CHAPITRE IV. — SAINT JOSAPHAT TRANSPORTÉ A BIALA
plusieurs siècles, mais qui lui parurent ou peu convenables en eux-mêmes, ou sujets à de graves inconvénients pour les fidèles. Quand les canons de cette assemblée furent examinés par le Saint-Siège, ces changements, apportés à la liturgie, furent Tobjet d'une discussion minutieuse; on ne les approuva qu'avec une certaine hésitation et en proclamant de nouveau que rËglise romaine voulait la conservation intégrale du rite grec*.
Il faudrait bien de la présomption pour blâmer les vénérables évéques réunis à Zamosc^ surtout quand leurs décrets, déjà motivés par des raisons très graves, ont été confirmés par le Saint-Siège ; mais on doit remarquer qu'ils accélérèrent, sans le vouloir peut-être, un mouvement qui tendait à enlever peu à peu au rite grec sa physionomie propre pour le rapprocher du rite latin. Rien n'était plus heureux et plus légitime que l'introduction dans les églises ruthènes, des orgues, dont les sons majestueux relevaient la célébration des ofBces ; que la multiplication des autels, dont l'érection rendait possible à ous les prêtres la célébration quotidienne du saint sacrifice ; mais ne dépassa-t-on pas la mesure, quand on en vint plus tard à renverser les iconostases, à modifier tellement laspect des cerkiews ruthènes, qu'à peine pouvait-on les distinguer des églises latines ?
Nous n'oserions pas répondre à une pareille question. Il nous suffit d'indiquer cette tendance, qui s'accentuera de plus en^plus, et à laquelle non seulement saint Josaphat, mais Rutski lui-même a été complètement étranger. Elle commence à s'accuser nettement après les guerres cosaques. Dans la réaction qui suivit cette crise, on dirait que les Uniates sont comme honteux des formes extérieures, par lesquelles ils ressemblent aux schismatiques, qui viennent de déchirer si cruellement la patrie ; et ils cherchent à se rapprocher peu à peu des Latins, pour montrer qu'ils sont de véritables catholiques et de bons Polonais.
Les préjugés sociaux ont une part immense dans ce changement. Le pope ruthène croit se réhabiliter en imitant le curé latin, et le moine basilien se grandit à ses propres yeux en
1. Benedict. XIII, Brev. Aposlolatus officium^ 19 jul. 1724, et Beuedict. XIV, Brev. Allatsesunt, 26 jul. 1135.
copigint les jésuites. Cette influence s'clend jusqu'aux miotilh du costume. Le pope uniate tient à être rasé comme un préUc latin; déjà Kolenda défendait à ses prêtres de porter îa barfc? A tout prendre, cette transformation offrait de grands aT^ tages. Le peuple a besoin de formes pour saisr le fond, li défiance des Ruthènes contre les Latins diminuait dus queb rites se rapprochaient; et leur affinité naturelle avec les5chi> matiques était détruite du même coup. N'eiU-il pas été p»sible de substituer à cette époque le rite latin au rite grec a Ruthénie ? Si ce changement radical eût été opéré, celte nd^ contrée serait encore aujourd'hui complètement cathoHqae-1/ moyen terme auquel on s'est arrêté, a gravement ali^Kl caractère du rite uniate, sans offrir de garantie contre t* entreprises futures des persécuteurs.
Les schismatiques ont répété que le Saint-SuVge chercliiitJ préparer la suppression du rite grec. « L'Union » oot-ils dil l « nos jours comme au xvii* siècle, n'est qu^un pont pvLJ « passer au latinisme. » Rien n'est plus faux quecetleacalion. Les Souverains Pontifes ont toujouruS voulu en Ru li et dans tout l'Orient le maintien intégral du rite fffi Benoît XIV, qui. oomme simple prélat a travaillé à Y^im^^ du Concile de Zamosc, qui comme pape en a poursuivi l'appl^ cation, et est intervenu à plusieurs reprises dans les iiï^\^ les plus graves de l'Église ruthène, Benoît XIV a prorlaJt plus solennellement qu'aucun de ses prédécesseurs, cfifr intention formelle du Saint-Siège; et ses coo^tituliou^ ^ cette matière sont encore la base fondamentale de la J^^ pline de l'Église romaine en cette matière'.
Cette transformation qui s'opère en Ruttiénio, comme aar^ fois le passage de la noblesse ruthène au rite latin, esU résultat d'un mouvement presque irrésistible, dont Rome a» sans doute connaissance, qu'elle n'a peut-être pas biàmè,fliJi^ qu'à coup sûr elle n'a jamais formellement approuvé.
A côté de ses avantages réels, ce changement avait rinçât veulent de donner à l'Église grecque en Pologne un tai» 1ère local et trop particulier. L'Union ruthène prend la ^^'^ \ sionomie d'une institution polonaise, qui ne peut avoir aucit:
li influence sur lOrient et la Moscovie. Le schismalîque gra* v*