CHAPITRE II. — LES GUERRES COSAQUKS
dées toujours par des Grecs de Tancienne religion. Wyhowski devait créer parmi les siens une noblesse et organiser son territoire à rinstar de la Pologne. Quand on lut dans la curie ces conditions qui ouvraient la première assemblée de la nation aux bravi du Zaporoze et aux pâtres de l'Ukraine, Tombre du grand Zamoyskinese réveilla-t-élle pas pour s'écrier, comme autrefois, en tournant en dérision ces paysans ruthènes : « Mykita, Hrycko, Sachno, Maciek, de beaux sénateurs, en vérité * ! »
Ces étranges stipulations n'étaient, de la part des Polonais, qu'une humiliation et une folie ; mais les conditions qu'ils accordaient sur la religion étaient un crime. Non seulement on concédait l'exercice libre et public de l'ancienne religion grecque, c'est-à-dire du culte schismatique, partout où la langue ruthène étaitparlée, avec droitàla même protection que le culte catholique latin ;maison promettait aux orthodoxes la restitution, dans les six mois, de toutes les églises et bénéfices ayant appartenu autrefois à l'ancienne religion grecque, a Quant à « cette foi^ disait la convention, qui est contraire à la foi greca que orthodoxe, et qui augmente les discordes entre la nation « romaine et la nation grecque ancienne, personne ne pourra « jamais ériger ou accroître en sa faveur ni églises, ni monas- « ières, ni fondations en quelque manière que ce soit. »
Les schismatiques devaient être admis aux magistratures dans toutes les villes. Enfin l'académie de Kiew recevait tous les privilèges de l'Université de Cracovie ; toutes les autres écoles de l'Ukraine devaient être supprimées, et une seconde académie serait fondée pour les Grecs de l'ancienne foi, dans le grand-duché de Lithuanie. Enfin la liberté complète leur était accordée pour fonder des collèges et des imprimeries, publier et répandre leurs livres de controverse *.Onnepouvait stipuler plus brutalement la ruine complète de FËglise uniate, ni pren-
1. Dès le temps de Zamoyski, les bandits de l'Ukraine avaient leurs fimiratcurs et leurs apologistes; on voulait les transformer en héros. ^ imoyski répondait que les hommes vraiment dévoués à la patrie et ^ Ides de gloire n'allaient pas combattre dans le Zaporoze, mais dans J .Tinée de la république, sous les yeux de ses généraux et des gentil 9- . 3inmes, dignes juges des grandes actions.
2. Theiner, ^onum. Polon. t. 111, p. 542, Encore ces conditions avait^nt M é an peu adoucies; la première rédaction était plus dure.
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dre de meilleures précautions pour rendre sa restauralioit
La discussion de ce traité fut longue, et les ITniates connurefit longtemps à Tayance le sort qui leur était réserré. La principale sollicitude de TËglise ruthène pesait alors sur rarchevèqQe de Polock, Gabriel Kolenda. Le imétropolite Sielawa lai avait remis en mourant le soin de son troupeau. Le roi refasait, il est vrai, de ratifier cette élection et de nommer Kolenda aa siège de Kiew, parce qu'il voulait s'assurer plus de liberté dans ses transactions avec les Cosaques ; mais il avait consenti à le nommer administrateur du temporel de TËglise méiropcditaine. L'autorité de Kolenda était précaire et peu respectée; cependant c*était à lui de pourvoir au salut de tout le peuple. Après avoir erré longtemps de province en province, toujours chargé de son précieux fardeau de reliques et de joyaux sacrés, il venait de trouver enfin un asile à Suprasl. Le castellan de Yilna, Chodkiewicz, l'avait pourvu de cette archimandrie, qui était hors delà portée des invasions moscovites. Le diocèse de Polock était entièrement au pouvoirde l'ennemi, et des éréques schismatiques s'étaient emparés des cathédrales rebâties par saint Josaphat.
Vilna et presque tout le diocèse métropolitain étaient également fermés à Kolenda: leczar avait chassé les prêtres anlates de la capitale de la Lîthuanîe, en les menaçant de mort, s'ils essayaient d'y rentrer, et les bourgeois avaient été contraints à recevoir des popes schismatiques, sous la menace de l'exil et de la confiscation. A Grodno, k Nowogrodek, dans tous les lieux oè les troupes moscovites mettaient le pied, la persécution devenait aussitôt flagrante ^
Le monastère de Suprasl, abri momentané de Kolenda et des reliques de saint Josaphat, devint le centre du gouvernemeal et de la vie de l'Église ruthène. Les évêques uniates s'y réuni* rent autour du prélat qu'ils regardaient comme leur chef, et ta pied de Tautel où le martyr de l'Union trouvait un instant * repos. Leurs anxiétés étaient grandes, et ils ne voyaient pr»que aucun remède à leur situation désespérée. Leur unique appui était le pape Alexandre Vil, et ils lui écrivirent plusieus
i. Theiner, Monuments de Russie, p. 34. Lettre de J. Susxa au Pape, du 14 juin 1658.
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lettres i>our implorer son in terveiitiOD «après du roi et du czar de Moscovte. Ces suppliques étaieni signées par Tarcfaevéque de Polock Koknda et les évèques de Chelm et de Przeniysl, Susza et Ghmielewski ; radministrateur de Pinsk et Tévéque de Wiodimir n'avaieul pu quitter leurs diocèses pour venir t Suprasl. Afin d*6ter aux malheureux Uniates jusqu'à la dernière étincelle d'espérance^ le bruit courait que le czar de Moscovi« négociait avec le roi pour s'assftrer la succession au tri^ne de Pologne*.
Le Souverain Pontife écrivit à Jean-Gasimir et lui reprocha
avec une liberté vraiment apostolique de sacrifier les droits
de TËglise et des milliers d'Âmes aux nécessités de la politique.
« Vous devez penser sérieusement, notre très cher fils, que le
« meilleur moyen de perdre et de renverser les empires, c'est
« de provoquer la colère du Tout-Puissant, qui donne et retire
tf à son gré les couronnes. Vous ne pouvez pas oublier par quel
« prodige de miséricorde et de prospérité il est venu à votre
« secours, lorsque vos affaires étaient désespérées. Vous êtes
» tenu de répondre à ces faveurs par une reconnaissance toute
« spéciale. Votre piété bien connue nous promet que vous
« remplirez toujours ce devoir avec éclat et fidélité. Mais si quel-
«r que chose venait, ce qu'à Dieu ne plaise, à être décidé contrai-
d rement à cette obligation, votre devoir serait d'en empêcher
» rexécution, de peur que Dieu ne finisse par s'irriter ; et nous
« le disons malgré nous, de peur qu*il ne laisse périr ceux qui
« sortent de la voie de la justice. » Un autre bref non moins
vigoureux fut adressé à la Diète, tandis que les évéques uniates
recevaient une lettre de consolation ^. Une protestation des
sénateurs ecclésiastiques du rite latin suffit pour renverser les
espérances du Moscovite sur la couronne de la Pologne ; mais
aucune opposition ne put empêcher la ratification du traité
d'Hodziacz parla Diète.
Cette convention sacrilège fut jurée avec une solennité inaccoutumée, le 22 mai 1659, parle roi, les grands officiers de la couronne et tous les principaux seigneurs du royaume. Jamais on n^avait employé de pareilles formes pour les traités conclus avec les plus grands potentats de l'Europe ; mais les Cosaques
i. Theiner, Monum. de Russie, p. 33-35, et Monum. Polon.i. III, p. 331. 2. Ibid. Monum, Polon. t. III, p. 535-538. Brefs des 13 et 14 sept lôSSi
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s'étaient montrés exigeants, et ils étaient venus en si grand nombre à Varsovie, qu'ils avaient tenu pour ainsi dire laDièle sous la terreur. Le nonce apostolique Pierre Vidoni, Kolenda el les autres évêques uniates avaient uni leurs efforts pour empêcher cette iniquité ; mais, comme l'écrivait Tarchevêque de Polock au Pape, « nous avons, hélas! travaillé toute la nuil Bans rien prendre ».
Les évéques latins eux-mêmes n^avaient pas eu le courage d'opposer une résistance déclarée aux exigences de» Cosaques. « Ceux-ci ne voulaient pas reculer d'une ligne, et menaçaiefll « de la guerre, si on ne leur accordait pas tout ce qu'ils aTaieni « commencé d'extorquer. Les catholiques eux-mêmes ét;i' € convaincus que la république ne pouvait leur leoir tête. c que, si, au moment où tant de gens menaçaient la PologQe^ « on provoquait encore la fureur des Cosaques, au devait néCï^^ « sairement succomber. » Les évêques latins courbèreat la tête et essayèrent de mettre leur honneur à couvert par tme dec«^ protestations stériles, qui aidaient tant de consciences k laiâSrf passer l'iniquité *.
Des hommes k courte vue s'imaginaient qu'eu souscrivant ce traité, ils unissaient à la Pologne un nouveau peuple; et ïli voyaient déjà le pacte d'Uadziacz inscrit dans Thistoire & càb: de celui d'Horodlo, qui avait cimenté Talliance rralernelie de* Polonais et les Lithuaniens ; mais des Cosaques indiscipliDLS. de? paysans fugitifs, des brigands comme ceux du Zapnr : des gentilshommes coureurs d'aventures, toute celte écii.Tit de !a société polonaise qui couvrait l'Ukraine, n'était pas uc peuple.
Il eût été souhaitable que l'élément ruthène, complëtemeDi 1 effacé par l'élément latin, en Lithuanie comme en Pologoe, eût sa place dans l'organisation politique de la uaLioa, avec son caractère et sa vie propre ; mais il était déjà trop lani pour réaliser une réforme, qui eût peut-être été possible cii quante ans plus tût. Ce nom antique et vénérable de Qatian ruthène, usurpé parles Ukrainiens, n'était plus qu uo souve* nir et qu*un mot. Les débris de la nation ruthène, broyée p»r les invasions tartares, s'étaient dissous peu à peu sous IV* tion lente, mais irrésistible, de la civilisation polonaise. La
i.Theiner, Monum. Polon. t. III, p. 542-548.