CUAPITRB V. — LE CULTE DE SAINT JOSAPHAT DE 1763 A
consacra ses immenses revenus à des entreprises aussi funestes qu'inconsidérées, et avec les plus généreuses intentions, il fut un des principaux artisans de la ruine de sa patrie.
Les tristes années des confédérations de Radom et de Bar, et du premier partage de la Pologne qui en fut la conséquence (1767-1773), ne laissent presque aucune trace dans Thistoire de saint Josaphat. En 1768, Clément XIII accordait des indulgences à l'autel de la confrérie de Tlmmaculée Conception érigée dans l'égiise de Biala. Deux ans plus tard. Clément XIV concéda une indulgence plénière à tous les fidèles qui visi. taient les églises basiliennes à la fête de saint Josaphat ^
Comme la Pologne, TËglise Uniate fut démembrée par le traité de partage : les diocèses de Léopol et de Przemysl tombèrent sous la puissance de l'Autriche, et celui de Polock fut incorporé à la Russie. On put comprendre alors que la Providence avait eu un dessein de miséricorde sur la Pologne, en permettant que le corps du saint martyr fût transporté loin de la Ruthénie-Blanche. Dans la pauvre église de Biala, Josaphat ne recevait pas autant d'honneurs que dans sa ville épiscopale ; mais ses restes étaient en sûreté. Il fallait un homme de zèle pour donner un nouvel élan à la piété populaire, lorsque le P. Théophile Serafinowicz fut nommé supérieur deBiala (1776). En voyant le misérable état de son monaslère,ce digne religieux faillit perdre courage. Il conseillait à ses supérieurs de réclamer le corps de saint Josaphat, puisque les Radzivill ne voulaient pas remplir leurs engagements ; mais le martyr consola luimême son pieux serviteur en le rendant témoin d'un miracle éclatant Un paysan aveugle recouvra la vue, après s'être confessé près de l'autel de saint Josaphat. Une princesse Radziwill fut égalementguérie par l'intercession du martyr. Enfin le Pape accorda des indulgences à la confrérie de Saint-Josaphat.
En annonçant àun ami ces heureuses nouvelles, Serafinowicz lui découvrait ingénument ses peines : « Notre saint, disait-il, c est mon unique appui. Par ailleurs, aucune consolation, « aucun secours. Nous sommes pauvres ; nous n'avons pas où c< loger, le couvent tombe en ruines, le revenu est très petit. « nous manquons même de prairies pour nourrir nos chevaux « et notre bétail. Je mène une vie bien misérable, et vous devien-
i^ Szymanski, t. II, p. 2:52.
ms
SAINT JOSAPHAT. — LIVRE Vltl
t( driez mon grand bienfaiteur, si tous ponTÎez me tirer d'ki. » Pour supérieur de Biala, il faudrait un Français ou ttDAl]^ « mand, qui pourrait obtenir quelque chose de la princesse; » autrement Biala ne se relèvera jamais, et le supérieur sen < toujours malheureux ».
Biala appartenait à cette époque an prince Jérôme RadiiviO. dont la femme était de la maison allemande de la TourelTaù. Le secours vint au monastère en détresse de cette femme dfft Seraflno\vicK n*osait rien espérer. Son fils tomba malade, elle médecin déclara qu'un miracle seul pouvait le sauver. Cette épreuve réveilla la foi des parents.
« Nos princes, écrivait Serafinowicz à son ami, sont dcvewis «t très pieux et très dévots à saint Josaphat. Ils Tiennent soi- « vent à pied, malgré la boue, à notre église. La princesse! « déjà offert un grand ex-voto. Le prince en prépare ■ « second, plus grand encore, et promet d'autres favesn, « pourvu que son fils revienne à la santé *, »
Encouragé par ces favorables dispositions, le P. SeraflnonRCi présenta une supplique à la famille Radziwill poar rappeler les engagements contractés par elle envers le monastère de Biat La détresse de cette maison était à son comble. Seuls eiitif tous les Basiliens de Pologne et pour la honte des RadnwOI, leurs protecteurs, les moines de Biala étaient réduits à vat dier. L'évéque de Luck venait de leur interdire les quêtes, el ils ne savaient plus où trouver un morceau de pain.
Serafinov^^icz réclamait en conséquence une dotation soisanté pour entretenir un plus grand nombre de religienï,^ organiste et des chantres. Il demandait également la rec» Lruction du monastère, qui tombait en ruines, et Tétablisfr ment d'un maître-autel digne de saint Josaphat. Nous ignoro» quel accueil reçut cette supplique ; mais, avant la fin de «• gouvernement (1780), le F. Serafinowicz put acquérir de Taste prairies et des domaines assez importants pour constituer* revenu au monastère ; et quatre moines furent appelés à Bi* en qualité de missionnaires*.
1. Ces lettres, datées de 1777 et 1778, furent adressées au P. Novicki^ préparait une histoire de l'Ordre basilien. Elles sont dans la collettiA de Szymanski, t. II, p. 268, 272.
2. V.la supplique du P Serafinowicz et la liste dès supérieurs dcBiA m ses travaux sont indiqués. Ib. p. 144 et 357,