‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 23 sur 316 · CHAPITRE III. ~ PRÉLUDE DU MARTYRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. ~ PRÉLUDE DU MARTYRE

capables de leur ouvrir les yeux. Un certain Adam Kosow fut frappé d^une cécité soudaine au moment où il se préparait à tirer sur Tarchevéque, dont les chaleureuses prédications contre le schisme avaient excité sa colère. Personne ne voulut comprendre le sens de cette punition divine ^

Loin de comprimer les passions de la populace, les magisr trals municipaux dirigeaient eux-mêmes toutes les émeutes et étaient en quête d'un assassin qui les débarrassât sans bruit de l'archevêque. En arrivant pour la première fois à Vitebsk, Josaphat avait trouvé les mariniers de la ville sans organisation et sans église. Il se mit en instances auprès du roi, et obtint pour eux la permission de se construire un sanctuaire et d''y fonder une confrérie, mais avec la clause que cette association serait toujours « sous un pasteur uniate' ». Grégoire Bonieskî, l'un des principaux schismatiques, se servit de cette restriction pour persuader à ces hommes ignorants que Tarchevéque leur faisait bâtir une église pour la livrer ensuite aux Latins. De là, grande rumeur parmi eux et dans toute la cité.

Les membres du conseil de ville cherchèrent à exploiter le mécontentement. Ils s'adressèrent à un marinier dont Josaphat prenait souvent la barque pour passer le fleuve, et ils lui firent promettre de tuer Tarchevêque, quand celui-ci viendrait lui demander ses service^. Cette tentative avorta comme les précédentes. Deux fois cependant Josaphat, voulant traverser la Dwina, vint s'offrir lui-même, sans s'en douter, aux coups de l'assassin. Mais, la première fois, ce malheureux ne sut pas distinguer larchevêque des deux moines qui l'accompagnaient ; la seconde fois, le marinier avait près de lui, dans sa barque, son fils encore en bas âge. Il eut peur de laisser derrière lui, en fuyant après son crime, cet enfant qui l'eût fait connaître et eût attiré sur lui les poursuites de la justice 3.

Les serviteurs de Josaphat partageaient les périls de leur maître. Ils étaient insultés, bâtonnés, poursuivis à coups de pierres, presque chaque fois qu'ils paraissaient en public. L^arch. diacre Dorothée Lecikowicz et Emmanuel Cantacuzône,

1. Susza, p. 72. — Relai. audit. Rot. — Act. Commiss. Apostol. D^osit. P. Gennadii et alior.

2. Le diplôme royal se trouve dans les Actes de la Russie occidentale.

3. Act. Commiss. Apost. Deposit. P. Gennadii et Gregorii Uszacki. — Susza, l cit., p. 73.

majordome de Tarchevêque, furent les plus maltraités, parce que tout le monde connaissait leur zèle et leur dévouement. Le jour de TAnnoncialion (25 mars 1623), ils se rendaient ensemble à l'église de Notre-Dame, à Vilebsk, pour faire les préparatifs de la messe pontificale, que Tarchevéque allait y célébrer, lorsqu'ils furent assaillis à coups de pierres par la populace, et ils ne durent leur salut qu'à une protection miraculeuse de la sainte Vierge. Les instigateurs de ce tumulte les suivirent dans l'église ; et au moment de la procession des offrandes , lorsque l'archidiacre parut portant le pain du sacrifice, le chœur de Téglise fut envahi, les clercs maltraités, et le P. Dorothée reçut un si violent soulllet, que la patène lui échappa des mains et tomba sur le pavé^

Au milieu de ces scènes de violence et au sein de celte populace mutinée, on entendait toujours des éloges de la vertu de Josaphat. Ce n'était pas l'homme que les séditieux poursuivaient, mais Tarchevêque fidèle à l'Église romaine. « C'est un <t saint, disaient-ils, nous le vénérerons comme un ange, du « jour où il renoncera à l'Union, a Quelques-uns d'entre eux le suppliaient un jour de reconnaître le patriarche de Gonstautinople, lui promettant qu'il attirerait ensuite à lui sans peine tout leur parti. « Que le patriarche reconnaisse le pape », répondit en souriant Josaphat, « et moi je reconnaîtrai aussitôt « le patriarche. » Une autre fois, on le pressait d'aller à Constantinople prêter obéissance au même prélat. On lui offrait de payer les frais de son voyage, et on lui promettait de lui obéir à son retour avec une inaltérable fidélité. « Je n'irai pas, répon- « dit l'archevêque, et je mourrai, s'il le faut, pour la sainte « Union et pour l'obéissance au Pontife romain. » Et comme on le pressait encore de partir : « Oui, j'irai, ajouta-t-il, non « pour prêter obéissance au patriarche, mais pour le convertir « et le ramener dans le sein de TEglise romaine. »

D'autres, se croyant plus habiles, essayèrent de se débarrasser de cet homme dont ils ne pouvaient vaincre la constance en lui proposant de se dévouer au salut de la Moscovie. Ils lui peignaient la détresse de cette contrée, où le peupleétait abandonné à un clergé d'une grossièreté sans nom, et faisaient luire à ses yeux la brillante perspective d'un facile et fécond

i. Susza, p. 75. — Relat, audit. Rot,

Page 1