CHAPITRE II. — LES GUERRES COSAQUES
et se doùnèrent à la Turquie. Le sultan Mohamed IV se préparait à conquérir la Ruthénie ; pour être en mesure de lutter contre ce nouvel ennemi, la Pologne consentit à signer une trêve de treize ans avec la Moscovie k Andruszow (1667).
Le czar rendit la Livonie, Polock et la plus grande partie de la Ruthénie-Blanche ; mais, comme équivalent des subsides qu'il promettait pour la guerre contrôles infidèles, il resta en possession de Smolensk, de la Siévérie et delà rive gauche du Dnieper. Des deux palatinats cosaques, celui de Czernikow passait sous la domination moscovite, et celui de Kiew restait à la Pologne. Le Zaporoze était reconnu comme dépendant également des deux puissances.
Les provinces cédées à la Moscovie, môme celles de Czernikow et de Smolensk, n'étaient pas à proprement parler polonaises, et cette paix eût été plus humiliante que vraiment préjudiciable, si elle n'avait pas été la première étape delà marche envahissante de la Moscovie contre la Pologne et TEurope. Le czar préparait déjà ses futures conquêtes. Maître de la rive gauche du Dnieper, Alexis demanda une petite enclave sur la rive droite, restée polonaise, la seule ville de Kiew avec ua simple cordon de terre à l'entour. Il promettait de ne la retenir que deux ans, à titre de dépôt, afin d'être en mesure de surveiller les Cosaques et les Tartares de Crimée. Les Polonais cédèrent. Les vieux édifices et les ruines qui couvraient les collines de Kiew étaient peu de chose à leurs yeux. Ils n'ignoraient pas, sans doute, que ces débris de l'ancienne capitale des Wladimir et des Jaroslaw parlaient aux cœurs des paysans ruthènes comme ceux de Rome et de Jérusalem aux autres chrétiens ; mais les préoccupations des hommes d'Etat de Varsovie étaient ailleurs ; et les sentiments du peuple ruthène n'ont malheureusement jamais pesé dans la balance de leur politique Le Moscovite était plus sage. Il savait que le seul levier avec lequel on soulevait la population ruthène , non seulement en Ukraine, mais jusqu'à Polock et au fond de la Lithuanie, était le sentiment religieux, et que le point d appui sur lequel reposait cette machine puissante avait été lonj;teinps à Kiew, et n'était pas encore définitivement fixé à Rome, au moins pour une grande partie de la nation.
En recevant, des mains confiantes de la Pologne, la ville sainte des Ruthènes, il se promit de ne la restituer jamais, et
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it fui fidèle à cette résolutioa. Les Zaporogues et le iiMr»p&liie schismatîque, rarmée du schisme et le chef qûritael è loue les Ruthèoes rebelles à rUnion étaient désormais sont main du czar de Moscovie.
Rappelons ici quelques dates. En 1595, rUaiou de Bnesc eoDclue, mais les menées du priace Ostrogski arrêtent t mouvemealde retour à Tunité catholique daas la Botkf méridionale. En 1616, Rutskiet saint Josaphat apparaissent Kiew, comme des envoyés de salut ; mais leur voix hi entendue que par un petit nombre de fidèles, eâ le sang des martyrs ne parvient pas à féconder cette terre ingrate. U 1620, au contraire, le patriarche Théophane est accueilli M transport et rétablit la métropole schismatique.
Dix ans aprèa, Pierre Mohyla donne à cet édifice des solides, s'empare de Téglise cathédrale de Sainte-Sophie, eltt reconnaître par le gouvernement polonais Tœavre de Tb» phane. En 1667, Kiew, devenu pour toujours la place d'i du schisme ruthéno-grec, échappe à. la Pologne et passe mainsdes Moscovites. Tous ces événements découlent, pour ais dire, les uns des autres, comme les conséquences d'un principe, et on entrevoit déjà la dernière conclusion : la sep ration violente de Télément ruthèûe et de l'élément foVant consommée de nos jours par les petits-fils du czar Âleii avec Taide des successeurs de Pierre Mohyla.
CBAPITRB m.
LA buthAnib pacifié b.
fidélité des Uniates à l'Egtise et à la Pologne durant rinvasion. ~ Mau vais traitements qolls ont à subir, de la part des Latins. — Dissensions poorleehoix du métropolite et du proto^rchimandrite desBaûiiens. — Les Uniaies poufsuivis auprès dii Saint^iège. •— L'é^éqne de Chelm, Jacques Sosea, se rend A Rome pour plaider la caiMe de ses frères (1663],— Son rapport sur les travaux des Uniates. — Instances nouvelles pour la canonisation du bienheureux Josaphat. — Susza publie la Vie du saint martyr et celle de Mélétius Smotrycki. — Le métropolite Kolenda à Suprasl. ~ Son énergie pour la défense du palrimoine de ce monastëce. — 11 part pour ramener les reliques de Joeaphat à Polock. -^ Triomphe décerné au saint martyr par Vîlna. — Arrivée des saintes reliques à Polock. — Dernières et inutiles instances pour la canonisation. — Michel Korybut Wisniowiecki, roi de Pologne (1669-1613). — Ses favorablea dispositions pour TCnion. -^ La fête du bienheureux Josaphat célébrée a^ec dolenaité à la Diète da couronnement, — Vigila.nce de KLolenda pour déjouer les tentatives des schismaftiques. — - Le roi et la Diète font une fondation à la cathédrale de Polock, en Thonneur de Josaphat. — Jean III Sobieski, roi de Pologne (1674-1696). — Son ardent désir de mettre fin au schisme rothène. — L'évèque schismatique de Léopol, Joseph SlunUanski, se réconcilie secrètement avec TEglise romaine (1617). — Il travaille à ramener scm troupeau à TUnion. — Ck>lloque de Lublin (1680). — Sobieski nomme Innocent Winnicki évoque schismatique de Przemysl, et, d'accord avec lui, détruit le schisme dans ce diocèse (1681-1691). — Abjuration de Févèque schismatique de Lock, Denis Zabokrzycki. -^ L'Ukraine pacifiée et bientôt presque entièrement conquise par les apôtres de l'Union. — Publication d'un nouveau recueil des nûracles de S. Josaphat. — La fête du saint martyr transférée au 26 septembre. — Jean Sobieski confirme la fondation faite par Michel Korybut d'un monastère établi à Vitebsk sur le lieu du martyre de Josaphat.
La guerre n'étail pas encore finie, que déjà on iraTaillait à relever les ruines dont elle avait jonché le sol. Toutes les institutions avaient souffert ; aucune cependant n'avait été atteinte
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comme TEglise uniate. t Pas un évéché, pas une église, p« (c un monastère, écrivait Susza en 1664, n'a été laissé îdMI « par les Cosaques et les Moscovites. Les cathédrales ont éli « incendiées, les demeures des évoques détruites, les vil]agri « ravagés par le fer et le feu, les paysans des domaines i (( TEgiise traînés en captivité, les trésors pillés, les moi <t tères brûlés ; beaucoup de prêtres, tant séculiers que régi « liers, et même des laïques, ont été blessés, dépouillés, ri « à mort, uniquement par haine de l'Union ; d'autres ont « combé aux mauvais traitements que Tennemi leur tùsi <i subir. Nous connaissons plus de cent prêtres séculiers f « ont péri dans divers tourments pour la foi, et cepeDibi « nous ne pouvons pas encore compter toutes les victimai « plusieurs provinces étant encore aux mains de l'enneÉ (( Nous savons du moins exactement combien de moines oi « tes ont péri, les uns fusillés, les autres décapités, brûlés (( soumis à d'autres tortures, pour la sainte Union. Nous c comptons quarante ^ »
L'Eglise uniate avait porté le poids principal de la per$éd tion durant les guerres cosaques et moscovites, et, coafl toujours, elle avait été lâchement abandonnée par les Latitf « On a vu, disait encore Susza, tout Tenfer armé contre « durant cette tourmente. Pendant ces dix-sept ano^ « durant ces diètes sans nombre, qu'a-t-on fait autre cl tt sinon détruire TUnion ? Quels décrets n'a-t-on pas porl « contre nous? Fut-il jamais abandon plus complet q« « nôtre, lorsque les comices du royaume, le roi, les sénalert « la République s'engageaient par serment à noas li a comme une proie aux schismaliques ? »
Cette Église si éprouvée pouvait être fière de la fidélité ses évêques. A peine échappés au fer des persécuteurs, trouvaient dans les diètes de nouvelles embûches el i ennemis plus dangereux parfois que les Cosaques et I Moscovites. On essaya de les faire passer au rite latin; piris' leur fit entendre qu'ils devaient renoncer k leurs bénéfices quitter la Pologne, pour assurer la paix. Tout expédient sfl blait bon pour en finir avec l'Union. Les évêques répondirtl qu'ils étaient prêts à céder tous leurs biens à la RépubBî*
1. Susza» De laborib. Unit. ap. Hnrasiewicz, Ann. Ecc. Ruth.. p.