CHAPITRE VI. — CANONISATION DE SAINT JOSAPHAT
les moines basiliens de Grotta-Ferraia étaient groupés autour d'elle. Dans leurs rangs marchait le vénérable P. Dombrowski, dernier vétéran des luttes de FUnion et dernier provincial des Basiliens de Pologne.
La procession des évêques était comme un défilé de toute la sainte Ëglise. Les faibles débris qui ont survécu au désastre de la chrétienté orientale avaient tous envoyé quelques-uns de leurs prélats à cette fête. Les archevêques de Posen et de Léopol et Tévêque de Przemysl représentaient le clergé latin de Pologne. L'archevêque grec de Léopol et l'archevêque de Nazianze, récemment nommé administrateur de Przemysl, personnifiaient rËglise uniate de Ruthénie ; et une petite troupe de moines et de popes les avait suivis, afin que Rome vît en ce jour les restes des vaillantes armées que Josaphat avait formées pour le service de l'Union. On eût vainement cherché un évêque des provinces polonaises soumises à la Russie. Seuls de tout Funivers, ils avaient été dans Timpossibilité de répondre à l'appel du Vicaire de Jésus-Christ ; et s'ils avaient osé franchir la muraille que le persécuteur a élevée entre eux et la chrétienté, jamais ils n'auraient pu rentrer dans leurs diocèses.
La procession pénétra lentement dans la basilique vaticane, où des milliers d'hommes étaient déjà amoncelés. Une décoration splendide relevait la beauté de ce temple, le plus vaste de Tunivers. Des draperies d'or et de soie paraient les murailles, et des milliers de cierges dessinaient en cordons de feu les lignes principales de l'architecture. Dans la grande nef, un lustre gigantesque présentait aux regards les attributs de saint Pierre, la croix renversée, la tiare, les clefs; et, au fond de Fabside, se déployaient d'immenses bannières portant les images du Prince des Apôtres et des saints qui allaient être canonisés. Chaque travée de la nef était décorée de même par une bannière, représentant un miracle opéré par un de ces serviteurs de Dieu. Les cœurs des Polonais présents à la fête durent palpiter quand ils virent comment était représenté saint Josaphat. Debout, revêtu de ses habits pontificaux, il brisait avec son bâton pastoral les chaînes d'un captif étendu à ses pieds et lui rendait la liberté . Une inscription expliquait ce miracle, accompli en 1652 sur un gentilhomme, prisonnier desTartares :
496 SAINT JOSAPUAT. — UVRE Vlll
NOBILI. POLONO. IN. MISERRIMA. CAPTIVITATE. BEGEiTTI, SANCTTS. JOSAPHAT. PONTIFICAU. HABITV. INSICNIS. AI>SUT. BACVLI. QVE. PASTORAUS. ATTACTT.
FRACTIS. COMPEDIBVS. LIBERVM. ABIRE. ÏVBET*
La nation tout entière est aujourd'hui soumise à no esckvage plus redoutable pour sa foi que celui même despaïm; fasse Dieu que, par Tintercession de notre glorieux manii, tant d'iimes, enchaînées de force à l'ombre de la mort, teç*^ Teat eiilm la liberté de pratiquer leur foi !
Quand le Souverain Pontife prit place sur son trône densl la Confession des saints apôtres, le cardinal Frocuretir (kii canonisation vint lui demander d'inscrire au cataloguées saints les bienheureux martyrs : Josaphat Kunce^icî, Picm d'Arbuès^ Nicolas Pic et ses compagnons ; les bieahcïïreDi Paul et Léonard, confesseurs; et les bienheureuses Fraooiti* et Germaine, vierges. Deux fois cette prière fut adressée» Pape ; et deux fois il répondit qu'avant de rendre un jugetMil aussi solennel, il voulait implorer encore le secours de Dieu. U muUitude qui remplissait la basilique associa alors sa Wtu celle des clercs de la chapelle pontificale pour chanter les Litanies des Saints et l'hymne Veni Creator.
Enfin, le cardinal Procureur demanda une dernière îoxsé très instamment lafaveur de la canonisation. Alors le Souv^nii Pontife, assis, la mitre en tète, parlant comme juge infailb^l^ et docteur du peuple chrétien, « déclara que, pour rhonnfir H delà sainte et indivisible Trinité, pour rexallatton delaf» « catholique et Taccroissement de la religion chrétienne, ^ « l'auto ri té de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des sainte; ap/jti^ a Pierre et Paul, et la sienne propre, il décrétait et dêfini&sait t' que les bienheureux martyrs Josaphat Kuncewicz, évéqy^ ; u Pierre d'Arbuès, prêtre ; Nicolas Pic et ses compagnons, b « uns [îrêtres, les autres laïques; les bienheureux Paul de ti « Croix et Léonard de Port-Maurice, confesseurs ; les bientfïi « reuses Marie-Françoise et Germaine, vierges^ étaient sâinls- « cl quelles inscrivait au catalogue des saints^ statuant qa^ K leur mémoire devait être honorée avec une pieuse défatio* « chaque année par l'Église universelle, celle de saint Jf^' m lïhat, le 12 novembre ; les autres, aux joujrs qu'il d^în « miDaît, »