qui flottaient au vent, cet enthousiasme de la multitude, on eût dit une nation qui marchait tout entière à la défense de ses autels, sous la conduite de ses évéques. Cette pompe, à la fois religieuse et guerrière, clait le plus magnifique prélude de Télection dun roi, qui, en ceignant la couronne, devenait le défenseur-né de la chrélienio*

Celte armée de prélats et de gentilshommes s'arrêta près da village de Wola, dans une vaste plaine, qui servait toujours de champ d'élection. C'était là que, depuis Sigismond-Auguste, le sort de la Pologne était mis enjeu à chaque interrègne. C^était là que celle vaillante nation devait être vouée au démembrement et k la ruine. Un pavillon, soutenu par des colonnes légères et ouvert à tous les vents , servait , au milieu d-? celte plaine, de salle de réunion pour le sénat. Autour de ce modeste édifice s'étendait une large enceinte, bordée par des fossés, dans laquelle tous les gentilshommes pouvaient pénétrer. A certains moments cependant, elle était spécialement affectée aux délibérations des nonces. Les flots pressés de la noblesse s amoncelaient alors en deçà du fossé, qui la séparait de ses représentants et de ses chefs.

Toute la Pologne était réunie dans cette plaine de Wola, et uo coup d'œil sur les tentes somptueuses des grands seigneurs, sur le belliqueux et modeste équipage des petits gentilshommes, sur les riches comptoirs des marchands juifs

1. Pour composer le récit qui va suivre, nous avons eu entre les mains le journal de cette Diète, dressé par un témoin oculaire et conservé dans la bibliothèque de M. le prince Gzartoryski. La Chronique de Piasecki. VHistûîre de l'Eglise de Pologne, par Ostrowski, t. III, et les dépèches de Viacoati (Theiner, Monum. Polon, t. III, p. 397), nous ont fourni en out e d'utile» reuseignemeots.

disséminés dans la plaine, sur les tristes haillons des paysans et des pauvres qui rôdaient autour du camp, donnait un tableau exact de l'état social de ce pays étrange, où les raffinements du luxe et de la civilisation la plus avancée se rencontraient partout à côté delà plus affreuse misère et d'une grossièreté voisine delà barbarie. Dans cette mêlée confuse, mille intérêts, mille passions s'entre-choquaient, car tous les éléments de discorde y étaient concentrés, et on pouvait craindre à chaque instant que cette plaine ne fût changée en un champ de bataille.

Chaque jour, Tarchevêque de Gnesen, Interroi, venait s'asseoir sous le pavillon sénatorial, du côté de l'Occident; les évêques, les palatins, les castellans et les grands officiers prenaient place autour de lui; et la discussion des affaires commençait, tantôt sous forme de délibération privée, tantôt avec Tinterventien de l'Ordre équestre, sans lequel le sénatne pouvait rien décider. Dès le début de rassemblée, on vit que les protestants et leurs alliés étaient convenus de consumer le temps en discussions inutiles, afîn de lasser la petite noblesse, toujours pressée de regagner ses provinces, et de rester maîtres du terrain, quand elle commencerait à se débander.

En vertu de la charge qu'il avait remplie dans la Diète de convocation, le duc Christophe Radziwill était de droit président de rOrdre équestre jusqu'à l'élection d'un nouveau maréchal. Il la différaaussi longtemps que possible, afin d'empêcher toute délibération sérieuse. A la fin, il fut contraint à faire son devoir, et le choix de la noblesse ne répondit pas à ses vœux.

Les suffrages se portèrent sur un fervent catholique, Jacques Sobieski, dont le nom serait plus célèbre, si sa gloire n'avait pas été effacée parcelle de son fils. Brave capitaine et habile négociateur, il possédait cette éloquence tribunitienne tant prisée des Polonais ; et un poète contemporain disait de lui avec emphase : « Ta race, ô Sobieski, fut féconde en enfants « de Mars, en héros dévoués à la patrie. Mais tu seras à mes « yeux plus grand qu'eux tous, puisque dans ton sein tu ras- « semblés l'âme d'Hercule et celle de Cicéron *. »

L'élection royale ne fut qu'un incident de cette Diète orageuse. Durant plusieurs semaines, il ne fut question que des

1. Le P. Kirkaw, jésuite, ap. Salvandy, Histoire de Jean Sobieski^ t. U p. 160.

plaintes Je la noblesse contre le clergé, et des prétentions des proleàlants. Le clergé montra un grand esprit de conciliation; et après de longs pourparlers et de nombreuses séances d'une commission spéciale, on tomba d'accord sur les bases d'un accommodement, qui devait être présenté k rapprobation du Saint-Siège, Les hérétiques au contraire trouvèrent tous les moyens bons pour arrivera leurs fins, et il ne tint pas à eni que la plaine de Wola ne vît couler le sang. ïls affectèrent en toute chose une insupportable arrogance^ et pour mieux braver les calholiques,ils se réunissaient chaque dimanche autour du quartier de Radziwill, et remplissaient le camp des échos de leur psalmodie discordante *.

Une imprudence commise par Tévêque latin de Luck, Acacr Grochowski, fournit aux hérétiques le prétexte de leur première attaque. Ce prélat, absent delà Diète de convocation^ a\3.it publié une protestation solennelle contre l'Acte de la confédération. Les plus zélés catholiques blâmèrent cette démons traliii^ aussi inutile qu'inopportune. Les protestants saisirent en ef.' cette occasion pour réclamer l'interdiction absolue de toute protestation contre TActe de confédération, même au sein de h Diète, L autorité, disaient-ils, appartient h la Diète, duraii! rinterrègne ; protester contre un acte aussi solennel que Védn de paix, c'est ruiner la puissance souveraine et ébranler tout VÉtat, On n'avait jamais vu les protestants si soucieux du maintien de lautorité dans la république.

Sur rinvitation du prince Radziwill, les scljismalîques prirent part à cette contestation ; et un de leurs cliets, le palatio Adam Kisiel, fit entrevoir aux catholiques la possibilité d'une rupture de la Diète. « Prenez garde, leur disait- il : si nous quit- H tons l'assemblée, qui y restera? Nous sommes frères, ûuu& « vivons dans le môme pays; nous avons une patrie commune : « vous ne devez pas nous repousser, mais au contraire tâcher « de vous entendre avec nous. » Les catholiques ne se lai;*sèrent pas prendre au piège ; et les dissidents durent lâcher pied sur ce terrain, mais pour reprendre la lutte sur d'aulres moins bien défendus. Après trois semaines de discussions iou

1.3 octobr. Dies dominicus incidit devotioni solHrr' vacutum, imû etisi inâolîta^i quLi ia curia Radziwill dlversœ religionis liomiûum ccetus tol sonabat informi. Diarium Comitiorum electionis Ladislai 1 K.

tiles, on élut enfin une commission de nonces et de sénateurs, chargée de proposer un accord.

Ces délégués travaillèrent durant plus de dix jours avant de s'arrêter à un projet de conciliation ; et quand il fut présenté à la noblesse, il provoqua les réclamations des prolestants comme des catholiques. Ce fut alors un tumulte inexprimable. Irrités par l'outrecuidance de leurs adversaires, les catholiques furent sur le point de tirer Tépée. Ils pouvaient mettre 15,000 hommes en ligne de bataillle sur la plaine même de Wola, tandis que Radziwill en avait à peine 4 ou 5,000. Cependant le duc tint ferme ; et, sachant que les évêques et les plus sages d'entre les catholiques étaient déterminés à arrêter l'effusion du sang et à empêcher la rupture de la Diète, il attendit que la lassitude les obligeât à quelques concessions.

Grâce au système insensé sur lequel reposaient les institutions polonaises, une minorité bien disciplinée et résolue à tout oser arrivait infailliblement, avec du savoir-faire et de la patience, à imposer sa loi à toute la nation. À moins de les passer par les armes, la majorité n'avait aucun moyen de vaincre l'obstination des factieux. Le moment est proche, où un seul homme pourra d'un seul mot arrêter les décisions de la Diète et suspendre tout le mécanisme du gouvernement.

Après six semaines de contestations, une soudaine invasion des Moscovites en Lithuanie hâta Téleclion du roi et la rédaction des Pacta conventa. Les catholiques durent subir Tinsertion d'une clause nouvelle, qui garantissait aux protestants les avantages conquis par eux à la Diète de convocation. De leur côté, les dissidents laissèrent passer la formule : « Sauf c les droits de l'Ëglise romaine >. Ils avaient pris assez de précautions pour la rendre illusoire ; et, en définitive, ils étaient vainqueurs ^

Pendant le cours de cette lutte, le sort de l'Ëglise unîate fut définitivement réglé. Les schismatiques avaient rassemblé

1. Voici le texte de cet article : « Débet esse pax inter dissidentes de religione christiana, quam nos pollicemur servaturos temporibus perpetuis non obstantibus qiiibuscumqiie protestationibus contra banc confœderationem faclis. salvis junbus Ecclesiœ CatboUcae Romanse, intégra tamen in toto dissidentium de Religione Christiana pace et securitate taliter qualiter in convocatione proxime prseterita Varsaviensi in Confœderatione generali descriptam et cautum,

toutes leurs forces pour un effort décisif. L'archimandrite des Cryptes, Mohyla, élu nonce par la noblesse ukrainienne, arri?a à. la Diète avec tout un cortège d*auxiliaires et de grosses sommes d'argent. Une nuée de popes vint s*abattre & sa suite sur Varsovie et la plaine de Wola. Ils allaient de quartier en qua^ tier, réchauffant le zèle des gentilshommes de leur religion, sollicitant Tappui des hérétiques, calomniantles Uniates etsedoBnantpour les innocentes victimes de la plus injuste persécutioB.

La Confrérie de Yilna sortit elle-même du sommeil dajos lequel elle s'endormait depuis nombre d'années, et parut sur k champ de bataille, armée comme pour ses grandes luttes d*aih trelois. Elle eut encore, pour ce dernier combat, de Targenl, des pamphlets, des orateurs ^ Son préfet, Laurent Drewinsld, qui dès 1620 se signalait au sein de la Diète par une haine implacable contre les Uniates, prit^ dans cette occasion, k tête de l'attaque, et fut le meilleur auxiliaire de Mohyla.

De son côté, le métropolite Rutski était accouru à VarsoTie avec tous ses suffragants ; mais il cherchait vainement des défenseurs. Il ne trouvait au sein de la Diète que préventions et indifférence. Seul, le nonce apostolique travaillait en faveur de toutes ses forces ; mais Tattitude de la noblesse loi causa, dès Touverturede rassemblée, les craintes les plus viv^ « Plus on manie l'affaire des Uniates, écrivait-il le 2 octobre, < plus on la trouve dure. Elle rencontrera des difficultés infinies « dans cette Diète, parce que nos adversaires sont puissants « pleins d'ardeur, et que les nôtres sont au contraire peu affeo- « tionnésà la sainte Union '. > Quelques jours après, il avouait lui-même que toutes ses démarches n'obtenaient presque àucim résultat, et que ses meilleures espérances reposaient sur ^inte^ vention du prince Ladislas.

1 . Les scbismatiques avaient publié, au moment de la Diète de coarocation, un écrit intitulé Synopsis , ou Court Exposé des droits et des privilèges accordés par les rois de Pologne à la nation rutbène restant dans Tobédience du Patriarche de Constantinople. La Confrérie de Vilna fît paraître, au moment de Télection, un écrit plus important, qui complétait le premier, sous le titre de Supplément de la Synopsis. Les Uniates répliquèrent par un livre intitulé La Sainte Unité de V Eglise orientale arec Voccidentale, propagée depuis le commencement de la sainte foi cathoUqme^ qui parut sous le nom de la confrérie uniate de la Sainte-Trinité de Misa.

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