‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 202 sur 316 · GHAPITRK U. — LES GUERRES COSAQUES · texte numérisé non relu

GHAPITRK U. — LES GUERRES COSAQUES

Durant plus de douze années, la Pologne fut tellement inondée d'ennemis que, dans un pays deux fois plus grand que la France, à peine pourrait-on trouver une seule ville qui n*ait pas été pillée ou incendiée par les troupes étrangères.

Si nous n'avions pas sous les yeux l'exemple de notre malheureuse patrie, nous oserions dire qu'aucune autre nation n'eût pu survivre à une épreuve, dont le peuple polonais sut sortir assez fort pour sauver encore la chrétienté. Dans ces jours de malheur, TAutriche seule fut pour sa voisine une amie et une alliée fidèle. Le secours efficace qu'elle porta à la Pologne par sa diplomatie encore plus que par ses armes lui valut une reconnaissance, dont Sobieski devait bientôt payer noblement la dette.

Il ne nous est pas possible de présenter même un tableau abrégé de cette époque si calamiteuse, malgré tout l'intérêt quUl pourrait offrir à un lecteur catholique et français. Nous n'entreprendrons pas non plus le récit détaillé des persécutions qu'eut à subir à ce moment l'Église uniate, et nous ne chercherons pas à compter ses innombrables martyrs ; mais nous devons suivre, à travers cette tourmente, quelques-uns des personnages que noas avons étudiés dans cette histoire. Nous devons surtout raconter les pérégrinations incessantes auxquelles une double invasion d'hérétiques et de schismatiques condamnèrent les reliques de notre saint martyr.

Est-il nécessaire de parler ici d'un préjugé, qui attribue Texplosion des guerres cosaques aux violences des évéques et des missionnaires uniates ? A entendre non seulement les écrivains russes et schismatiques, mais un grand nombre de Polonais, les Zaporogues ne se seraient soulevés que pour défendre leur foi opprimée. Rien n'est plus faux; et, pour être dans le vrai, il faut ojpposer à ces accusations des affirmations diamétralement opposées ^

Si toute rhistoire que nous venons de raconter ne suffisait pas pour démontrer la fausseté de ces accusations, nouspour-

i. Szaynocha, dont le remarquable ouvrage, intitulé Deux années de notre histoire (1646-1648), est le meilleur travail que Ton puisse lire sur la Cfuestion cosaque. Szaynocha a parfaitement su dire que l'Union n'avait pas été la cause du soulèvement de l'Ukraine. Son jugement a d'autant plus ÛB poids que, malgré son imimense érudition et son talent, cet historien n'est pas toujours libre de préjugés envers TEglise catholique.

rions nous borner à remarquer que la révolte cosaque éclata et prit des proportions formidables, précisément dans les provinces où l'Union, grâce à l'incurie ou au mauvais vouloir de la noblesse polonaise, n*a pu jamais prendre racine, c'est-àdire dans l'Ukraine, au delà et en deçà du Dnieper, ainsi qie dans la partie méridionale de la Wolhynie et de la Podolie. Tout au contraire, les provinces où elle était solidement cobstiluée, comme la Ruthénie-Blanche et la Lithuanie, quoique également peuplées de Ruthènes, ne fournirent pas de recni» à. Tarmée duZaporoze. Le fait est indubitable, et rargumeal sans réplique.

Quant aux véritables causes de la guerre, on les a déjàentr^ vues dans tout ce que nous avons dit des Zaporogues et delTkraine. Une horde de brigands ne peut vivre côte à côte a\ac une nation civilisée. Aucun autre Etat que la Pologne n'eèt consenti à subir un pareil voisinage ; surtout après les choo répétés des dernières années, une guerre décisive était inéritable, et elle devait avoir des proportions formidables, pani^ que les populations de l'Ukraine, toujours prêtes à suivre lei Zaporogues, avaient des injures à venger.

Nous avons peint ailleurs le caractère du pays de fronlièreet de seshabitants. Les fils des aventuriers intrépides et indiscipliaés, qui avaient peuplé cette contrée, avaient encore iouies les qualités et aussi tous les défauts de leurs pères. Intelligents, dursà la fatigue, méprisant la mort, ilsaimaient avecpassionii guerre et les aventures ; et toute sujétion, même la plus légitime, Leur était difficile à supporter. Or, un jougdeferpesaitsureoi

Les exemptions, qui avaient attiré les premiers colons dais ce pays, étaient périmées. L'Ukraine comptait très peu noblesse moyenne : cet immense territoire appartenait à quet ques grandes familles, aux Wisniowiecki, aux Koniecpolsid, auxKalinowski, auxPotocki, etc. Contrairement aux habitadi de La noblesse polonaise, ces magnats ne résidaient Jamaii dans le pays ; et, toujours besoigneux, à force de prodigaiit ils réclamaient le revenu de domaines dont les paysans avaiea joui presque seuls durant de longues années.

La perception de ces redevances et le gouvernement de vastes propriétés furent confiés à des intendants {attaman)ào\ le caractère dur et souvent féroce, comme celui des Cosaques, ne connaissait pas la condescendance. De plus, toute une aroiéf

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4e Juif» roola sur rUkraine. Tout ce qui pouvait donner un r^Temi leur fut affermé ; dans certains dontaines, les régisseurs aUèrent jusqu'à percevoir des taxes sur les église&,faisant payer aux habitants même le droit d*exercer les cérémonies de leur reUgion. Les écrivains de ce temps nous affirment que, pour obtenir d*un pop« fçree le baptême ou la sépulture, il fallait payer un Juif.

Inutile de dire que les intendants n'auraientpas voulu tolérer dans ce pays des prêtres uniates. Avec ceux-ci, de pareilles 6xacti<yn8 n'eussent pas été possibles. Le pope schismatique, au contraire, n'était qu'un paysan, souvent moins estimable et toujours aussi grossier que les malheureux dont il partageait le labeur et l'infortune ; avec lui, on pouvait tout oser. Précisément parce que r Union ne fut jamais établie en Ukraine, le paysan manqua dans cette contrée d'un appui et d'une défense, qui, dans le reste de la Pologne, rendait son sort plus tolérable. Partout ailleurs, le prêtre catholique, fût-il même un simple pope uniate, servait de trait d'union entre le paysan et le seigneur ; il adoucissait le meif tre et calmait la colère du serf. En Ukraine, le pope, comme lepaysan, ne pouvait que maudire le seigneur et désirer Theure de la vengeance.

L'aristocratie polonaise ne voulait pas voir que sa conduite envers les colons du pays de frontière amassait sur elle un trésor de colère. Dans les autres provinGes,le seigneur était connu de ses vassaux et protégé par le prestige de son nom, le souvenir de ses aïeux, l'ascendant de ses qualités personnelles. En Ukraine, on ne voyait que ses agents, toujours insatiables ; comment n'eùfc-il pas été voué avec eux à L'exécration ? Dan^ ae pays si vaste, si fertile, où tout était riant et respirait la liberté, un esclavage intolérable pesait sur des hommes habitiiés à une longue et complète indépendance.

Il ne faut pas l'oublier, en effet, ces paysans ukrainiens ^'étaient pas des serfs abrutis. Par goût et par nécessité, ils étaient tous soldats, et presque chaque année, ils avaient à l^vaver la mort pour résister aux Tartares. A côté d'eux étaient les Zaporogues, dont ils aimaient à partager les courses aveniureusesy et parmi lesquels ils trouvaient, au besoin, un asile assuré. N'était-ce pas une folie de soumettre une pareille population à la tyrannie des intendants et aux exactions des Juifs entrailles?

»A.»?ÎT JOSAPHAT. — T, ÏI. 25

SADÎT JOSAPHAT. — LIVRE VllI

Tôt OU tard, les paysans ukrainiens devaient demioi compte à la noblesse polonaise du joug qu'elle faisait peser eux ; et le ciel lui-môme avait à exercer un arriéré de t geance, pour les crimes commis envers ce peuple infortooé. plus grand de tous avait été Toubli complet de ses intérêts i rituels. Les colons, venus des pays riverains de la Vist étaient latins pour la plupart, à leur arrivée en Ukraine. K\ les avoir attirés sur leurs terres, les seigneurs ne se sonciè pas de leur donner des prêtres de leur rite, à la subsisli desquels il eût fallu pourvoir avec décence. Les noui venus furent contraints de fréquenter les églises ruthèa( de ne pratiquer aucune religion. Leurs enfants deviiu nécessairement schismatiques, comme tous les pays ak niens; et, bien entendu, en Ukraine encore moins que dai autres provinces de la Pologne, les propriétaires ne se pi cupèrent pas de les ramener à TUnion.

Sans en comprendre nettement toutes les causes, Lai las IV avait le pressentiment des dangers qui menaçaient ce côté la Pologne. En voyant l'inefiicacilé des mesures pri contre les Zaporogues, il voulut porter le remède à la rac même du mal. L'état anormal de l'Ukraine et l'existence Tétrange société formée dans les iles du Dnieper élaieo conséquence presque inévitable des continuelles incursions Tartares dans le pays de frontière. Il fallait donc porifl guerre jusqu'en Crimée, et en finir avec la horde qui y êl campée. Alors seulement l'Ukraine pourrait être paisible ses colons renonceraient d'eux-mêmes à leur vie d'avenli pour devenir d*honnôtes et paisibles laboureurs.

Ladislas IV concerta ce dessein avec l'hetman Koniecpols Il s'y prépara de longue main, fit alliance avec le tzar de Mi covie, s'assura le secours financier de la République de YeaB déjà l'armée était prête à marcher, lorsque Koniecpoi mourut. Potocki, qui lui succéda, reçut Tordre d'entrer campagne. Il refusa d'obéir, disant que, sanslapermissiot la Diète, on ne pouvait pas commencer une guerre agressif Force fut donc au roi de convoquer la Diète.

Plusieurs semaines s'écoulèrent dans les débats lesjii violents. Le roi n'était efficacement secondé que par le grai chancelier OssoUnski; cependant il tenait tête à toute la Di^ Alors la noblesse lui déclara que, s'il persistait dans ses projet

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