CHAPITRE VII. — DERMÈRES ÉPREUVES ET ESPÉRANCES
L'acte du Pontife romain sembla exciter encore l'activité et la haine diabolique^ des hommes qui menaient cette funeste entreprise. En 1865, Alexandre II disait à une députation de paysansuniatesadmiseensa présence: «Je vous donne ma parole impériale que personne ne touchera à votre religion. Je ne le permettrai pas. » Nous voulons croire que ces promesses étaient sincères ; mais si la bonne volonté du tzar était réelle, elle fut vaincue par la force du système, érigée en politique nationale. Dès 1867, le gouvernement arrachait de son siège révoque uniate Mgr Kalinski. Un pope fort peu estimé dans le pays fut chargé de l'administration de ce diocèse par le pouvoir séculier sans aucune intervention de Tautorité ecclésiastique, et cet intrus commença par supprimer les orgues et Tusage de la langue polonaise. Désormais le russe seul, que les paysans ne comprenaient pas, dut être employé pour renseignement de la religion, la prédication et les chants exécutés dans les églises par les fidèles.
Quelque temps après, un prêtre galicien, né et élevé dans rUnion, mais schismatique dans l'âme, le trop fameux Popiel, chanoine de la cathédrale de Saint-Georges à Léopol, passa de lui-même la frontière russe et vint s'offrir au gouvernement et à l'administrateur intruspour être le Siemaszko de cette nouvelle persécution. A l'imitation de son devancier en Lithuanie, il commença par supprimer dans le rite grec uni les modifications introduites depuis le concile de Zamosc, afin de le ramener, comme on disait, à sa pureté primitive. Pour briser d'avance la résistance du clergé, soixante curés, connus pour leur piété et leur attachement à l'Eglise catholique, furent exilés afin de terroriser leurs confrères. Hélas ! pour tous ces pauvres popes mariés, l'exilétait la ruine de leur famille, et la résistance aux ordres du gouvernement plongeait dans la misère leurs femmes et leurs enfants. Il leur fallait une vertu héroïque pour rester fidèles à FUnion, et l'héroïcilé de la vertu est toujours rare parmi les fils d'Adam pécheur. Par une ordonnance du 19 octobre 1873, Popiel ordonna que le l^r janvier suivant, un rituel nouveau, conforme en tout aux usages desschismatiques, serait introduit dans les églises du diocèse, d'où l'on ferait immédiatement disparaître tous les meubles et objets placés par les uniates en conformité avec les usages latins. Le clergé décimé et terrorisé voulut obéir, mais quand les curés assistés
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par lapolice et les gendarmes vinrent pour exécuter les «■rdris de Fadministrateur, les paysans cherchèrent à défeodrc Tactti de leurs églises. 11 fallut leur passer sur le corps, les rouef h coups pour y pénétrer, pour y détruire les autels secuiiJjLrrf et y placer des iconostases.
Dans le gouvernement de Siedlce en particulier, conlrée miket protégée par sa situation même contre les menées {iesiQiiliaires galiciens du schisme, la résistance fut admirable ettiy y eut des martyrs. APratulin, par exemple, neuf victimes lonibérent. Parmi elles était un jeune et riche paysan, marie tt père de plusieurs enfants, Onufre Wasyleck, Sa vieille mèfesî lamentait sur son corps, un groupe de paysans ren[ininii:si cherchait à la consoler. La veuve survint, u N'avez -tous pu honte de pleurer? dit-elle à sa belle-mère. Je suis sa T^nu.k mère de ses enfants, et me voyez-vous verser des larmes tûe ue pleure pas les martyrs, on envie leur sort, »
La voix généreuse de Pie IX se fit entendre pour pnMirt contre ces attentats et consoler les victimes. Le 13 mal i8T4 le Pape adressait à Tarchevôque ruthène de Léopol et aux autr?: évoques uniates de Galicie * une lettre eucyclique Oairm soUicitudinem * dans laquelle il dénonçait au monde calb lique et à tous les honnêtes gens les crimes de Popiel, looijl la constance de ses victimes et revendiquait éaergîquemeoilêS droits de la conscience chrétienne et de TEgiise, « Saus la^ilt cîeux prétexte d'épurer les rites et de les ramener à kurlotegrilé, on n'a rien autre chose en vue, disait- il, que dedf^?>^' des embûches à la foi des Ruthènes de Chelm, que des hûoiM tout à fait perdus s'efiforcent d'arracher du giron deltii'lL^ calholique et de livrera l'hérésie et au schisme... Nous tiidi exhortons, vénérables frères, à conserver religieusement la li^ cjpline liturgique, approuvée par le Siège apostolique ou qui ^ étc introduite après que le Saint-Siège en avait été avertie sans qu'il y fît opposition ; à interdire complètemeDt loul? innovation et à ne pas oublier de recommander aux curés et aux prêtres, même sous peine des châtiments les plus sévérrt^ si vous le croyez nécessaire, l'observance exacte des sacf«^ canons concernant cette matière, surtout ceux du SyiiDtî^ûï
1, D. Chamard, Annales ecclésiastiques, mai 1874.