CHAPITRE V — LE CULTE DE SAINT JOSAPHAT DE 1763 A
« fois le danger a été bien grand. Les Moscovites ont voulu tI- « siter le chariot, et je ne sais vraiment pas ce qui les en a c empêchés. Enfin nous arrivons heureusement à la porte de « derrièreducouvent, oùle P. supérieur nous attendait déjà « avec son compagnon et le bourgeois qu'il avait appelé en « même temps que moi.
« Aidés par eux, nous avons porté le cercueil au-dessus de « la sacristie, et nous sommes allés nous reposer dans le « monastère. Le lendemain nous avons ouvert la châsse ; et, « à notre grand regret, nous vîmes que i^umidité avait entiè- « rement détruit les habits du saint martyr, et que le corps « était couvert d'une mousse verd&tre. Il fallut Tessuyer et le « faire sécher durant longtemps. »
Quelques jours après cette translation, la rumeur publique annonçait que le corps de saint Josaphat était dans Téglise des Basiliens. Janowski et ses compagnons avaient gardé fidèlement le secret ; mais, la nuit même de la translation, une femme, qui demeurait près du monastère^ les avait vus descendre avec précaution la châsse de la voiture ; et le respect avec lequel ils portaient cette caisse lui avait tait soupçonner qu elle contenait les reliques de saint Josaphat.
Le Père supérieur cacha la vérité aussi longtemps que cela fut possible. A la fin, il dut avouer que les restes du martyr étaient dans le trésor de son église. Il n'osa pas encore les exposer en public ; mais, quand arriva la fête du bienheureux, le prudent supérieur ne put résister aux instances du peuple. Le corps fut descendu dans Téglise et exposé à découvert devant les fidèles.
La solennité fut célébrée avec une pompe extraordinaire. « Loin d'empêcher la fête, nous dit Janowski, les Moscovites « aidaient les habitants à tirer des coups de mortier, d'autres « venaient baiser la main du saint martyr. Pendant le dîner, a un officier, qui était un peu gris, commença à blasphémer «c contre Josaphat. Le commandant le réprimanda, lui dit qu'il « n'était qu'un sot et un ivrogne, et lui ordonna de remettre a son épée et d'aller en prison. L'officier dut obéir, et n obtint « son pardon que le lendemain, à la prière du P. supérieur ^ o
1. Pendant que le P. Szymanski faisait ses études à Biaza (1793-1800), il logeait dans la maison de ce Jaoowski. 11 recueillit ce récit, « pour
A partir de celle fête, le corps de saint Josaphat resta ejpo^ dans Téglise des Basiliens de Biala, au-dessus du maiire-autel Cette nouvelle demeure était bien indigne de Thôte illustre qii venait s'y établir; mais le défenseur de TUnion s'}- retrouvtl sous la garde de ses fils, les moines Basiliens, au milieuds peuple pour lequel il avait répandu son sang, et il moain bientôt, par des faveurs signalées, qu'il aimait ce pauvre sanctuaire.
Dès le lendemain de la translation, des miracles vinrent docner un nouvel élan au culte du saint thaumaturge, k pb célèbre fut opéré en faveur de Conrad Koszulka, du village df Bukowce, pauvre paysan qui, déjà borgne depuis douze ans. était devenu entièrement aveugle depuis quatre ans. Il fildew pèlerinages au tombeau de saint Josaphat, et à sa smtit visite, le jour de Noël 1768, il recouvra entièrement la vue Cette guérison miraculeuse fut constatée par une enquête ecclésiastique, et le souvenir s'en conserva longtemps dansli ville de Biala * .
Des pèlerins venaient visiter presque chaque jour les relique de saint Josaphat; mais ils étaient pauvres pour la plupart, d leurs modiques offrandes permettaient à peine denlreUflir avec décence le sanctuaire du saint martyr. Les travaux delî nouvelle église en maçonnerie restaient interrompus, el le parties déjà construites se dégradaient peu à peu. Les moines eux-mêmes étaient dans la détresse. Depuis le départ du priwf Charles Radziwill, ils ne recevaient plus aucun secours à château; et leurs revenus étant très insufBsanls pour leurs besoins, ils étaient réduits à implorer pour eux-mêmes k charité des fidèles. Leur unique espérance était dans le reloc de leur puissant fondateur. Une cruelle déception lesallendait
Radziwill ne larda pas à rentrer en Pologne, et son rel^nr: Vilna fut. un véritable triomphe (juin 1767); mais il n'eut aucaii souci de remplir ses engagements envers les Basiliens el I' saint protecteur de sa famille. Tout entier à la politique, 3
« ainsi dire, sous la dictée de cet homme, sans le changer en quoi que ^' soit ». V. sa collection, t. II, p. 178-182.
1. Le prince Charles, s'il n'était pas propriétaire de Biala, en éUil *• moins, a cette époque, Tadministrateur, comme tuteur de son frère, if prince Jérôme Radiiwill, alors mineur. Celui-ci étant mortenns^,» tutelle de sayeuve et de son ûls revint encore au prince Charles.
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