CHAPITRE IV, — SAINT JOSAPHAT TRANSPORTÉ A BIALA
Ce massacre répandit la consternation dans la ville. Les victimes étaient des religieux d'une grande vertu, vraiment dignes de la palme qu'ils venaient de cueillir. Le sort du supérieur en particulier toucha d'autant plus qu'il était désigné pour le gouvernement d'un autre monastère, et qu'il venait de faire dans Polock ses visites d'adieu. Revenu à lui, le czar comprit que ce crime pouvait soulever d'horreur toute la Pologne. Il affecta aussitôt le plus grand désespoir. Il disait à tout le monde qu'il était ivre « et une brute sans raison, plutôt qu'un homme », quand il avait assassiné ce moine innocent et livré les autres à ses soldats. Il demanda Tabsolution à un moine de sa suite, que les Moscovites tenaient pour un saint, et craignant que l'évèque de Yilna ne fit quelque démonstration contre lui, il le supplia de ne pas Texcommunier.
Pour l'honneur de la nature humaine, nous voudrions croire que ces démonstrations étaient sincères ; mais comment se failli que, tout en manifestant ce repentir, le czar continuait de retenir en prison les malheureux Basiliens échappés au massacre, et permettait à ses troupes d'achever le sac de la cathédrale, et de ravager tous les monastères uniates de Polock et du voisinage*?
Pierre le Grand ne s'en tint pas à ces protestations de repentir. « Peu de jours après ce fait sacrilège, raconte un jésuite,le czar « vint k l'église de notre collège de Polock. Il y entendit une « messe latine avec une apparence de grande dévotion, en refu- « sant leprie-Dieuquilui avait été préparé. Apercevant ensuite « l'image de saint François Xavier, il demanda quel était ce perce sonnage. Quand il entendit son nom : « Voilà donc, s'écria-
KoybierczDski, vieillard vénérable, très connu comme prédicateur à Polock et dans toute la contrée environnante. Le supérieur n'aurait péri que le lendemain. Les Moscovites, après l'avoir cruellement torturé durant toute la nuit, rauraient pendu, ainsi que les PP? Constantin Zaionczkowski, TÎcaire du monastère, et Jacques Knyszeveicz, sacristain. Nous écartons absolument la relation publiée par le Cabinet historique, empreinte d'une exagération évidente. On dit que le czar s'empara d'un ciboire rempli d'hosties consacrées, et les répandit à terre. Nous ne voulons pas Bncore garantir ce détail ; mais le fait du meurtre de quatre Basiliens au moins, dont un tué de la main même de Pierre, est indubitable.
1. Theiner, 1. cit. p. 412, 414. — Turgueniew, Historica Russiœ monimenta, t. Il, p. 298, 302.
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SAINT JOSAPHAT. — UVBE VI il
« l-il, ce grsLud saint, qui a baptisé de sa maÎD plus 4e àùuk V cent cinquante mille hommes. Et saint Ignace* où est-il '■ « On le lui montra: « Voilà donc, répliqua-t il, le fottditewd( 4 i ÏQ^Utat de ces grands hommes qui sont répandus dm M l'univers entier. »
« Quand le czar partit, on le supplia de daigner honorer L^ < collège en y revenant pour dîner ; il accepta volontiers Tnrv •t talion, et comme Ton sut que le prince observait le carécv <i des Grecs avant la solennité de saint Pierre, le repas M <i apprêté en maigre. Le czar ne voulatpas le siège qniaTail ^ « préparé pour lui, mais un simple escabeau^ et fit placer à â& tf c^^tés le P. Reeteur,auquel il donnait toujours le U tre de moi « sieur rarchimandrite. La familiarité affectueuse qu'il montn a à tous oos Pères fut vraiment admirable en ce jour oui iï mangea avec eux, et les deux autres fois qu1l revint au ai- « lège. It les reçut de même, quand ils allèreol k son campiel u jamais il ne voulut souffrir que le P. Recteur s'y «pàt " même pour lui rendre sa visite, paree-qu'll le savait iiic<Hi « mode d'une jambe.
f( In prince de sa suite ayant pris la barrette d'un de m tf jeunes gens, qui servait à table, et se l'étant posée sur iatéit « uti autre capitaine se moqua de lui. Le czar, s'en apercemi tt pria le P. Recteur de lui prêter son bonnet. Il s'en coi^f^ <t le garda quelque temps sur la tète, en disant que c'était pca^ « lui un honneur, à cause delà sainte Croix, figurée ptr^ « cornes de la barrette.
« On resta à table près de quatre heures, et quand le oa^ « buvait, un de ses sergents donnait par la fenêtre le sigoiiil « tirer le canon ; et comme il y avait plusieurs pièces^ on ealc" <! dit €ent vingt coups. Le czar ne fut aucunement offense ïî^f <( le vin, mais au contraire toujours très gai, avec toute sort « de démonstrations d'une affection extrême pour les n/Hres.l^ <i reprochaméme àquelques-uns dessiens lesmeosonges q^"^ ^i lui avaient faits, disait-il, « contre ces saints, ces savaotSit^? A très aimables Pères ».
« Le Père Recteur engagea le czar à se rendre à Home apr^ ^ la guerre. Il ne pouvait se dispenser de ce voyage, ea îi}'»^' « entrepris plusieurs autres pour visiter tant de contrées, *^'- « voulais le faire, répondit-il, quand je fus a Venise ; maisjJ^ « été contraint de revenir en grande hâte, parce que meslï^^