CHAPITRE II. — LES GUERRES COSAQUES
parvint h s'évader de nuit. Le prince Jérémie Wisniowiecki le rencontra fuyant à demi nu au milieu des ténèbres, et le fit conduire dans un domaine de Tévéché de Przemysl, en lui donnant une garde pour sa défense. La lutte continua entre les deux compétiteurs ; et, malgré son énergie, Krupecki perdit le plus grand nombre de ses églises.
La paix honteuse de Zborow ne pouvait durer. Au printemps de 1651, elle était déjà rompue. Le pape Innocent X envoya à Jean«Casimir une épée et un casque bénits, comme à un champion de TEglise romaine ; et, avant de se mettre en campagne, le roi voulut implorer lui-même le secours de la sainte Vierge dans le sanctuaire desUniates,à Zyrowice. Quelques semaines après, à la tète de 100,000 hommes, il culbutait les Cosaques et les Tartares à Beresteczko. Il voulait pousser jusque Kiew et «n finir avec la rébellion ; mais la noblesse ne voulut pas le «uivre, et cette campagne fut encore sans résultat décisif.
Les U niâtes eurent au moins le bonheur d'en retirer de sérieux profits. Avant la bataille, le roi avait fait apporter dans son camp, par Susza, une image miraculeuse de la sainte Vierge, vénérée depuis des siècles dans la cathédrale de Ghelm et reprise depuis peu auxschismatiques par le courageux admi- -oistrateur. Le succès de la journée dépa;9sa tellement toutes les espérances, qu'on crut à une intervention de la Mère de Dieu. Par reconnaissance, Jean-Casimir retira aux schismati* ques la concession des évéchés de Chelm et de Przemysl, et autorisa Susza et Krupecki à les revendiquer.
Susza parvint à recouvrer presque toutes les paroisses qui avaient appartenu avant lui à Terlecki. Krupecki fut moins heureux, parce qu'il eut affaire à des juges achetés par les schisniatiques;et il continua une lutte sans trêve contre Tévéque schismatique Winnicki *.
Dès 1652, la guerre recommença; Bogdan Cbmielnicki luimême ne pouvait plus contenir lesmilliers de paysans accourus autour de lui. Décidé à une lutte à outrance contre la Pologne, il offrit bientôt sa soumission et la possession de l'Ukraine entière au czar de Moscovie. Alexis, qui régnait alors, se rappelait que, sous Ladislas IV, il avait payé cher une agression
1. Susza, De laboribus Uniiorum, ap. Harasiewicz, Ann, EccL Ruth, p. 331.
39^ SAINT JOSAPHAT. -»- LIVRE Vm
Irop hardie contre la Pologne. Il hésita longtemps ; mais quai il Tit que Ton agissaiit si mollement contre les Cosaques, â entra en Pologne avec plusieurs corps d^armée, enlevant pusqu€ sans combat toutes les conquêtes de Stgismond lU^ et pnnant possession du cours de la Diesûa et du Dnieper. «Soi t< que personne le comprît alors, la face du monde était clian gée. Il y avait un grand empire de plus, et il allait peser à ^1 tout son poids sur l'Europe entière ^ . » Ladomination du Hk/d passait de la Pologne latine et catholique k laMoscovie grecqoe et schismatique.
Le premier signe de ce changement fut la ruine définitiit do rUnion à Smolensk et dans la contrée environnante. A rapproche des Moscovites, Tarchevèque fut contraint de s^enfoir; al lôs habitants, restés d'abord fidèles à l'Ëglise romaine, eédè> renl peu à peu sous la pression de leurs nouveaux matbres. Lei éléments de résistance manquaient à ce peuple façonné M Jfiug par de longues années de domination moscovite; et« dernière réunion à la Pologne avait été de trop courte diirfc pour qu'il se pénétrât d^un véritable esprit catholiqne. Us vastes provinces conquises sur la Mmsicovie par SigiômondB étaient perdues désormais pour l'Egliise.
Après la chute de Smolensk, Poloekfut bientôtmenacé. 1« habitants quittèrent la ville, et Gabriel Kolenda^coadjuteorl» Sielawa pour l'archevêché de Polotk, «e trouva chargé pw»que seul de la défense des reliques de saint Josaphat. Lestai" Icmporains de Kolenda ont été quelquefois «évères envers hâ; personne ne lui a cependant contesté Tactivilé «t un«trage qui alla parfois jusqu'à Thérolsnle; Il eût été de taîHei attendre de pied ferme Tarmée mo«cDVite ; mais il* dt^vait pas exposer à une pro(Unation certaine lès restes^aorii^ dont il était le gardien. Il fallut se décider à la fUite.
Le «otrps du martyr fut enlevé de la eathédrale^ ainsi que b châsse d'argent offerte par les Sapieha ; «t Ktrieiftda pwt^ emportant, avec ces deux précieux trésors, leB'autmsYetiqvif et les vases sacrés de son église. Il e^a pendant qaatorzeitf^ chargé de ce dépôt, à travers la Ruthénîe-Blanefeie etk l.ithuanie, changeant de station à chaque marche nouvefle'^ Tennemi, et échappant à des dangers, contre lesquels sofi