Diarium electionis. — Theiner, 1. cit
sèrenl les schismatiques, et, comme ils ne s'accordaient pas sur la réponse, ils se retirèrent pour en délibérer.
ILs revinrent le 18 et se plaignirent amèrement des sénatenrs, qui les avaient empêchés de parler Tavant-veille en leur demaiK danl par quel tribunal ils voulaient être jugés. Ils ne se présentaient pas comme des plaideurs dont le droit est en litige, mais comme des opprimés, qui exposaient leurs griefs et récitmaieni Fexécution de la loi de 1607. Drewinski et Popiel, leun orateurs, s'étendirent longuement sur ce thème.
Un ^eutilhomme uniate, Nicolas Tryzna, maître d'hôtel da grand-duché de Lithuanie, fut seul à leur répondre *. Après une vive discussion, deux avis furent ouverts : le chambellan de Léopoi, Alexandre Trzebinski, Tun des meilleurs catholiqiK^ et des plus habiles orateurs de rassemblée, proposa aux Rulhènés de s'en rapporter, dans cette Diète, comme dans celle de convocation, à Tarbitrage du prince Ladislas, qui entendr&îi les deux parties. Le maréchal de la Diète, Sobieski, proposai de former des conférences entre les Uniates et les schismatiques, devant une commission nommée'par la Diète. Celte proposition parut sourire aux schismatiques. Ils renvoyèrent cependant leur réponse au lendemain.
Le 19, la commission fut nommée, àla requête des schismatiques. Le sénat désigna quatre de ses membres, parmi lesqnds était Raphaël Leszczynski, palatin de Belz, le seul dissideat qu'il comptait dans son sein. Ce gentilhomme était calviniste et chet du parti protestant en Pologne, comme Radzi^îll et Lithuanie, et sa grande capacité le rendait redoutahle asi catholiques. Les désunis voulaient obtenir la parité des voix entre les dissident et les catholiques au sein de la commissioo, et récuser deux des juges catholiques. Les sénateurs repoussèreût ces exigences comme une injure, en déclarant que personne n^avait le droit de suspecter leur impartialité; mais ils concédèrent le principe de la parité pour les commissaires de rOrdre équestre, et les schismatiques parurent satisfaits de cette concession.
Le lendemain , on fut surpris de les entendre déclarer toulà coup qu'ils s'en rapportaient au jugement du prince Ladislas, el
l. Ce Nicolas Tryzna était fils de Grégoire Tryzna, fondateur du monastère de Byten et ami de saint Josaphat.
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non plus à celui des commissaires. Son Altesse pourrait choisir, si elle le voulait, quelques membres du sénat et de l'Ordre équestre pour lui servir de conseil ; d'ailleurs sa décision n'aurait force de loi qu'après l'approbation de la Diète.
Cette proposition inattendue combla de joie les catholiques. A l'ouverture de la Diète, l'archevêque de Gnesen avait réuni les sénateurs et les gentilshommes les plus connus par leur dévouement à la religion, et avait essayé de prendre avec eux quelques mesures pour vaincre la coalition des dissidents. Le métropolite Rutski était venu à celte assemblée avec tous ses suffragants, et avait réclamé Pintervention des catholiques en faveur de l'Union. L'auditeur de la nonciature avait appuyé sa demande au nom du Pape ; et l'archevêque de Gnesen luimême, qui venait de recevoir à ce sujet un Bref d'Urbain VIII, avait parlé avec chaleur pour les Uniates. Après une longue délibération, on était convenu d'employer la même tactique que dans l'assemblée précédente et de renvoyer les protestants à une commission de sénateurs, et les Ruthènes au prince Ladislas.
La Diète, fort embarrassée de la tournure que prenait cette affaire de l'Union, accepta sans peine l'expédient proposé ; et Ladislas se trouva maître des destinées de l'Ëgliseuniate. Nous ne savons ce qui s'était passé entre lui et les schismatiques; mais il n'est pas douteux que ceux-ci ne fussent informés de ses intentions secrètes : autrement, ils n'auraient pas proposé d'eux-mêmes cet arbitrage. Le prince s'occupa immédiatement de cette affaire, et le choix qu'il fit de ses conseillers fut de mauvais augure pour les Uniates. Sur six commissaires, le palatin de Belz et le prince Radziwill étaient leurs ennemis déclarés ; un troisième, chambellan de Ladislas, était hérétique comme les deux précédents, et ne devait voir que par les yeux de son maître. L'évêque de Posen était, il est vrai, au nombre des élus du prince ; mais Ladislas eut l'adresse de le tenir complètement en dehors des négociations, et ce prélat protesta plus tard solennellement contre la transaction qui en fut le résultat, et déclara qu'il n'y avait eu aucune part *.
1. Les autres commissaires étaient le trésorier de cour de la couronne, Georges Ossolinski, et le juge de Podolie, Georges Dydynski. — Outre les documents déjà signalés, nous suivons ici une relation de Rutski envoyée
Cependant le prince royal invita les deux parties à exposer leurs griefs et leurs prétentions réciproques. Les schismaliques présentèrent immédiatement un écrit détaillé, qui formnliiiL toules leurs exigences. Quand vint le tour des Unîales, le m é Ira po ] ite Rutski déclara devant la commisson qu'il ne poovalL nt aevoulaitaccepter aucune juridiction ni aucune immiitioa du pouvoir séculier dans des affaires ecclésiastiques; qu « pareille matière, lui et son clergé ne relevaient que du Sainl- Siège apostolique. Il consentait cependant à exposer les droil« deTÉglise uniate, non comme partie plaidante devant un tribunal compétent, mais uniquement pour donner des éclairclssemenls aux commissaires.
Ayant ainsi sauvegardé le principe de Timmunité ecclésiasliquef Rutski mit sous les yeux de la commission tous là documents nécessaires pour Tinstruire à fond de raffaire eft litige; mais le prince avait déjà son dessein arrêté. Dè^lei prem^èies conférences, il posa comme base de raccommodement le principe de parité complète entre les Uniates et les' schismaliques. Voyant avec quelle facilité ils obtenaient c» immenses avantages, les ennemis de FUnion élevèrent ai&sitôt leurs prétentions, et un second projet fut dressé, plos favorable encore pour leur cause, sur plusieurs points de détail.
Le métropolite Rutski refusa absolument de signer ces articles, déclarant qu'il ne pouvait le faire sans une autorisation spéciale du Saint-Siège ; et, comme on le pressait de céder, il offrit de s'en référer au jugement du nonce apostolique : mais les commissaires n'ignoraient pas que les seitimenis de ce prélat étaient conformes à ceux de Rutski, et ils n'acceptèrent pas cette proposition.
Dès que Visconli apprit ce qui se préparait, ii sollicita une audience de Ladislaset lui parla avec une franchise digne d'os représentant du Saint-Si^ge. Il ne pouvait croire, lui dit-il, qu un prince catholique consentît à un arrangement aussi pernicieux pour la sainte Union. Pour lui, Visconti, comme chré-
a Rome peu de temps après ces événements. Bf^evis relatio de iis quM gesta svnt in causa Ruihenorum unitorum cum S, R, E, tempore dupUcium rûgtii Poloniae comiiiorum : nempe Varsavise in electione an. 1632, i< Cracovi^ in coronatione régis Poloniœ Vladislai IV, an, 1633.
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j lien et comme nonce apostolique, il était souverainement i anxieux des malheurs qui devaient en résulter. Il supplia le prince de ne jamais permettre une pareille iniquité, de se rappeler que cette affaire se traitait à la face du monde entier, et d'agir de telle sorte que sa conduite pût être de même justifiée à la face du monde entier.
Ladislas ne parut ni ébranlé ni embarrassé par cet avertissement si énergique. Ilrépondilau nonce qu'il s'expliquait sim zèle par Timporlance de l'affaire en question ; mais celui qui en connaissait l'origine et le fond ne pouvait s'étonner du la transaction projetée, t L'Union, dit-il, n'a pas eu aucomnieut cenaent la solidité nécessaire, parce qu'elle n'a pas él^^ laite « avec le consentement au moins d'une bonne partie du jh^iit pie, comme il eût été convenable pour un changement li'unif « telle importance. Les membres du haut clergé y ont seuls « consenti pour s'assurer la paisible possession de 1< urs « revenus ecclésiastiques. Ces Uniates si peu nombreux nui « éprouvé sans relâche des vexations infinies par les pi iHe.s- « tations et les clameurs des schismatîques, en sorte (i<i'il « leur fallait dépenser le meilleur de leur revenu pour vi^tiir « se défendre dans les diètes. Il était nécessaire, ajoutu*l-ii, « de donner quelque satisfaction aux schismatiques pour pre- • venir de plus grands malheurs. Ils empêchent déjà l'élire [îon « du roi et toutes les affaires; que sera-ce, si on les renvoie « désespérés par de nouveaux refus ? »
Le prince parla ensuite de la nécessité où Ton élaïl dr ménager les Cosaques, en vue de la guerre prochaine avi « l''S Moscovites. Il chercha même à couvrir la faiblesse de sa vniiduile en lui donnant l'apparence d'une profonde polifi'(ut!, « Grâce à ces concessions, dit-il, on ne verra pas naître druis '< ce royaume des troubles civils comme ceux qui agitenl I Al- « lemagne. L'obstination et la puissance des schismatipi^^s <t rendent possibles de pareils malheurs ; et la loi cathDli^|tl(' « serait alors exposée aux plus grands dangers ; car les htrr- »c tiques sont aux aguets pour saisir toutes les occasions dr^ « troubler nos affaires et d'affermir les leurs. »
A entendre le prince, le meilleur moyen de pacifier la S^nlugne était de reconnaître une existence légale à la faction (ju* l'agitait depuis quarante ans, d'assurer sa perpétuité ri d*' lui garantir des moyens d'action. Tant il est vrai que les pmU-
tiques les pli»raifinés deviennent aveugles,dès qu'ils ne veulent plus tenir compte des intérêts de la foi et de la justice.
Pour achever son apologie, Ladislas voulut même prouver au nonce que la transaction projetée concédait des avantages réels aux Uniates. « La sainte Union, dit-il, y gagnera beau- « coup. Les quatre cinquièmes des bénéfices ecclésiastiques n sont assurés aux Uniates, et les évêchés qui leur sont assaut gnés ne sortiront plus de leurs mains, tandis que les rois les K concédaient autrefois tantôt à des Uniates, tantôt à des schis- « maliques. Si les tribunaux avaient eu à prononcer sur Fal- « tribution de ces biens, les Uniates eussent couru le risque « d'en perdre une très grande partie au profit de leurs advera saires. 9
Visconti réfuta toutes les raisons dn prince ; mais, voyant quHl ne gagnait rien, il lui annonça que, dans une assemblée tenue à ce sujet, les évêques et les principaux catholiques avaient déclaré que ni les Latins ni les Uniates ne pouvaient conî^entir à une transaction qui était préjudiciable à 1 Église*. Ladislas répondit sans hésiter qu'après le couronnement dn futur roi, la république enverrait un ambassadeur pour rendre compte de tout à Sa Sainteté, et lui représenter exactement Télat de cette affaire. En sa qualité de Père commun des fidèles, le Pape comprendrait ce que demande la condition des temps, et ne blâmerait pas des concessions qui devaient empêcher U ruine du royaume de Pologne et peut-être de la religion catholique, Ladislas termina en disant qu'il espérait faire, avec le temps, une union universelle, qui assurerait le triomphe de TÈglise et la paix de la Pologne. Visconti prit ce dessein ponr un iirtifice, dont le prince se servait dans Tespoir d'apaiser le mécontentement des catholiques ; il se trompait. Ladislas rêvai t une réunion générale des protestants et des schismatiques polonais à TÉglise catholique; et il se croyait assez habile pour la négocier. A force de confiance en lui-même, cet esprit net et sagace finissait par se perdre dans des chimères.
Cette entrevue apprit à Visconti que la cause des Uniates était définitivement sacrifiée. Les articles de pacification ne furent pas modifiés. Le 1"'' novembre, Ladislas y apposa sa
l. Visconti parle d'une dépêche envoyée par lui à Rome au sujet de cette assemblée. Elle n'est pas venue entre nos mains.
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signature et son sceau, et deux des commissaires les portèrent au château de Varsovie et les firent insérer dans les actes publics, sans attendre l'approbation de la Diète ^ On eût dit que le prince avait hâte de s^engager d'une manière irrévocable vis-à-vis des schismatiques.
Le premier de ces articles leur concédait le libre exercice de leur religion dans toute retendue delà Pologne, sans restriction aucune. Us pouvaient, à Tavenir, posséder, réparer, établir libremeat des églises, des séminaires, des hôpitaux, des imprimeries, et prétendre à toutes les magistratures municipales, sans exception. Le second article leur garantissait la possession de leurs églises et le maintien de leurs confréries avec le droit d'en établir de nouvelles. Si on les eût invités à rédiger eux-mêmes ces deux premiers articles, il leur eût été impossible de s'attribuer une plus complète liberté et de plus puissants moyens d'action.
Non seulement cet acte assurait aux schismatiques le droit d'enserrer toute la Ruthénie dans le réseau de leurs intrigues, mais il reconnaissait. officiellement la hiérarchie créée par le patriarche Théophane et la dotait aux dépens de TËglise uniate. Aussitôt après son couronnement, le roi devait nommer un métropolite de Kiew, choisi parmi les nobles ruthènes non unis. Ce prélat recevrait finstitution du patriarche de Constantinople, et la donnerait ensuite à trois évoques, élus à Luck, à Przemysl et à Mscislaw par les schismatiques et confirmés par le roi.
Rutski conservait le titre de métropolite de Kiew, la juridiction sur tous les Uniates de la Ruthénie, et la jouissance, sa vie durant, des revenus de la métropole en Ukraine; mais toutes les églises de Kiew et la métropole elle-même lui étaient enlevées pour être remises aux schismatiques. A l'avenir, les Uniates ne posséderaient plus dans la ville sainte que le petit monastère de Widubicz ; et à la mort de Rutski, tous les biens de la métropole, situés aux environs de Kiew, revenaient de droit aux schismatiques.
L'évêque uniate de Luck, Jérémie Poczapowski, était dépos-
i. On trouve ces articles de pacification en polonais dans les Archives du ^ud'Ousi de la Russie, t. I, p. u, p. 208-214, et en latin dans Theiner, Monum. Polon. 1. 111, p. 399.
sédé de sa cathédrale et de toute sa mense épîscopale, au 7)10flt de Tévéque schismalique. La république consentait à loi reconnaître encore le titre d'évéque de Luck et à lui accorder rarchimandrie de Zydyczyn pour sa subsistance ; mais elle déclarait d'avance qu'il n'aurait pas de successeur, son siège épiscopal étant attribué aux schismatiques.
L'évéché de Przemysl était également donné aux schismatiques; mais Tarrêt signifié à Athanase Krupecki était moins brutal, par respect peut-être pour la naissance et la grande verlu de ce prélat. Il gardait la jouissance de sa cathédrale et de sa mense, sa vie durant, mais en cédant immédiatemeot trois monastères à Tévêque schismatique, qui recevrait en outre du roi et de la république un revenu de 2,000 florins. A la mort de Krupecki, les schismatiques restaient seuls maîtres à Przemysl.
La possesssion de Tévôché de Léopol leur était également garantie ; mais ce siège épiscopal ayant toujours été entre leurs mains depuis la trahison de Gédéon Balaban, cette concessian était moins préjudiciable aux Uniates (}ue les précédentes.
La plus grande iniquité de ce pacte odieux fut le démembrement de Téglise de Polock. Un article stipula l'érection d'en siège épiscopal pour les schismatiques de la Ruthénie-Blancbe, sous le titre d'évôché de Mscislaw, Orsza et Mohylew. Cette de> nière ville fut assignée pour résidence à révêque,et on lui concéda immédiatement le monastère de Saint-Sauveur et quatre églises à Mohylew, deux à Mscislaw et deux à Orsza*. Lunile de la foi que saint Josaphat avait établie dans son diocèse an prix de son sang, fut ainsi à jamais brisée. On consentait, il est vrai, à laisser les biens de l'archevêché à Sielawa et à ses successeurs uniates; mais la république fournissait un revenu de 2,000 florins à Tévôque schismatique.
Il semble qu'en négociant cet accord, le prince Ladislas voulût de propos délibéré concéder aux ennemis de l'unité des avantages qui les missent en mesure de balancer partout Tinfluence des Ruthènes catholiques. Ainsi un article spécial coq-
1. Une copie manuscrite des articles de pacification, contenue dans la collection de Naruszewicz, ajoute qu'une des églises de Polock devait ôtre livrée aux schismatiques. « Poiociae demum una Ecclesia assignabitur a <c commissariis supradictis. » Cette clause fut exécutée.
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céda au métropolite schismatique un monastère sous Grodno, afin qu'il pût y résider ou y établir un coadjuteur pour la Lithuanie ; comme si où eût craint qu'habitant l'Ukraine, il n'eût été trop loin pour combattre le métropolite uniate. A Vilna^ Féglise de la Sainte-Trinité, le sanctuaire de TUnion par excellence et le berceau de la réforme basilienne, fut elle-même revendiquée par les schismatiques. On n'osa pas la leur abandonner ; mais, pour les consoler de cet^e perte, on leur con- ! céda trois églises, avec le droit d'achever celle du Saint-Esprit, siège de la confrérie schismatique ^
Enfin un partage des monastères et des églises devait être fait entre les Uniates et les schismatiques, dans toute l'étendue du royaume, d'après la proportion des fidèles de chaque religion. Le roi choisirait quatre commissaires, deux catholiques et deux schismatiques, pour faire cette division, sans qu'il fût possible de revenir dans la suite sur ce qu'ils auraient décidé.
Un dernier article reconnaissait aux schismatiques le droit d'entrer dans l'Union, et aux Uniates celui de passer à l'obédience des évoques schismatiques. La convention se terminait par cette clause : « Les deux parties doivent conserver entre « elles la concorde et la paix, sans s'opprimer mutuellement. « Elles supprimeront les écrits et les controverses qui s'agi- « talent entre elles, et ne publieront, dans la suite, rien de ce « qui pourrait être un sujet d'animosité. Elles travailleront « au contraire à entretenir la charité et la concorde par la « science et le bon exemple. En particulier, dès cet instant « jusqu'au couronnement, en attendant que tous ces articles « soient exécutés avec l'aide de Dieu par le nouveau roi, une « des parties ne peut faire à l'autre aucune violence à l'occa-
1. L'église du Saint-Esprit de Vilaa n'avait d'abord été construite qu'en bois, lorsque les schismatiques durent quitter celle de la Sainte-Trinité, dans les premiers temps de l'Union. Vers 1620, quand l'arrivée de Théophane et l'appui des Cosaques leur donnèrent une audace nouvelle, ils commencèrent à rebâtir en briques leur église, en affectant, parait-il, de lui donner la forme d'une forteresse, comme s'ils la construisaient pour s'en servir comme d'une place de sûreté . Sigismond Illleur défendit de continuer, sous peine de 10,000 écus d'amende. Les travaux, arrêtés durant quelque tempâ, furent repris, et les schismatiques furent cités pour ce motif devant les tribunaux. La cause était encore pendante au moment de la mort du roi. Cet article la décidait en faveur des schismatiques. J. Rutscii, Informalio circa articulas compositionis,
RAIKT JOBAPBAT. — T, II. 18
a sion de cet accord, sous les peines portées contre iea Tîola- < leurs de la sécurité publique. »
A. ces conditions, Ladislas crut avoir établi la paix en Rothénie; il ne fit qu'y perpétuer la guerre. Ces églises et ces monastères, quMl assignait aux schismatiques, furent comme autant de postes militaires, écLelonnés depuis la frontière méridionale de la Pologne jusqu'à la Moscovie, pour servir de retraite et de point d'appui à une armée, toujours prête à h guerre, parce que la guerre lui donnait seule de la coh et de la vie. Les paciûques efforts des Uniales lui enlùv* peu à peu le plus grand nombre de ces positions ; mais ils m parviendront jamais à les reprendre toutes. L'Église schismir Lique a désormais une place dans TËtat, des droits ccrLaios, des lois protectrices, et cela suffit pour perpétuer son bh^ tence.
Par un inconcevable aveuglement, c'est aux fron itères d€!i Pologae, sur la route de Moscou et de Constant inople, qt^ Ladislas place les évêchés schismatiques, véritables ciudeÙÊï dont le tzar et le sultan auront toujours une clef. Kiew enia, la Rome de la Ruthénie, la ville sainte, avec son temple antiq:f de Sainte-Sophie, ses reliques, ses catacombes , son arcv mandrie des Cryptes, métropole monastique de la Slavonie Kiew est livrée aux schismatiques et par eux aux ennemis di la Pologne. Personne ne comprit alors Ténormité de oèM faute. Kiew n'était plus ni une capitale, ni un enlrepôl â* commerce, ni une forteresse. La noblesse polonaise ne s^a Ji pas que les murs délabrés de cette cité en ruines renfermai es* toute la tradition historique et religieuse de la Ruthénie. S Kîew devenait une ville catholique, elle était assurée à h Pï^logne ; et par elle, toutes les aspirations religieuses du peupl* ruthène, les seules qui fussent encore vivantes et profondtf dans son sein, étaient reportées du côté de Rome et îdenliÉé^ à celles du peuple polonais. Si au contraire Krcw restait s€tu^* matique, il fallait toujours un effort pour tourner le cœur des liuthènes du côté de la Pologne ; et tous ceux qui dément sabir de plus près Tatlraction de la ville sainte étaient rejetéi uomme fatalement du côté de Constantinople et de Moscou, es dehors de la vie et de Tunité polonaise.
Du jour où Kiew fut cédé aux schismatiques. tout espoir et pacifier et de civiliser défmitivement l'Ukraine fulk jamais
PF
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perdu. Quand un Polonais ou, pour mieux dire, un vrai chrétien, un homme civilisé mettait le pied dans cette province, il sentait à chaque pas la lave incandescente de la barbarie, que mille feux souterrains s'apprêtaient à vomir avec une énergie infernale. Pour raffermir ce sol volcanisé, la Pologne n avait qu'une ressource, lente mais infaillible : entasser sur cette province, avec prudence sans doute, mais avec une indomptable ténacité, tous les éléments de vie catholique, et surtout le seul qui convînt parfaitement au génie et aux traditions des peuples ukrainiens : TUnion.
Pour faire de paisibles agriculteurs de ces paysans toujours prêts à devenir bandits, pour substituer des villages chrétiens et polonais à ces tanières de brigands, qui faisaient la honte et l'effroi du pays de frontière, pour changer en hommes et en vaillants défenseurs de la patrie ces Zaporogues sauvages, plus terribles à la Pologne et à la chrétienté qu'aux Turcs et aux Tartares, il fallait des moines basiliens. La force de la croix portée par des mains catholiques peut seule dompter la barbarie. Avant de mourir, Ladislas vit l'Ukraine se soulever comme un seul homme pour déclarer à la Pologne une guerre d'extermination ; il dut comprendre alors que ses fatales concessions, loin d'éteindre l'incendie, n'avaient fait qu'accroître l'énergie du feu.
Cette prétendue pacification était, en outre, un nouvel et sanglant affront à Fautorité publique et à la majesté royale. Les sentences, les lettres universelles, les arrêts publiés sous le règne de Sigismond III dans les affaires ruthènes, étaient annulés; et, en reconnaissant la hiérarchie schismatique, Ladislas acceptait les conséquences d'un attentat commis contre les droits les plus sacrés de la couronne, malgré les protestations du roi son père. C'était comme un encouragement à tous les aventuriers qui voudraient troubler la Pologne. Ils pouvaient braver désormais les sentences de bannissement et les menaces des officiers royaux ; avec un peu d'audace et de persévérance, ils arrivaient à faire sanctionner leurs plus criminelles entreprises.
Enfin Ladislas, prince catholique et fils d'un des rois les plus chrétiens de son siècle, donnait par cet accord le déplorable exemple de l'indifférence religieuse en politique. I! mettait sur Je môme pied l'erreur et la vérité, et leur assurait les mêmes
garanties. Une pareille conduite est toujours un outrage à la majesté divine et amène fatalement sur un peuple les plus terribles châtiments. Aussi le règne de ce prince Ladislas^ qui semblait né pour assurer à la Pologne la dominalion de l'Europe septentrionale, fut pour elle le commencement d'une irrémédiable décadence.
Dès que le métropolite Rutski eut appris l'insertion des articles de pacification dans les actes publics, il se rendit cb^i le prince Ladislas pour exprimer sa douleur et faire entendre SOS protestations. Il prédit au prince les malheurs qui résulte^ raient de ces fatales concessions, pourTËglise uniate, pour lês âmes, pour la paix même de la Pologne ; et il déclara que m lai ni son clergé ne se soumettraient à ces articles, tant qu'as n'auraient pas reçu l'approbation du Saint-Siège. Ladislas rè> pandit que cet arrangement ne serait pas mis à exécution sa» le consentement du Souverain Pontife; et que si, avant rarrivér d une réponse de Rome, on voulait publier les articles danslt Diète, le métropolite serait libre de protester solenHellemeil: avec tous les évéques. Rutski dut se contenter de ces parole^ Ladislas voulait que son élection fût enfin consommée, et i s applaudissait d en avoir fini avec les Ruthènes.
Une fatigue générale s'emparait des 30 ou 40,000 homme»' campés sous les murs de Varsovie dans l'attente d'un évéïfr ment, toujours retardé depuis six semaines. Les grands sÀr, gneurs et une élite de gentilshommes, habitués aux affaire!» prêtaient seuls une attention suivie aux débats qui s'agitaient eatre le clergé et les séculiers, les catholiques et les dissidents^. La masse de l'assemblée et surtout la petite noblesse pooFsaient de temps à autre des cris formidables, au signal dtt chefs dont elles subissaient l'influence ; mais elles n'entraioil pas dans le détail des négociations ; et quand les provisions et voyage étaient épuisées et que la Diète traînait en longuevr, on n'avait plus qu un' désir, regagner au plus vite ses foyers. Quelle que fût Tincertitude dans laquelle restaient encore kf affaires, il fallait les tenir pour définitivement réglées, et procéder à l'élection royale. Ce grand acte consommé, les peliti gentilshommes s'envolaient par escouades dans la direction de leurs provinces, convaincus que la patrie était sauvée, puisqu'ils avaient librement élu leur roi et entouré fidèlement les nonces et les sénateurs dans leurs longues délibérations. Les
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factions spéculaient toujours sur cette lassitude. C'était Theure propice pour enlever Télection, quand elle était disputée, et pour extorquer la confirmation de droits incertains ou de privilèges longtemps contestés. Les protestants excellaient dans cette tactique, et lui durent leurs principaux succès, particulièrement dans cette Diète.
Le prince Ladislas voyait approcher cette heure toujours critique, môme pour les candidatures les plus assurées du «uccès, lorsqu'il reçut la nouvelle d'une invasion des Moscovites en Ruthénie Blanche. Il s'empressa d'en avertir la Diète (27 octobre). Trois jours après , il lui communiquait de nouvelles dépêches, plus alarmantes que les premières. La Dièle fut aussitôt dominée par le désir de procéder à l'élection, afin •d'assurer la défense du royaume.
Le 2 novembre, on commença la rédaction des Pacta conventa ; et comme ce travail n'allait pas assez vite au gré de l'impatience générale, le prince Radziwill proposa, le 8 novembre, d'élire immédiatement le roi, sauf à différer sa proclamation après la rédaction des Pacta conventa, La Diète accueillit cette idée, et décida qu'on ferait sur-le-champ l'élection. On vit alors un spectacle sublime- L'archevêque de Gnesen, à •cheval au milieu du sénat et de la chambre des nonces, entonna le Veni Creator^ soutenu par le chœur des évéques. Aussitôt ^^ette armée de gentilshommes tomba à genoux, et 30,000 voix s'unirent pour achever l'hymne sacrée. Malheureusement la nation n'était plus unanime dans sa foi. On vit avec douleur -qu'un grand nombre de protestants restaient debout et refusaient de s'associer à l'ardente supplication de leurs frères. Ce scandale arracha des larmes à l'archevêque et à beaucoup de catholiques, qui en tirèrent un mauvais augure pour l'avenir >de la nation.
Les chants terminés, le cercle immense formé par la noblesse autour de l'enceinte se partagea, sous la présidence des sénateurs, en autant de réunions particulières qu'il y avait de palatinats. Dans chacune de ces assemblées, le premier sénateur recueillit les suffrages et les porta ensuite à l'archevêque, qui attendait sous le pavillon sénatorial. Malgré le nombre immense des votants, l'opération fut assez rapide. Avant la fin du jour, l'élection de Ladislas était consommée. Tous l'es gentilshommes réunis dans la plaine de Wola l'avaient désigné
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SAINT JOSAPUAT.