CHAPITRE II. — SAINT JOSAPHAT ET LÉON SAPIEHA 4i
« ces sièges du rite ruthèoe. Nous avons d'ailleurs les origic naux de plusieurs de ces fondations. L'un de ces fonda- « teùrs, Swidrygaylo, ayant saisi, à Yitebsk, Gérasime , un « prétendu métropolite schismatique, tel qu'est aujourd'hui c Borecki, le fit brûler, manifestant ainsi sa haine pour le c schisme.
<t Ne porteront-ils pas aussi plainte à Dieu, tous ceux qui^ « dans les temps anciens comme dans celui-ci, ayant vécu dans a la foi catholique, sont sortis de ce monde avec des senti- « ments de pénitence chrétienne, après avoir commandé que « leurs corps fussent enterrés dans des églises catholiques ou a umates ? Ne voulaient-ils pas témoigner par là même qu'ils c persévéraient jusqu'à la fin dans la foi de 1 Église ? Dieu c peut-il bénir une paix qui ne sera conclue qu'au prix de son c offense? »
Le simple intérêt politique parle du reste en faveur de l'Union. Si Ton accorde aux Cosaques ce qu'ils demandent, tous les évêchés ruthënes seront remis sous la dépendance du patriarche de Gonslantinople, et les portes du royaume seront ouvertes à tous les espions des Turcs. Il sera permis à un patriarche, à un métropolite, à un évêque grec, à un pacha déguisé sous une robe de moine et un titre d'exarque, de venir en Polo gneavec un millier de janissaires pour espionner et préparer des trahisons, sous prétexte de visiter le clergé. On ne pourra pas les empêcher, car les Cosaques s'irriteront. Les anciens rois de Pologne avaient prévu ces dangers, et une des traditions de leur politique, depuis l'occupation de Constanti- , nople par les Turcs, fut de maintenir les évéchés ruthènes indépendants des patriarches grecs. Les rois Casimir et Alexandre eurent soin de placer sur le siège de Kiew des métropolites soumis au siège de Home ; et lorsque Sigismond V^ et son fils Sigismond-Àuguste eurent la faiblesse d'y nommer des prélats schismatiques, ils continuèrent d'exercer une surveillance exacte sur le clergé rulhène et ne permirent jamais aux Grecs de s'en occuper.Le czar de Moscovie sait lui-même que tout rapport de ses clercs avec Constantinople est nuisible à son pouvoir ; et c'est pour cela qu'à force de menaces et de prières, il extorqua, il y a plus de trente ans, Térection d'un siège patriarcal à Moscou.
Des faits récents,dont Sapieha n'avait pu perdre la mémoire,
prouvaient combien cette immixtion des Grecs dans les affaires de TËglise ruthène était nuisible à la Pologne. Josaphat rappelle les intrigues de Nicéphore en Valachie et dans les Etats du roi,la redoutable coalition qu'il avait formée entre les protestants et les schismatiques^les brigandages de Naiewayko, qui furent la suite de ces odieuses manœuvres. On ne peut accuser TUnion de tous ces malheurs, puisqu'elle n^existait pas encore ; mais au contraire, quand elle fut proclamée en 1596, ces périls furent subitement conjurés.
Dieu bénit les commencements de cette œuvre sainte. Dès que les évéques arrivèrent de Rome, après l'avoir conclue, tout rentra dans la paix. Les Cosaques furent battus et dispersés contre toute espérance ; Nalewayko et Nicéphore, Tauteur de toutes ces séditions, furent faits prisonniers et portèrent la peine de leurs crimes. Peu d'années après, Dieu bénissant toujours les progrès de TUnion, Thospodar de Valachie, ennemi de la Pologne et allié des schismatiques, périt misérablement ; et quand d'autres adversaires voulurent écraser les Uniates pendant le tumulte du Rokosz, leurs desseins avortèrent honteusement.
« N'en doutons pas, ajoute Josaphat, le Dieu qui a la puis* « sance en sa main bénira son œuvre jusqu'au bout et ren- « versera tous les obstacles. Que les Cosaques, que le diable « lui-même s'y opposent, ils seront culbutés, ils seront vaincus « non seulement sans aucun dommage pour nous, mais avec « un accroissement de joies spirituelles. >
Avec une étonnante précision de langage, Josaphat annonce les malheurs qui seront la suite infaillible de toute complaisance envers les bandits de l'Ukraine.
« Si l'on préfère à l'Union, dit-il, les services des Cosaques « (services dont l'importance et Tefficacité sont de fraîche date « et doivent être attribués surtout à la religion, à la piété et à « la fortune de notre gracieux souverain le roi de Pologne), si a l'on obtempère à leur volonté contre celle de Dieu, il est à « craindre que ce Dieu de justice ne châtie notre chère patrie et « ne se serve pour cela des Cosaques eux-mêmes, comme il se « servit autrefois, pour punir son peuple, des Philistins envers <c lesquels on avait usé de trop d'indulgence.
fl N'est-ce pas Tinsubordination des Cosaques qui a amené • sur la république ce dernier orage et l'invasion des Turcs ?