CHAPITRE VII. — DERNIÈRES ÉPREUVES ET ESPÉRANCES
Zamosc. Il s'agit en effet d'uae question très importante, c'està-dire du salut des âmes, puisque les innovations illégitimes font courir les plus grands risques à la foi catholique et à la sainte Union des Ruthènes. » — Quelle que soit Topinion que Ton professe sur Tintroduction de ces cérémonies, les injonctions du Pape ne doivent pas surprendre ; car si les modifications opérées dans le rit ruthène peuvent sembler maintenant regrettables, si l'on peut désirer un retour progressif et graduel à l'uniformité liturgique avec les autres Eglises du rite grec, tout changement opéré sans l'assentiment du Saint-Siège et par ordre du pouvoir séculier est un acte de révolte contre l'autorité suprême de l'Eglise ; et à Chelm surtout il était inspiré par le désir avoué de séparer peu à peu ce diocèse de l'unité catholique.
Bastonnades, emprisonnements, exils en Sibérie, massacres même avaient été employés par Popiel et ses patrons, et si la majorité du clergé avait faibli, le peuple en masse restait fidèle. L'encyclique du Pape obligea le gouvernement à renoncer à des moyens trop violents, qui pouvaient soulever l'opinion publiqua en Europe. Un plan plus machiavélique fut formé et compléta le succès. Des contributions écrasantes furent imposées aux communes qui s'opposaient au remaniement des églises et à rinlroduction du nouveau rituel, et quand les paysans ne pouvaient payer, on enlevait leurs bestiaux, leur récolte, leurs meubles et jusqu'à leurs vêtements. Un seul village, Reidno, dut payer 850 roubles, environ 2700 francs par jour. En vain les paysans abandonnèrent leurs maisons et se retirèrent dans les forêts ; après ces mesures extrêmes, la majorité rentrait par force au logis et à leur résistance passive succédait une morne résignation. On n'assistait pas encore à la messe du pope schismalique, et il fallait vivre sans culte extérieur, sans sacrement. Les anciens baptisaient les enfants et les morts étaient enterrés sans les cérémonies de l'Eglise.
Cependant les paysans ne pouvaient croire que la volonté de l'Empereur fût d'attenter à leur liberté religieuse. Grâce à la bienveillance relative du gouverneur de Varsovie, le général Kotzebue, une supplique parvint directement à Alexandre II . Elle fut, hélas I mal accueillie. « Sa Majesté, fit répondre le tzar, est persuadée que la population grecqae unie, de tout temps russe et toujours fidèle au trône, saura secouer
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les malheureuses erreurs qu'on lui a imposées et fermer les oreilles aux insinuations des gens mal pensant qui cherclient à la faire dévier du droit chemin, qu'elle se raffermira dans l'observation des rites antiques et essentiels du culte etse montrera obéissante et calme comme Sa Majesté a été accoutumée à la voir jusqu'à ce jour ».
Cette réponse fît évanouir les dernières illusions des paysans rulhènes. 11 y eut alors un redoublement d'agitation etd'hérnïque résistance dans cette malheureuse région. Les paysans recoururent à tous les moyens que, dans leur ignorante simplicité, ils croyaient efficaces pour se débarrasser surtout des curés ouvertement schismatiques, venus de Galicie à la suite de Popiel. Dans plusieurs villages, on vit les femmes s'emparer dn pope, de sa famille et de ses meubles, entasser le tout dans des chariots et l'expédier au loin ; mais Tintrus revenait le leDd^ main avec la police. Le gouvernement alors décida d'en finir et d'imposer au clergé et aux paysans la signature d'une supplique par laquelle ils protestaient de leur obéissance envers Sa Majesté et se déclaraient prêts à suivre la voie indiquée «par son auguste volonté ». Mille moyens odieux furent employés pour atteindre ce but et, à la fin, l'impossibilité presque complète de la résistance amena une déroute générale. Le 12/ii janvier 1873, le doyen de Biale et 50,000 fidèles passaient ao sclnsme en présence de Tarchevèque orthodoxe de Varsovie. Le 18/30 février, Popiel réunissait à Chelm les membres du consistoire et les chanoines de la cathédrale et faisait lire les pétitions adressées par sept décanats de la province de Lublin pnur exprimer le désir « de revenir au sein de TEglise orthodoxe ». D'un commun accord on résolut de signer Taclede réuDÎon du diocèse grec uni de Chelm à l'Eglise orthodoxe el une supplique à TEmpereur sollicitant son autorisation pour cette réunion. L'approbation du tzar ne se fit pas attendre, et le J»r/13 mai un décret du Saint-Synode annonça que le diocèse était incorporé à celui de Varsovie, tout en continuant à être administré par Tapostat Popiel, qui avait bien mérité du gouvernement durant toute cette lugubre comédie.
Le 19 juin, le tzar adressait au ministre de l'intérieur l'exprtission de sa joie et de sa gratitude. « Cet événement important, disait-il, nous remplit de joie. 11 est une preuve de la profonde conviction et de la volonté sincère, ainsi que delà