‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 3 sur 316 · Act. Commiss. Apost. Deposit. Mich. Tyszkiewicz · texte numérisé non relu

Act. Commiss. Apost. Deposit. Mich. Tyszkiewicz

2. Sueza, Curs. vit, p. 58 et 59. — Smoirisc. vit. p. 23. — Act. Commiss. Apost. Deposit. D. Achremowicz, n. 5. — Lecikowicz, n. 6.

3. (C A Polock, il arriva, par la gr&ce de Dieu et les soins du saint évèque de cette ville, que les choses y vinrent en peu de temps à une telle perfection intérieure et extérieure, que rien n'y manquait, et que tous bénissaient unanimement le Seigneur de leur avoir envoyé un pareil évêque. Les églises étaient pleines, le clergé bien ordonné, les bénéfices ecclésiastiques recouvrés ; dans la cathédrale, on voyait la propreté et la richesse avec une grande régularité dans le service divin. La paix était grande ; il n'y avait pas, comme ici à Vilna, de diversité dans les esprits : tous ne

CHAP. I. — HÉLÉTIUS SMOTRYCKI SOULÈVE LE DIOCÈSE DE POLOCK 7

Les envoyés de Smotrycki eurent bientôt troublé cette heureuse harmonie. Leurs succès furent si rapides qu on a peine à les expliquer. Ces agents parlaient sans doute à des néophytes mal affermis dans la foi, très ignorants pour la plupart, encore remplis de préjugés contre les Latins et TUnion. Ils avaient de plus pour auxiliaire ce sentiment de crainte et de docilité instinctive, que la voix du plus fort impose toujours aux populations ruthènes, façonnées depuis des siècles à la servitude, surtout aux confins de la Moscovie. Les schismatiques, appuyés sur les Zaporogues, les Turcs, les Moscovites, semblaient en mesure de dicter des lois à la Pologne. C'en était assez pour donner à leur parole un immense crédit. Cependant, pour comprendre comment une poignée d'hommes inconnus et méprisés put renverser en quelques jours un travail qui avait demandé trois années d'efforts à un archevêque révéré de tous comme un saint, il faut s'élever à des considérations plus hautes.

Dans la vie des hommes qui travaillent à l'œuvre de Dieu, dans la vie des saints en particulier, il y a presque toujours une heure livrée à la puissance des ténèbres. Dieu semble abandonner les siens et permet que toutes leurs œuvres soient anéanties en un clin d'œil, pour éprouver la vertu de ses serviteurs et leur préparer après ces cruelles vicissitudes un triomphe plus éclatant. Il laisse les difficultés s'amonceler autour d'eux; il les prive de tout secours humain; il veut qu'ils ne s'appuient que sur lui seul ; et quand ces hommes fidèles paraissent hors d'état de se relever, c'est alors qu'il leur tend la main et qu'il montre par des succès miraculeux la toutepuissance de sa grâce et la force qu'elle communique à ces vaillants athlètes. Cette heure de l'épreuve sonnait pour Josaphat. À la voix de Smotrycki et de ses agents, toutes les villes du diocèse s'agitèrent. A Mohylew, à Orsza, à Vitebsk, presque toute la population se rangea sous l'autorité de l'archevêque intrus. À Polock, le mouvement ne fut pas aussi général ; cependant la grande majorité des habitants prit part à la révolte.

Afin de créer un lien entre les schismatiques, de constater leur nombre et de rendre plus difficiles les retours à Tobéis-

^araissaient avoir qu'un cœur et qu'une âme. j» {La grande faute. Ecrit de Rutski cité par Szymanski, Observations sur la lettre de saint Josaphat à Léon Sapieha,)

sance de Josaphat, on eut dans cette ville l'idée de dresser une liste authentique de tous ceux qui se déclaraient pour Smotrycki. Pris comme de vertige, les bourgeois se disputaient lea rangs autour du bureau où Ton enregistrait leurs noms. On devait payer trois gros polonais au scribe. L'empressement devint tel que plusieurs de ces bourgeois, si parcimonieux d'ordinaire, offrirent deux et trois fois cette somme pour être inscrits des premiers. Ils prêtaient ensuite un serment d'obéissance à Smotrycki dans les formes les plus solennelles. En quelques jours, deux ou trois mille hommes au moins prirent ainsi rengagement de combattre un évéque qu'ils vénéraient la veille comme un saint; et, par une inconséquence inouïe, ils donnèrent leur foi à un inconnu représenté par des gens qui^ de l'aveu général, ne méritaient aucune confiance. Triste exemple de la pobilité, qui s'alliait d'une manière si étrange à Tentétement dans le caractère du peuple ruthène I

On répandait les plus étranges calomnies contre Josaphat, et elles étaient toutes accueillies sans distinction. On disait, par exemple, qu'il venait de rompre avec TËglise orientale pour se faire latin, et la multitude égarée s'en persuadait aussitôt, quoique la conduite et les sentiments bien connus de l'archevêque rendissent ces accusations absurdes. Pour convaincre les habitants de Vitebskque Josaphat avait apostasie, il sufQt de leur dire qu'il avail célébré la messe avec une aube latine dans une église de Varsovie. La preuve pariât péremptoire, et une foule d'insensés se jetèrent pour ce seul motif dans la révolte*.

En partant pour la capitale, Josaphat avait laissé à Polock le P. Gennadius Ghmielnicki, son confesseur. Efirayé de ces

1 Susza, Curs. vit. p. 58. — Act, Commiss. Apost, Deposit Joan. Gharminski, P. Gennadii, D. Achremowicz, Lecikowicz, etc. Morochov,Kt7. D. S. Josaph. — Un rescrit de Clément YIII, rendu sur la demande de Tévêque de Yilna en 1602, avait permis aux prêtres ruthènes de céléDrer la messe dans les églises, sur les autels et avec les vases et ornements sacrés des- Latins, en cas de nécessité ou même simplement par dévotion, pourvu quHl n'en résult&t aucun scandale et que la messe fût célébrée selon lerite gréco-slave. Les Latins étaient autorisés à célébrer dans les églisesruthènes de la même manière. Il est fort possible que Josaphat ait profité de cette permission durant son séjour à Varsovie. (V. Bull. Bened. XIV. Gonstitut. ImpositOf 1 april. 1751.)

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