CHAPITRE IV. — DERNIERS JOURS DU MÉTROPOLITE RUTSKI
tilshommes accoururent, à la suite du roi, dans la capitale de . la Lithuanie, pour cette cérémonie religieuse et nationale.
Avant d'être déposé dans sa chapelle, le corps de saint Casimir fut porté en procession à travers les rues de la ville, au milieu des chants sacrés et des acclamations d'une multitude immense. Le clergé uniate avait été invité à cette fête, et on le traitaavec honneur. Le métropolite marcha dans la procession entre les deux suffagants de Vilna *. Son coadjuteur, Tévêque de Pinsk, Korsak, était sur le même rang que Tévêque latin de Yenda. Les archimandrites et les hégoumènes basiliens eurent une place honorable devant le chapitre de Vilna. Les curés ruthènes et les moines de la Sainte-Trinité précédaient le clergé latin '.
Casimir avait travaillé autrefois, dans la mesure de son pouvoir, à. la destruction du schisme ruthène. Dieu, qui récompense avec usure les moindres mérites de ses élus, unit en ce jour, rlans le même sentiment de piété et d'amour, les deux clergés et les deux peuples, que le pieux prince avait essayé de rendre, durant sa vie, également dociles à la. sainte Église. Cette translation solennelle semblait promettre au saint patron de Lithuanie de longs jours d'un repos glorieux, dans la somptueuse demeure que la piété de ses neveux lui avait préparée ; mais la guerre vint Ten chasser bientôt. Nous verrons qu'un dessein mystérieux de la Providence unit alors les restes de saint Casimir et ceux de saint Josaphat dans une série de périls communs, pour montrer au peuple lithuanien que ces deux serviteurs de Dieu étaient au même titre ses patrons et ses défenseurs.
Le lendemain de cette solennité, Rutski prit congé de ses moines en leur annonçant que sa fin était proche. Des larmes répondirent à ces derniers adieux. Le vieillard consola ses fils avec autant de fermeté que de tendresse, et partit aussitôt pour courir encore à la poursuite des âmes. On lui avait entendu dire souvent, même dans sa jeunesse, qu'il mourrait en voyage, hors de sa maison, comme un bœuf attelé au joug ; et il ajoutait,
1. L'évêqiie de Vilna avait deux suffragants : Tan portait ordinairement le titre d évêque de Méthone in partibuê infidelium^ et le secondait dans l'administration spirituelle de la Lithuanie proprement dite ; l'autre était révoque de Samogitie, et gouvernait cette province.
2. Act. SS. Mart. t. T, p. 344. — Acia Congreg, gênerai. VI Basiîian, cod. ms. Leopol.
depuis qu'il était métropolite, que, contrairement à ce qui arrivait d'ordinaire en pareiUe rencontre, ses bagages seraient fidèlement rendus , sans aucun dommage, à son coadjutenr. Cette prédiction devait se réaliser à la lettre.
Au commencement de 1637, Rutski visitait la Wolhyuie, lorsqu'il sentit que la mort approchait. Il s'arrêta à Derman,el voulant laisser un dernier témoignage de son dévouement i TËglise et à sa patrie, et un suprême avertissement àsafamSIe spirituelle, il écrivit son testament en ces termes :
c Moi, Joseph Telamin Rutski, indigne métropolite de Kiew, « de Halicz et de toute la Ruthénie, je suis appelé au tribaoal « de Dieu pour y rendre compte des paroles, des actions, des « pensées des soixante-trois années de ma vie, et pour entes* (( dre mon arrêt. Je tremble, hélas 1 car on doit trembler quaai « on est soumis au jugement en face de Dieu. Je me coét « cependant dans son immense miséricorde; et, quoiqi» « pécheur, j'espère qu'il ne me repoussera pas de sa présenct H Je lui offre pour ma défense sa très sainte Passion ^ dont je « crois la valeur infinie. J'espère le secours de la Bienheureo» « Vierge, mère de mon juge, que j'ai toujours honorée durant « mavie, quoiqu'en serviteur bien indigne. J'implore égale- « ment l'assistance des saints de Dieu, en particulier de moi « Ange Gardien et des saints que j'ai choisis pour patronsel « invoqués comme tels chaque jour. Je les supplie lousde « bouche et de cœur de m'aider dans ce dernier combat
a Je proteste, devant le monde entier, que je crois tout ce « que la sainte Église catholique ordonne de croire, et quepe^ « sonne ne peut être sauvé sans cette foi, spécialement sansb « communion de la sainte Église romaine, pour laquelle f « suis prêt et j'ai toujours été prêt à mourir, quand l'occasi» « de mourir se présentait. J'ai toujours été obéissant ai a Pontife romain et à son représentant dans ce royaume. ^ € meurs dans cette obéissance. Je prie et je supplie humbleme» « et pour l'amour de Dieu tous ceux que j'ai offensés, soitpsi « mes paroles, soit par mes exemples, de me pardonner. Q^^ « imitent à l'avenir non pas ma conduite et mavie, mais ceu* « des bons serviteurs de Dieu qui me survivent. Pour mw» « je pardonne du fond du cœur à tous ceux qui m'ont offensét € à ceux-là même qui m'ont persécuté pour la justice, ffl<»t « mes pères et mes frères; et je demande très humblement ao