Lia. VladisL reg, ad Urban. 77/7.24 dec
cation, et de s'opposer ensuite de toutes leurs forces à ce qu^ils fussent exécutés * .
Les avertissements ne manquèrent pas au roi et à ses conseillers. Dans Tespoir d'obtenir une décision qui pût rassurer les consciences, Ladislas convoqua le 18 février une assemblée de théologiens, et leur demanda s'il était licite d'exécuter les concessions faites aux schismaliques. Dans cette réunion figuraient des membres de presque tous les ordres religieux et quelques docteurs de l'Université de Cracovie.
Un capucin, qui avait su gagner par ses complaisances les bonnes grâces du roi, et qui joua un certain rôle dans les affaires de la Pologne èi cette époque, le P. Valérien Magnus, présenta à l'assemblée un mémoire défavorable aux Uniates.
Après une discussion théologique plus subtile qu'exacte» il concluait que si, dans la controverse actuelle, les preuves légales, les « jura municipalia », comme il disait, étaient en faveur des schismatiques, et si le rejet de leurs demandes attirait des périls imminents sur la république, les points de pacification pouvaient être approuvés et insérés dans les actes de la Diète, sans aucun péché pour le roi et ceux qui consentiraient à cette publication. Il suffisait, en ce cas, de donner à cette constitution la forme d'une loi purement permissive.
Descendant à l'application de ces principes, le P. Valérien Magnus examinait les droits que les Uniates avaient, d'après le droit public polonais, sur les diverses églises de Ruthénie ; et il concluait que les évêchés de Lithuanie et de la Ruthénie- Rouge, c'est-à-dire ceux de Polock, de Smolensk et de Pinsk, de Przemysl et de Chelm, leur appartenaient légalement; mais que ceux de Wolhynie et des paialinals de Braclaw et de Kiew, c'est-à-dire la métropole et les sièges de Luck et de Wlodimir, devaient être attribués aux schismatiques.
Un pareil avis mettait à Taise la conscience du roi et de ses conseillers. Le recteur de l'Université de Cracovie parlait dans le même sens que le P. Valérien ; et un religieux, qui
1. Inslruttione per MgrNuntio di Polonianel negotio de capitoli dati agVheretici e scismatici di quel regno, communiquée par le R. P. Marlinov et divers brefs, ap. Theiner, Monum. Polon, t. III, p. 40o.
^ut honte de découvrir son nom, fit remettre à rassemMèiu mémoire sans signature, dans lequel il légitimait les coocts» sions promises aux schismatiques. Pour que la coopératki à cette loi fût licite, il suffisait, selon ce théologien, d*y insérer cette simple formule : « Nous permettons tout cela, sans M préjudice des droits de TEglise romaine et du salat des € âmes. » Ce docteur avait accumulé les arguments théologiques, pour appuyer son avis. L^auditeur de la nonciatmt se chargea de réfuter les sophismes de cette pesante disse^ tation.
P. Jérôme de Saint-Hyacinthe, prieur des Carmes déciiaTis- -ses de Lubtîn, fit entendre, dans un remarquable rapport, le langage de la foi et de la véritable politique. Non seokment il rejeta comme illicite la transaction proposée, nais il afiirma qu'il y avait d'autres moyens de pacifier laRuthénie; et qu'en tout cas, cette cause étant purement spirituelle, tout ce qui se faisait à ce sujet au for séculier était nécessaire* «lent invalide.
Son mémoire se terminait par ces nobles paroles : c Les « princes catholiques et pieux ne doivent pas se servir sea- < lement des moyens humains pour défendre et accroître « leurs royaumes ; c'est sur les secours divins quMls doifeul ^ avant tout s'.^ppuyer. Pour défendre un royaume, oi « ne doit pas, je le sais, mettre de côté les moyens humaio^i « pour attendre de» miracles; mais lorsque les moyens fom- ^< nis par la politique ne peuvent être appliqués sans portff « préjudice à la gloire de Dieu et à TEglise, qui est répouse « du Christ, au lieu de recourir à de pareils expédients pour « assurer le succès d'une guerre, il vaut mieux s'en ^appo^ « ter à Dieu, auquel il n'est pas difficile de livrer à une petite u troupe les plus puissantes armées. C'est Dieu qui donne la « victoire elles royaumes, et on ne garde pas longtemps Itf « palmes et les sceptres que Ton a tristement acquis en « offensant Dieu et en opprimant TËglise. »
La Compagnie de Jésus avait ses représentants dans celte ■assemblée de docteurs. Le roi avait eu soin d'en écarter un certain P. Przemyslas Rudnicki, très connu par sondévouemeal auxUuiates; mais le vénérable P. Nicolas Lancicius, provincial 4e Lithuanie. invité à y siéger avec le P. Bembo, ne pouvait trahir la cause de la vérité et de la justice.
Dans sa réponse aux questions proposées par le roi, il citait cesparolesde saint Augustin : « Quiconque dissimule la vérité, <( par crainte de quelque puissance que ce soit, provoque sur « lui la colère de Dieu, parce qu'il craint moins Dieu que les « hommes. » — « Il vaut mieux, disait-il encore, soufifrir le « supplice pour la vérité, que recevoir une récompense pour la « flatterie. » La suite du mémoire répondait à ce début.
Lancicius s*attachait à quatre points principaux : la permission du libre exercice du culte schismatique, la cession de révéché de Przemysl, l'érection de celui de Mscislaw, et Tabandon de Téglise métropolitaine de Sainte-Sophie . Avec beaucoup de logique et d'érudition, il prouvait que ces concessions étaient absolument illiciles. Pour légitimer les articles de paciflcation, on disait que les bénéfices ruthènes, étant conférés directement par le roi, n'étaient pas des biens d'Eglise, ou encore que l'on cédait des édifices et des biens-fonds aux schîsmatiques, mais qu'on ne leur livrait pas les âmes. On prétendait encore que le roi, ayant promis par serment à la Diète d'élection d'exécuter les articles de pacification, était tenu, sous peine de parjure, d'accomplir sa promesse. Lancicius discutait avec une grande lucidité ces faux raisonnements ; et son mémoire était de nature à imposer la conviction à tous les esprits *.
Après trois longues délibérations, les théologiens conclurent que personne ne pouvait légitimement coopérer à des actes dont la conséquence immédiate était le renversement de la religion, la perte d'un grand nombre d'âmes et la violation de la loi divine. En admettant même la cessation de la loi de l'Eglise qui défendait l'aliénation des bénéûces, l'obligation de sauvegarder l'honneur de Dieu restait toujours et rendait ces stipulations illiciles. Mais le roi avait pris son parti d'avance. Sans tenir compte de l'avis des autres théologiens, il n'écouta que celui du P. Valérien Magnus ; et comme les schismatiques menaçaieni de quitter la Diète si on ne faisait pas immédiatement droit à leurs exigences, il fit rédiger un diplôme propre ^ les satisfaire.
l. Nous devons au R. P. Martinov la communication du mémoire du Père Lancicius et des autres pièces principales présentées à cette assemblée. Nous avons encore eu sous les yeux un extrait du précieux manuscrit de Wielowiedzki, Historia domus Cracoviensis Societatls Jesu.
â88 SAINT JOSAPHAT. — LITRE VU
Cet acte ne fut communiqué ni aux théologiens, ni même aux Uniates S et le 14 mars 1633, il fut publié au moment de la clôture de la Diète. « Nous prenons sur nous, au nom de 4< toute la république, disait le roi, Tobligalion d'exécuter les € promesses jurées par nous; et nous promettons qu'àlaprem mière Diète future, Dieu aidant, avant de toucher à nue n affaire quelconque, nous nous emploierons à exécuter stric- « lement tout le contenu desdits articles, sans dérogerais *i moindre des stipulations. » Cet engagement contredisait les promesses que Ladislas avait faites aux catholiques et aggnvait encore les obligations qu'il avait contractées vis-à-vis des adversaires de TUnion ; ce n'était cependant qu'une pnjm ??* et des circonstances favorables pouvaient permettre deVéNfl dans la suite. Les articles suivants, aii contraire, meltaieoE à exécution immédiate les points principaux de la paalu^ lion.
Le roi garantissait d'abord aux schismatiques le libre eie^ cice de leur culte dans toute l'étendue de ses États, 11 coDfirmzil sans distinction toutes leurs confréries, écoles, scminainâr imprimeries, hôpitaux, toutes leurs immunités et priviiè:^^ Eofin, de son autorité souveraine, il organisait la hiéraret^e schismatique.
Pierre Mohyla était reconnu comme métropolite de Kic¥,ft autorisé à se mettre en possession de l'église de Sainle-Sûpfe tout en gardant pour sa subsistance Tarchimandrie des Crypt?^ et le monastère de Pustynny. Alexandre Puzina, c-vèqucschmatique de Luck, et Joseph Bobrykowicz, évéque de Mscisb>, ôLiiient autorisés « à étendre leur juridiction épiscopale ^or u tous les fidèles de ces diocèses qui n'appartenaieut posa « l'Église uniate ». Le môme droit était reconnu ii révèque qnf les schismatiques de Przemysl devaient élire prochaiEic^nneu' Le roi garantissait aux évêques de Mscislaw et de Pr?.eaî} ■ une pension de 2,000 florins ; et quant à Puzyna, il r^j^yvaii, par un acte particulier, une dotation probablemcnl supt^rieur* à celle de ses collègues. Enfin, comme si une soûle protm^^^ n Ldt pas suffi, le roi répétait de nouveau : « ïoul ce qaî « d'après les articles conclus à Varsovie, n'a pu être encon^ a exécuté, devra l'être par nous, Dieu aidant, à la DiÈte p^
l, Brevis relatio comitiorum in coronalione régis 1633.
CHAP. n. — LES SGHISUATIQUES VICTORIEUX SOUS LADISLAS lY 289
< chaine. Nous certifions tout cela aux gens de la religion « grecque non unie, par ce diplôme, qui est une constitution c de la Diète, approuvée par Fautorité de toute rassemblée ^ »
Quand cet acte fut présenté à la Diète, le primat, lesévéque» latins, les palatins de Cracovie, de Lublin et de Mscislaw, ainsi que le chancelier de Lithuanie, prince Albert Radziwill, déclarèrent « qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient rien accor- « der au préjudice des Uniates, et qu'ils ne pouvaient ni ne « voulaient donner leur assentiment à ce diplôme, jusqu'à ce « qu'il fût approuvé par le Saint-Siège ». Ces réclamations ne parvinrent pas à empêcher l'insertion de cet acte parmi les lois comitiales.
Ladislas avait hâte de partir pour la frontière. Il voyait les Moscovites autour de Smolensk^ et il ne pouvait pas se mesurer avec eux, s'il n'était pas assuré de la tranquillité de la Ruthénie Les faveurs dont il comblait les schismatiques lui garantissaient la sécurité de Theure présente, et il ne voulait pas prévoir les bouleversements qu'elles préparaient pour l'avenir. Il eût été facile cependant de voir que ces gens étaient insatiables, et que chaque concession était récompensée par de nouvelles exigences.
Dans la confirmation générale des privilèges que le roi devait délivrer, selon l'usage, à la noblesse après le couronnement, une clause garantissait les privilèges de l'Ëglise catholique romaine. Les schismatiques affectèrent de voir une menace dans cet article^ dont la rédaction n'avait probablement pas été modiûée depuis des siècles. Il fallut avoir égard à leurs susceptibilités et déclarer que ces droits reconnus à l'Ëglise catholique ne pourraient nuire en rien aux églises grecques et à, leurs privilèges.
Après la clôture de la Diète, les évoques et les sénateurs qui s'intéressaient à TUnion, furent réduits de nouveau « à pour- « voir, selon leur expression, à la tranquillité de leur cons- « cience », en insérant dans les actes du château de Varsovie la déclaration qu'ils avaient faite, au sein de la Diète, contre le diplôme accordé aux schismatiques. Ces protestations, qui sauvegardaient le droit, ne changeaient jamais rien au fait accompli. Qui sait même 7 Tel évéque, tel sénateur eût peut-