CHAPITRE VII. — DERNIÈRES EPREUVES ET ESPÉRANCES
clergé galicien du rite grec ne regardait pas comme son patron ni comme son père ce -saint auquel il devait d^étre uni à l'Eglise romaine. Pour ces prêtres égarés, Josaphat n'était point un véritable Ruthène, ni un martyr du rite oriental, mais un polonais déguisé, au fond un ennemi des traditions antiques de sa nation et de son rite. Chose étrange, lorsque dans le monde entier, et par conséquent aussi en Galicie, tous les prêtres du rite latin font la fête de saint Josaphat, ceux de son rite, ses frères et ses fils, ne la célèbrent presque jamais. On ne le nomme pas dans les prières, et dans beaucoup d'églises la main du curé a effacé son nom du calendrier et de la liste des saints. Pas une église ne lui est dédiée, et c'est à peine si Ton rencontre quelquefois des autels qui lui sont consacrés.
Dès 1885, un jésuite, le F. Antonin Rejzek, publiait en tchèque une vie de saint Josaphat empruntée- presque complètement au présent ouvrage, et dix mille exemplaires disparaissaient presque immédiatement, tant les pieuses populations de la Bohême et de la Moravie étaient avides de connaître ce nouveau saint, honneur de la famille slave. La même année encore, le R. P. Kalinka publiait à Léopol un abrégé du même livre en polonais. Pas un Ruthène n'eut l'idée d'écrire dans sa langue même une simple notice sur notre martyr, et si nous feuilletons les ouvra^çes des écrivains du pays, nous y faisons les plus pénibles découvertes.
Dans une histoire illustrée de la Ruthénie, un écrivain qui est, dit-on, le chef du parti catholique en Galicie, parle longuement avec éloge du prince Constantin Ostrogski et du métropolite Mohijla, c'est-à-dire des deux hommes qui ont le plus combattu le catholicisme dans ce pays au xvii® siècle. Pour notre martyr, il n'a que ces quelques lignes. « A Polock et Witebsk, les Uniates fermèrent toutes les églises orthodoxes, l'évêque uniate de Witebsk, Josaphat Kuncewicz, mit les scellés sur l'église orthodoxe de cette ville. Il excita par là la colère des orthodoxes au point qu'ils le tuèrent et jetèrent son corps dans la Dwina. » Une note avertit le lecteur que l'Eglise catholique Ta inscrit au nombre des saints sous Pie IX, en 1867, et c'est tout *.
1, Barwinski, Histoire de la Ruthénie, Léopol, 1890, page 155.
518 SAINT JOSAPHAT. — LIVRE VllI
Un prêtre, ancien député à la Diète, dans une histoiit populaire de la Ruthénie, est plus injurieux encore pour la ^ mémoire du saint martyr : « Josaphat Kuncewicz, archevêque
^ de Polotsk, se signala plus qu'aucun autre par son intolérance
p]- religieuse. Léon Sapieha, chancelier de Lithuanie, constate,
r dans une lettre écrite à saint Josaphat, les plaintes porter
^ contre les Uniates, les procès injustes intentés par eux. lev
f zèle intempestif qui scellait les églises orthodoxes, et y défcn-
b dait la célébration de l'ofTice divin. Josaphat finit par provoquer
f une révolte qui amena sa mort Voici comment cela se passa. •
Ici Tauteur raconte à sa manière la fermeture des églises de Wilebsk et les réunions de schismatiques dans des hangan ^ construits hors de la ville, puis il continue : « Un dimanche
(c matin 12 novembre, l'archidiacre de Kuncewicz nommé Doro-
thée se jeta sur un prêtre orthodoxe parce que celui-ci voulait passer la Dwina pour dire la messe dans les hangars. Apres l'avoir battu, il lui lia les mains et les pieds et le fît enfermer. Cette nouvelle injure frappa comme un coup de foudre les ^\ habitants de Witebsk tranquilles jusqu'alors. On sonna le
tocsin ; le peuple se jeta en foule au palais de Tarchevéque, délivra le prêtre orthodoxe et tua le chef de TUnion abho^ rée. On blessa ses serviteurs et son corps fut jeté à l'eau «E: quelques lignes plus loin Tauteur conclut par ces mots: * ^'^ annonça quelque temps après que Josaphat était bienht lj^-t^^ et on l'a canonisé dans ces derniers temps *. » On ne voit paJ que l'auieur de ces lignes inconvenantes ait été châtie p« Tautorité ecclésiastique.
^^ Celle-ci, vertueuse et bien intentionnée, manquait d'èaergtf
et de prestige. La situation est devenue finalement si graH que le gouvernement autrichien lui-même a compris enfc à quels dangers il s'était volontairement exposé. Les initi:ileafS de cette malheureuse politique ont depuis longtemps di^païi de la scène. L'empereur François-Joseph ne demandt^ q«^ finir son règne en paix et à rallier autour de lui les respects et les sympathies du parti polonais. Un incident dètoili en 1880 la gravité de la situation. Les paysans d'un viltig? ruthène adressèrent une supplique au gouvernement, déciaraot qu'ils voulaient passer au schisme. Cette démarche effrajii»*
1 , Kaczata, Petite histoire de la Ruthénie^ p. 79