‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 188 sur 316 · CHAPITRE IV. — DERNIERS JOURS DU MÉTROPOLITE RUTSKI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DERNIERS JOURS DU MÉTROPOLITE RUTSKI

des talents au-dessus de la mesure commune. Il ne s'attacha à l'Ëglise ruthène que par devoir, après de longues résistances, et en contrariant les plus vives aspirations de son cœur ; mais dès qu'il eut donné sa foi à cette délaissée, il la servit avec la fidélité d^un époux et la tendresse d'un père. La fatigue, les déboires, les outrages devinrent son pain de chaque jour. Il les accepta sans murmure, et dépensa son temps, sa fortune, ses forces et jusqu'au dernier souffle de sa vie, pour une cause que de lui-même il n'eût pas aimée. Qui n'admirerait une pareille constance?

En récompense de sa générosité, la bénédiction de Dieu était descendue sur ses travaux. Qu'on se rappelle Tétat de TÉglise ruthène, lorsque Rutski s'enfermait avec Josaphat à la Sainte- Trinité de Vilna. Pociey, fidèle au Saint-Siège, combattait comme un lion et abattait à ses pieds tous les ennemis qui voulaient déchirer le pacte de Brzesc; mais l'Union était incarnée dans ce seul homme. Pociey disparaissant, tout était renversé. A la mort de Rutski, nous trouvons en Ruthénie huit évéques, fermement dévoués au Saint-Siège. Nous avons vu à l'œuvre les Âthanase Krupecki, les Méthode Terlecki, et nous avons reconnu des hommes de vigueur et d'action, qui ne craignent ai le travail ni les combats. Ils braveraient vingt fois la mort plutôt que de céder un seul pouce du terrain que l'Ëglise leur a confié. Au-dessous de ces héros, nous avons aperçu d'autres combattants moins illustres, Korsak, Sielawa, Kreuza, Bakowiecki. Us ont tous du zèle, de la science, de la fidélité k leur devoir. Ils pourraient tous prendre place avec honneur dans ies rangs du clergé latin. Un épiscopat catholique est créé en Ruthénie.

La réforme des monastères assure la perpétuité de cette' hiérarchie. Grâce à la Congrégation basilienne de la Sainte-Trinité, l'Église ruthène possède un bon nombre de moines capables de remplir toutes les dignités ecclésiastiques et de donner l'impulsion aux trayaux du clergé séculier. Cette troupe vaillante est appuyée par le travail et la prière de religieuses, pratiquant comme elle la règle de saint Basile. On compte maintenant par centaines les popes fidèles à TUnion, et on rencontre parmi eux des prêtres pieux et assez instruits pour gouverner les âmes. Sons la direction de ce nombreux clergé, nous trouvons un vrai peuple catholique. Un contemporain évaluait à trois mil-

lions le nombre des âmes que Rutski avait retirées du schi au de rhérésie ; et ce calcul est probablement au-dessous de vérité, si Ton unit au chiffre des conversions obtenues direeUment par l'illustre métropolite celles qu'opérèrent ses compa gnons et ses disciples. Un autre auteur, plus modeste^ li compte que 200.000 hommes, mais le seul diocèse de Lithuaik renfermait, à la mort de Rutski, un plus grand nombi d'Uniales ; et ne nous lassons pas de le redire, quand cet inïaà gable ouvrier vint unir ses efforts à ceux de Josaphat, TÉgiM de la Sainte-Trinité de Vilna était fréquentée à peine par *Qu dise fidèles. C'était tout le peuple uniate de la Ruthénie

A Nowogrodek, son pays natal, Rutski avait opéré une réà labié révolution au profit de la vérité. Cette contrée él deveaua la proie des Ariens, qui avaient répandu leurs Lrines dans toutes les familles et pris en main réducation de jeunesse. Le clergé latin n'avait pas su leur tenir télé. Rutil fonda des écoles catholiques et fit une si rude guerre à Thérési qu elle disparut entièrement de la ville et des alentours. A^ de mourir,le métropolite parvint à obtenir un décret de la DIèl qui fermait aux Ariens Feutrée du territoire de Nowogrodek.

Après de pareilles œuvres, Rutski pouvait attendre avecséa ri lé le jugement de Dieu; et on ne s'étonne pas d'entendre Dp bain VllI « l'appeler une colonne de l'Église, 1 Atlas de TUnio^ a lAlhtanase de la Ruthénie '. Mais Rutski, ne l'oublions pi| est lui-même l'œuvre de saint Josaphat. C'est Josaphat quili conquis au rite grec et à Tordre de saint Basile, qui Ta ania au travail, qui a donné la vigueur et la constance à cette àii langlemps vacillante, qui a fécondé la terre dans laqud Rulski a jeté la divine semence.

Maintenant que ces deux vies se sont déroulées tout entiers devant nos yeux, la dislance qui sépare les deux hommes ei plus facile à saisir. Rutski, homme du devoir, travaille jusqnl l épuisement de sa vie. Aucun danger ne l'effraie, et unepi9 leclion miraculeuse a souvent couvert ses jours. Dans ni bourgade de Wolhynie, une hache, lancée contre lui, passa deux doigts de sa tête et vint briser une tige de fer de son ctf-

1* V, Susza, 1. c. p 310. — Kulczynski, Specim. Ecc.Rulh, p. 3H. %, Cette parole est souvent répétée par les auteurs uolates, Rulczrns^ cjtltc autres.

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