Theiner, loc. cit., p
CHAP. II. — LES SCHISMATIQUES VICTORIEUX SOUS LADISLAS lY 263
La situation du fils de Sigismond III fut, durant cette Diète, d'une bizarrerie singulière. A juger par les apparences, il était traité comme un étranger, presque comme un ennemi, par cette noblesse qui l'honorait la veille comme le fils de son roi et était déjà résolue à lui décerner la couronne. Une ombrageuse susceptibilité multipliait les précautions autour de lui. Non seulement les destinées de son futur royaume se réglaient sans sa participation, mais il ne pouvait pas même pénétrer dans Tenceinte où la noblesse était assemblée. Pour traiter avec la Diète, il dut lui envoyer une ambassade, avec autant de solennité que s'il se fût agi de négocier en pays lointain avec une puissance rivale. A l'approche de l'élection, le séjour de Varsovie lui fut interdit par la loi, et il se retira à quelques lieues de la capitale, afin de laisser une entière liberté aux suffrages. Cependant Ladislas fut le véritable arbitre de cette assemblée, dont il était banni. Satisfaite d'avoir sauvegardé dans les formes la souveraineté dont elle était si jalouse, la noblesse sollicita ellemême l'intervention du prince, et le contraignit à gouverner, avant même d'être salué roi. Ladislas fut le médiateur entre les protestants et les catholiques, entre le clergé et la noblesse, «ntre les schismatiques et les Uniates.
Ce prince semblait né pour faire un grand roi. Il était actif, énergique, éloquent. Il entendait le gouvernement, la guerre et les négociations. 11 excellait surtout dans l'art de gagner les cœurs par de douces paroles et d'adroites promesses. Une seule qualité lui manqua, celle qui fit la grandeur de son père. Ladislas n'eut pas cette énergique fidélité à la loi chrétienne, qui subordonne les intérêts de la vie présente à ceux de Téternité. La foi guidait la politique de son père ; l'ambition régla celle du ûis, et la foi, mise à l'écart, ne fut plus consultée.
Ladislas était très préoccupé de l'état précaire de sa maison : fils aîné du roi de Pologne, roi légitime de Suède par droit héréditaire, grand-duc de Moscovie en vertu d'une élection, dans la réalité, il n'était rien, ni en Pologne, ni en Suède, ni en Moscovie. Les suffrages de la noblesse polonaise allaient sans aucun doute le porter sur le trône des Jagellons ; mais une couronne acquise par l'électien pouvait facilement tomber de sa tête, et il n'était pas assuré de la léguer à sa famille. Ladislas rêvait donc un établissement solide pour les siens, soit en Suède, soit en Moscovie; et sa bouillante ardeur, trop long-