‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 215 sur 316 · CHAPITRE III. — LA RUTHÉMIB PACIFIÉE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LA RUTHÉMIB PACIFIÉE

mais quMIs ne voulaient ni ne pouvaient quitter leur patrie et abandonner, les âmes confiées à leurs soins. « Nous nous « résoudrons sans peine, disaient-ils, à mendier notre pain » toute notre vie, pourvu que nous servions nos brebis. »

Les prêtres et le peuple avaient été dignes de leurs évéques. On vit, durant cette tempête^ d'affreux scandales dans le clergé latin : des religieux et des chanoines s'étaient faits luthériens pour plaire aux Suédois, ou schismatiques grecs pour gagner la faveur des Moscovites. Quelques-uns avaient pris femme et persistaient dans leur apostasie. Pas un moine un la te ne faillit à son devoir ; et lorsque tant d 'évéques et de seigneurs venaient se soumettre à Charles-Gustave et à Rakoczy, ou achetaient d'humiliants saufs-conduits des Cosaques, pas im prélat uniate, pas un Basilien ne manqua à la fidélité due à son roi et ne transigea avec les ennemis de la Pologne ^ Dès que la victoire eut débarrassé la Ruthénie de ses envahisseurs, les apôtres de TUnion se remirent à Tœuvre avec Tardeur que donnent des forces retrempées dans la lutte. Les évéques recommencèrent la visite de leurs diocèses, réunireat des synodes, relevèrent les églises détruites, et entreprireat la revendication des bénéfices qu'on leur avait enlevés. Les Basiliens mettaient la main, de leur côté, au rétablissement de leurs monastères ; les popes reprenaient leurs travaux dans leurs paroisses, et les fidèles approchaient des sacrements avec un empressement inaccoutumé '. Tous les membres de ce corps meurtri donnaient des signes de vie, au moment où on le croyait écrasé sous les coups. Malheureusement cet organisme péchait encore par la tète.

Gabriel Kolenda n'avait que le titre précaire d'administrateur de la métropole, et son autorité était ouvertement contestée par les Basiliens. Le vieux métropolite Sielawa l'avait désigné pour son successeur, sans consulter les supérieurs de la congrégation basilienne, malgré les conventions passées autrefois par Rutski. Afin de maintenir leurs privilèges, les Basiliens traversaient les démarches que Kolenda faisait pour obtenir de Rome la dignité métropolitaine ; et la vacance dii siège de Kiew i e prolongeait au détriment des âmes.

l. Susza,/. ci^,pag.339, 341.

414 SAUTT JOSAFHAT. *-* LITRB vm

Cette diviston ea aouena unemnitre, non moiM fosMie, m sein de la congrégation basilienne elte-mésM. Qaand il M question de choisir un proto-archimandrite, les moines se dîfisèrent en deux factions riTale^ Chacune d'elles convoqua a ^ chapitre génétdi et élut un prolo-arehimandrite, Koleiidaet Tévéque de Chelm, Suszh, furent investis en même temps de cette dignité, et ni l'un ni Tautre n'eut a«aeK d'anlorité pov rétablir la paix dans les cloîtres ratbènes. I Les catholî<{ue8 latins proOtèrent de cea dimensions pour ac«

I tiver la guerre contre TUnion. Des évéques s'adressèrent m

i Saint-Siège pour obtenir la suppression de tous les sièges épit-

f copaux du rite grec qui existaient en Pologne. La juridictÎM

, sur le clergé et les fidèles uniates devait être attribuée tax

ordinaires latins du territoire sur lequel ils vivaient, en aitei* danl qu'il fût possible d'établir pctrtout l'unité de rite. , Mf^nâcés d'une sorte d'exauctoration juridique , contre

1^ laqui^tle toute protestation eût été inutile, les évoques uniates '

* résolurent d'envoyer à Borne un mandataire, pour défende j

f leurs intérêts et hâter la fin des dissensions qui affligeaieat

rï\ï?li&e rutbène. Leur choix porta sur l'évéque de CheiiB, I Jacques Susza, qui partit dans l'été de 1663 * .

I Sri mission eut un succès complet. Kolenda n'était pas u

I tiemrne irréprochable, mais ses qualités l'emportaient sur ses ' défauts et le dévouement dont il avait fait preuve durant k

II guerre, méritait une récompense. Le Saint-Siège lui accorda euljn La dignité métropolitaine et lui permit de conserv» TEgUsede Polock, à cause de l'exiguïté des revenus de celle de Kiew (1664). Kolenda, de son côté, s^engagea, visrÂ-vis de is conj^^régation basilienne, à observer les règlements faits par Hut^ki pour le choix des évéques, et en particulier du coadjuleur de la métropole (23 août 1665).

Le Pape employa également son autorité pour ramener la paix parmi les Basiliens. Mais divers obstacles arrêtèrent l'accfiui plissement de ses ordres jusqu'en 1667. Alors un chapitre gL ueral fut assemblé à Brzesc par le nonce Antoine Pignatelli,

\ . Siyme.nsk\ a inséré dans sa collection manuscrite (t. II, p. 130) le passeport délivré par Jean- Casimir à Susza, au moment de son déptK pour riome, le 16 août 1663. L'évéque de Chelm y est quaUfié de « vir nti * naUUum splendore, ita sanctimonia vit» clarissimus ».

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depuis Innocent XII ; et une élection régalière mit fin à ces querelles déplorables. Le métropolite Kolenda fat élu protoarchimandrite. Il accorda en retour à la congélation la garaiktie de ses privilèges et s'engagea à ne pas se choisir de coadjutear sans la consulter. A ces conditions, tous les supérieurs acceptèrent son autorité '.

Susza dut réfuter, pendant son séjour à Rome, des calom* niateurs, qui avaient nié les services rendus par elle à l'Eglise. Il composa dans ce dessein un long mémoire sur « les « travaux des Uniates, la naissance, le développement de « rUnion et la protection divine accordée à cette œuvre dès c son commencement jusqu*à Tannée 1664 ». €ette pièce est le plus remarquable monument de Phisloire de TUnion durant ses soixante-neuf premières années. Susza dessine d'abord à grands traits la carte de la Ruthénie uniate, puis il trace rapidement le portrait des métropolites Pociey et Rutski, et des évéques qui ont travaillé sous leur conduite. En quelques pages, il résume leurs travaux avec la précision d'un témoin oculaire. Toutes les traditions étaient encore vivantes & l'époque de Susza, et s*il n'avait pas connu les premiers apôtres de rUnion, il avait vécu avec leurs compagnons, et aucun détail de leur histoire ne lui était caché. La première partie de son mémoire s'arrête à la guerre cosaque.

L'état de TEglise uniate depuis cette tourmente fait l'objet d'une seconde partie ; mais Tévèque de Ghelm n'y avait pas réuni tous ses souvenirs. Il avait Tintention d^écrire une histoire complète de cette persécution, dont il avait été le témoin et la victime. Ce travail, s'il a été exécuté, n'a pas encore vu le jour. Le mémoire de Susza était une réfutation de toutes les calomnies inventées par les Latins. Bien loin de prêter son autorité k l'exécution de leurs projets de destruction, Alexandre VII se déclara de nouveau le protecteur zélé de l'Eglise ruthène; et nous l'entendrons réclamer énergiquement , en 1667, la restitution de Tévêché de Przemysl aux Uniates '.

4 . Alexandre VU rendit deux brefs à cette occasion, le 8 mai 1665 et le 4 juin 1666. Nous avons trouYé ces pièces et les engagements pris par BLolenda yis-à-yis de la congrégation basUienne, dans le manuscrit de Lféopol, tant de fois cité.

2, Theiner, Monum Polon. t. 111, p. 560. Le rapport de Sosia, De labo^

Tous les intérêts de TEglise rulhèae avaient élé coûtiès n dévouement de Susza. Au nombre des plus sacrés était ta ca:^:*' nisation du bienheureux Josaphat. Les évéques uoiaLes dV valent pas cessé de demander cette faveur au Saiût-Siègp; mais elle leur paraissait plus opportune que jamais, dans ui moment où leurs églises avaient besoin de secours puissante pour sortir de leurs ruines. Le roi et la république, recDcniii sants de la victoire que le martyr de l'Union leur avait cll«nue, joignaient leurs instances officielles à celles des érép^^ uniates, et aux yeux même de Jean-Casimir, te principal objet de la mission de Susza était de hâter la canonisatiuD 'k Josaphat \

Plus de quarante ans s'étaient écoulés depuis la matïk l'archevêque de Polock, et Rome ne le conaaîs^it pliif comme autrefois. Pour raviver le souvenir du héros di rUnion, Susza se fit son biographe. Eu 1GG5, il fit paraJliL Rome un ouvrage intitulé la Vie et le combat du Bknheurm martyr Josaphat Kuncevicz^' archevêque de Polock^ de lOrérr de Saint' Basile-le-Grand^. Ce livre était le fruit d'un inxù consciencieux sur les actes du procès de 16^7, les relatiojis é* la Propagande et des auditeurs de Rote, et les divcrsa biographies de Josaphat déjà composées par le P. Kosinski> métropolite Rutski, sous le nom de Morochowgkij elAuDtoin^ Gerardi. L'écrivain n*a pas eu le talent de faire ressorlir ]er6l( elle caractère de son héros; son style prétentieux et moaotov fatigue le lecteur et nuit à Tintérét du récit; néanmoins s» ouvrage est d'un prix inestimable ; et, hors de la Polo^e saint Josaphat n'a pu être connu jusqu'à nos Jours que pv cette biographie. L'étude même des sources d'après lesqueJk Susza a travaillé ne dispense pas toujours d'étudier soq liTtt On y retrouve en effet, çà et là, des détails transmis par fa ut-

ribas Unitorunij se trouve, on le saU, dans HarasiewicZj AnnaU^ EçcUff Hvthenicaey p. 298-349.

1. V. les Litterœ passas romani, déUvrées par Jean-Casimir i lo^ 4vant son départ, ap. Szymanski, t. II, p. 120.

%. Cursus vilœ et certamen martyrii B. Josaphat Kttnvewkii, archter* copl PolocensiSf episcopi Vitepscensis et Mscislaviemix, ordinis ù. B^^ Magni, calamo Jacobi Susza, episcopi Chelmensis cl Uelfensi» cuiu S. R t uniti, ejusdem ordinis adumbratum Romœ, ex typographie Vtrtt^ MDCLXV. — Le R. P. Martinov a réédité cet ouvrage f n ISfiji

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