‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 218 sur 316 · CHAPITRE m. — LA RUTHftNIE PAGIFIÊB · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — LA RUTHftNIE PAGIFIÊB

i*helman de Lithaanie. Ceux-ci opposèrent la même résistance. « Ce ne sont pas des chevaux, s'écria alors le peuple, ce sont « des hommes qui doivent traîner le char. » Cent bras saisissent les traits, malgré la résistance du métropolite; nobles, bourgeois, paysans, tous y mettent la main ; et le char s'ébranle au milieu des cris enthousiaste» du peuple. Les grands officiers et les seigneurs les plus distingués de la Lithuanie rentourent et soutiennent les coins d'un poéie de pourpre brodé d'or, qui courre la châsse de saint Josaphat et retombe jusqu'à terre.

Le martyr de l'Union ruthène fut ainsi conduit trion^phalement à travers les rues de la ville. Les églises, les édifices publics, jusqu'aux moindres maisons, avaient été décorés avec un goût ingénieux. Les schismatiques eux-mêmes furent contraints de s'associer k la fête. Quand la procession passa près de leur église du Saint-Esprit, le peuple les força k sonner leurs cloches ; et les dernières salves d'artillerie. Urées eç l'honneur du saint martyr, partirent de leur cimetière, où des canons étaient disposés en batterie.

A la porte de l'église de la Sainte-Trinité, les évêques, les archimandrites et les principaux seigneurs reçurent la châsse sur leurs épaules ; et Josaphat rentra, porté par les princes de r£glise ^t du siècle, dans ce sanctuaire à l'ombre duquel il avait vécu si longtemps, pauvre et délaissé. Le corps du saint martyr resta pendant quinze jours exposé à la vénération des fidèles dans Téglise de la Sainte-Trinité. Chaque matin, la messe était célébrée solennellement devant ces restes sacrés, tantôt par les moines basiliens, tantôt par le chapitre cathédral ou par des religieux de la ville. Les orateurs les plus en renom dans la contrée vinrent tour à tour prêcher le panégyrique du Saint; et l'enthousiasme que ces fêtes pompeuses inspirèrent aux contemporains, éclate encore dans les nombreuses relations qii!ils nous en ont laissées.

Pour refroidir cet élan général de piété, les schismatiques répandaient de méchantes insinuations. « Cette châsse d'arc gent, disaient-ils, a plus de valeur que ce qu'elle contient. -« Le corps de Josaphat n'y est plus. On l'a remplacé par des « pierres; et s'il en reste quelque chose, ce sont des débris m informes, rongés par la corruption et les vers. » Pour répondre à ces calomnies, Kolenda fit ouvrir publiquement la châsse ïe dimanche qui suivit l'entrée solennelle. Tout le peuple de

4^2 SAINT JOSAPBAT. — LIVRB Vin

Vilna put voir le corps de saint Josaphat revêtu de ses ornements pontificaux, intact et sans corruption. Le visage n*avaît rien perdu de sa gravité et de sa douceur ; la plaie da front étak encore béante ; et la main toujours flexible s'ouvrait sans efforti pour recevoir les baisers des fidèles, et toucher les objets de piété qu on lui présentait. Un Basilienmonta en chaire et apostrophant les schismatiques avec ces paroles du Sauveur : « Toiu chez et voyez, car c'est moi * », il leur montra que la minculeuse conservation de ces reliques saintes déjouait tous leurs calculs, et prouvait combien leur révolte contre rÉgii» était insensée et impie. Le corps de Josaphat resta exp<^ durant une semaine entière à la vénération des fidèles. D» guéri sons et des conversions miraculeuses montrèrent dans ces jours la puissance du saint martyr ; on vit même un enfant mort ressusciter.

Fendant que l'église de la Sainte-Trinité était le théâtre de ces prodiges, les supérieurs de la congrégation basilienne étaient assemblés dans le monastère voisin, et cherchaieri ensemble les moyens de réparer les ruines que la guerre avait amoncelées autour d'eux. Ils décrétèrent en particulier le rélahltgsement du noviciat de la congrégation. Ce Chapitre général tenu, pour ainsi dire, sous la présidence et Tinspiration de Josaphat, ouvrit pour TOrdre basilien une ère de restauratioa et de paix, féconde en glorieux travaux.

Le séjour des saintes reliques dans Vilna fut prolongé JBfr qu au 12 octobre, sur les instances réitérées des fidèles. Apiia une dernière station à la cathédrale ruthène, elles furent coaduites hors de la ville avec la même pompe qu'à leur entrée triomphale. Cinquante lieues séparent Polock de Vilna. Cette distance était longue et difficile à franchir; mais la piété di peuple fit oublier la fatigue au métropolite et à ses compa* gnons. A chaque pas, on rencontrait des paysans, qui saluaient Josaphat comme un père et un libérateur. Son retoar était le signe de la défaite des Moscovites et du triomphe de rUnion.

Le pieux cortège atteignit Polock le 12 novembre, jour anniversaire du martyre de Josaphat. L'entrée solenneOe, moins pompeuse qu'à Vilna, fut encore plus touchante. Oi

!• Luc, XXIV, 39.

Page 1